LIVRE 11, CHAPITRE VI
par un bout au centre de la terre, et qui par l’autre parcourt avec rapidité la circonférence des cieux (a). La nature altératrice qui, dans Timée, organise les animaux mortels, n’est que la partie inférieure du rayon ou de l'ame du monde, laquelle se répand dans le monde sublunaire occupé par les élémens qu'elle modifie , qu’elle unit, ou qu’elle divise, ‘et qu’elle pénètre en. tout sens. C’est là seulement qu’elle est répandue dans des corps passagers et mortels qui naissent, croissent , s'altèrent etse détruisent, tandis que sa partie supérieure anime les astres, corps immortels et exempts de toute altération, quoique changeans dans leur mouvement. Sur ce rayon , dit M. Batteux (8), que nous avons supposé tiré du centre du monde jusqu'à sa circonférence , sont rangées graduellement toutes les substances , proportonnellement au plus ou moins de matérialité et de subülité qu'elles ont. D'abord au centre est la terre , sur laquelle, comme sur une base immobile , s'appuient ious les Dieux sans exception ; c’est la partie la plus grossière , la plus lourde , celle qui à le moins d’ame, et qui peut-être même n’en a point. Depuis la surface de la terre jusqu’à l'orbite de la lune , Timée place l’eau, l'air, le feu élémentaire , qui sont d'autant moins maiériels , qu’ils s’élèvent davantage, ét qu'ils acquièrent en s'élevant une plus grande dose de l'ame du monde À qui correspond au degré où ils sont de l'échelle, et qui dans cette partie s'appelle nature altératrice.
Depuis la lune jusqu'aux étoiles fixes, sont placés le soleil, Mercure, Vénus, Mars » Jupiter et Saturne.
(a) Batteux, trad. de Timée, p. 43. — (b) Caus. prem. 3 Le Sn De F9 TOME Il. | 3
Chacun de ces astres est composé d’une matière affinée de plus en plus, et doué d'un degré d’ame aussi augmenté , selon les proportions harmoniques. Après quoi: se trouve la substance éthérée , pure et sans aucun mélange de matière hétérogène. C’est dans ce fluide lumineux et infiniment subtil que nage le monde. C’est cette sphère de feu et de lumière dans laquelle Parménide placait la substance de la Divinité (a), et qui, suivant ce philosophe , embrassait et contenait l'Univers.
Il est à propos d'observer la progression suivant laquelle se graduait le rayon qui, du centre de la terre, s'étendait jusqu à sa circonférence, et sur lequel se plaçaient les diflérens êtres, à raison de la portion plus ou moins grande, plus ou moïns pure, qu'ils possédaient de Pame divine universelle. C'est sur ce rayon que nous verrons se ranger, à différentes distances, les êtres intermédiairesqu'on imagina placés entre Dieuet l'homme, entre le ciel et la terre, sous les noms de Dieux, de démons ou de génies, de héros, dans la religion desGreecs:; ou d’archanges et d’anges de différens ordres, dans celle des Perses, des Chaldéens , des Juifs et des Chrétiens. Tous cesgénies occupaientune place plus oùmoins élevée, à raison du plus ou moins de pureté dans leur nature.
L'origine de cette distinction est une suite de la graduation de l'ame universelle, : qui semblait descendre comme d’elle:même, depuis les sommets les plus élevés du ciel jusqu'aux abîmes.les plus profonds de la terre , en passant par les animaux célestes ou par les astres, ensuite dans les substances aériennes, puis dans l’homme,
(a) Cic. de Nat. Deor,, 1 1, €. 14.