‹ Origine de tous les cultes, ou religion universelleChapitre 101 sur 240 · LIVRE Ill, CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE Ill, CHAPITRE I

Il est enfin une quatrième conséquence ; c’est qu’il a dû s'écouler plusieurs siècles de barbarie en Grèce, depris l'âge où ces fables ingénieuses y furent faites , jusqu à l’âge d'Homère , pour que le fil des anciennes idées ait été totalement perdu , comme il nous paraît qu'il l’a été. On fait communément vivre Homère 850 ans avant notre ère. Or, ces fables remontent au moins à 2500 ans avant cette même ère, puisque le lion était alors signe solsticial : donc il a dû s’écouler plus de 1600 ans entre les siècles où furent faits ces poëmes et le siècle d’Homère. Le génie du poëte, qui chante cet Hercule,

estau moins aussi grand , aussi riche que celui du chantre d'Achille , si on en juge par les morceaux qui nous restent , comparés au canevas qui leur sert de base. En effet, tout est personnifié , tout est animé dans le calendrier sacré de ces prêtres du soleil, et d’une manière bien différente que n’a été celui des pontifes romains par Ovide qui l’a publié dans ses Fastes. Tous les animaux célestes y prennent un air terrible , et Hercule ou le soleil y a les traits d’un héros invincible. Tout est vie, tout est mouvement dans les tableaux de ces poëtes , et l'imagination la plus hardie en a concu les dessins ; tout, jusqu à l’écrevisse, y prend un caractère redoutable.

Le soleil , dépositaire de la force universelle du monde, est un héros qui entreprend de parcourir l'Univers, pour faire sentir à l’homme sa puissance et ses bienfaits. Que trouve-t-il à l’entrée de la carrière qu’il se propose de parcourir ? un lion affreux qui ravage les campagnes : il l'attaque ; il se, mesure avee lui, l’étouffe dans ses bras et se pare de la dépouille de l’animal vaincu ; il s'achemine ensuite à une seconde victoire. L’hydre cé-

leste est le second monstre qui s'offre sur la route du 16*

héros. La poésie la représente comme un serpent à cent tôtes qui sans cesse renaissent de leurs blessures. Hercule les brüle de ses feux puissans , etc. Les ravages que fait cet animal redoutable, l’effroi des habitans des campagnes voisines des marais que l'hydre habite, ses horribles sifflemens ; d’un autre côté, l’air d’abord assuré du vainqueur du lion de Némée, ensuite son embarras lorsqu'il voit renaître les têtes qu'il a coupées , tout devait être peint à peu près comme Virgile nous a représenté, dans un des plus beaux morceaux de son poëme, la victoire de ce même héros sur le monstre Cacus. On sent quel développement un poëte de génie devait donner à toutes ces . idées astronomiques, auxquelles durent se joindre d'autres idées tirées soit de l’agriculture, soit de la géographie, soit de la politique et de la morale. Car tous ces différens buts parüculiers entraient dans le grand but général du mystagogue. Que de morceaux épisodiques durent se Ler au sujet principal de chaque chant du poëme où le génie allégorique et poétique avait la liberté de tout feindre ! Car rien n’est impossible à la puissance des Dieux, et c’est à eux seuls qu'il appartient d’étonner l’homme par l'appareil magique du merveilleux. Quelle carrière pour le génie que celle que lui ouvre la Nature elle-même, qui lui met sous les yeux ses plus riches tableaux pour être imités! C'était bien là véritablement l’âge d’or de la poésie, fille du ciel et des Dieux. Homère , bien des siècles après, recueillit les précieuses étincelles de ce feu sacré qui resta enseveli dans l’ombre des siècles d’ignorance, et que tout-à-coup nous voyons briller chez lui dans son plus grand éclat , sans connaître les nuances intermédiaires , et, pour ainsi dire, l’aurore qui a préparé le grand jour dans lequel se produit l'épopée dans

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