‹ Origine de tous les cultes, ou religion universelleChapitre 103 sur 240 · LIVRE IIf, CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE IIf, CHAPITRE I

Hérodote (a) raconte que les Thébains et tous ceux des Égyptiens qui, comme eux, s’abstiennent de manger des brebis, apportent une raison de leur respect pour cet animal et de la loï qui leur a imposé cette abstinence. Ils en trouvent l’origine dans une ancienne tradition qui suppose que Jupiter, ne voulant point accorder à Hercule la demande que celui-ci lui faisait de se laisser voir à lui, ne trouva d'autre moyen de le satisfaire en partie que de se montrer au héros sous un déguisement. En conséquence il se revètit de la peau d’un bélier qu'il tua : il en mit la tête sur ses propres épaules ; et sous cette forme il apparut à Hercule. Cette tradition se trouvait confirmée par une cérémonie qui se pratiquait tous les ans le jour de la fête de Jupiter. On tuait un bélier que l’on dépouillait , et l’on revêtait de sa peau la statue de Jupiter; près de laquelle ensuite on conduisait la statue d'Hercule que Jupiter était censé recevoir sous ce déguisement. Quel pouvait être le but de cette singulière cérémonie, et quelle était l’origine de la fable sacrée qui s’y trouvait liée? C’est ce que nous allons examiner ; et nous trouverons sans peine que l’astronomie en fournissait le fond.

Le bélier céleste de qui Jupiter, sous le nom d’Ammon, empruntait ses attributs , et qui pendant bien des siècles occupa l’équinoxe de printemps, était le domicile de la planète de Mars (b). Cette planète portait, chez les Égyptiens, le nom de planète d'Hercule, comme nous l’apprennent: Achille Tatius (c) et Macrobe. La

ol

! (a) Herod., 1, 2, e. 42. — (b) Petav. Uranol., p. 126. — (c) Macrob. Dati; 43, c12..Serv: ad AEneid. , 1.6, v. 2514

troisième planète, dit le premier, est celle de Mars ,. que les Grecs appellent l'enflammé , Pyroeis , et les: Égyptiens l'étoile ou planète d’Hercule. Il n’en fallut: pas davantage que cette union astrologique chez les: Égyptiens , adorateurs du soleil, des planètes et des: signes, pour réunir dans les fêtes solaires de printemps,

ou du bélier Ammon, l’image du soleil revêtu des attributs

du bélier ou du signe où il se trouvait , à l’image de la

planète d’Hercule ou de Mars qui. avait son domicile

dans ce signe. C’est à qu'elle exerçait sa principale in-

fluence ; et c'est par cette raison que, chez les Romains,

elle donna son nom au mois qui y répondait ou au mois

de mars. Dans le planisphère égyptien de Bianchini , on voit Mars avec son casque et sa pique, et à côté le soleil,

casés sous le bélier dans les deux premiers décans de ce

signe. Ces unions sont dans le génie de l'astrologie,

principale base du culte égyptien. Voilà un premier fon-

dement sur lequel peut s'appuyer cettetradition, ainsi que

la cérémonie religieuse qui unissait Hercule à Ammon,

quand on entend par Hercule sa planète ou Mars.

Si on veut en chercher un autre dans les constellations et dans celle qui porte le nom d'Hercule, on y trouvera également un fondement aussi naturel, en remontant à l’époque où le signe équinoxial était le taureau. Car alors ce point important de la marche des saisons était annoncé le matin par le lever héliaque du bélier qui fournit à Ammon ses attributs , et qui s'appelle encore Ammon, et le soir par le lever du serpentaire et de l’Ingéniculus, qui tous deux portent le nom d’Hercule,. Ils déterminaient le soir le commencement de la premiére nuit du printemps , comme le bélier le matin, en se levant aux mêmes points de l'horizon, annonçait le

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