TOME Il
dont la partie inférieure est un serpent, lui fit retrouver. Ce cheval porte le double nom de cheval Arion et de Scythien. Ce dernier nom est celui du fils de cette vierge à corps de serpent, avec laquelle coucha Hercule. Quant à la coupe , c'est celle du verseau qui est au-dessous. L’arc et la flèche, c’est la flèche céleste, appelée flèche d'Hercule qui se couche avec le verseau, ce jour là, et qui fixe l'aspect du matin de ce solstice. Ce qui achève de confirmer notre explication sur cette femme aux attributs de serpent, avec laquelle couche Hercule et qui fui fait retrouver ses chevaux, en devenant mère de Scytha ou de Scythius, c'est la gé-nération de ce cheval Scythien, sous le nom d’Æ#rion qui est un de ses autres noms. Dans cette nouvelle généalogie , on suppose que Cérès ( et Cérès est le nom de la vierge céleste } eut de ses amours avec Neptune le cheval Ærion ou Pégase (a), et cette Cérès était également revêtue des atiributs de serpent, empruntés de l’hydre placée sous elle et qui se couche avec elle. Telle était la Cérès de Phigalie. Dans sa généalogie , sous le nom de Pégase , il est fils de la vierge Méduse dont la tête était aussi hérissée de serpens. Ainsi , sous ces trois noms de Pégase, d’Arion et de Scythius, il a pour mère une femme ou une jeune fille dont le serpent forme Vaitribut distinctif (b). Il n'y a done pas lieu de douter que la fable scythique , sur les chevaux d’Hercule et sur ses amours avec une jeune fille dont la partie inférieure du corps était un serpent, n’ait un fondement dans l'astronomie et le même fondement que la génération d'Arion, fils de la vierge Cérès adorée à Phigalie. Nous
(a) Pausan. Arcad., 272. — (b) Servius Georg., ], 3, v. 13.
LIVRE I, CHAPITRE T. 25g en parlerons ailleurs dans l'énumération des divinités de la Grèce dont Pausanias nous a décrit les mystères | 59]. Nous nous bornerons à remarquer ici une grande ressemblance entre les fictions sacrées et les figures symboliques de la religion des Scythes et celles des habitans des montagnes du Péloponèse où de l’Arcadie , pays fameux par sa haute antiquité.-Nous laissons à d’autres à ürer les conséquences qui pourraient en résulter pour prouver l'antiquité et la filiation des différentes peuplades éparses sur notre continent, Voilà, en effet , trois points donnés ; les régions élevées de la Scythie, les montagnes de l’Arcadie et le mont Atlas; car c’est à l'occident de l'Afrique, près de l'Atlas, que l’on rapporte la naissance de Pégase, né du sang de Méduse tuée par Persée. Ces trois points se lient par une chaîne . commune de traditions semblables sur une femme ou fille aux formes serpentines, qui devient mère de Pégase, d’Arion et de Seythius, trois noms du cheval céleste qui se lève au coucher de la vierge et de Phydre, au solstice d'été , lorsque le soleil est arrivé au lion et qu'il entre aux premiers degrés du signe de la vierge.
Enfin il est une dernière fable isolée et détachée du grand poëme de l'Héracléide, par l'explication de laquelle nous terminerons ce travail sur Hercule. C’est la victoire d'Hercule enfant sur deux serpens qu'il étouffa dans son berceau. Cette victoire est rapportée par Diodore de Sicile et par tous les mythologues qui ont parlé d'Hercule; mais elle n’a nulle part des caractères aussi précis et des détails aussi circonstanciés que dans Théocrite (a). |
(&) Theocrit. Idylle 24.
Ce poëte, dans son Idylle (a) sur Hercule enfant, nous dit que ce héros , dès l’âge de dix mois, triompha de deux serpens que Junon avait suscités contre lui pour le dévorer, et cela pendant” la nuit , à l'heure de minuit, lorsque l’ourse penchait vers le couchant et qu'Orion venait de se développer tout enuer. Hercule les étouffa, et une femme, le matin , fut chargée d’en jeter les cendres dans un fleuve (b). La plupart de ces circonstances pourraient être regardées comme assez étrangères au fond du fait et comme l'ouvrage du génie du poëte, libre dans ses fictions ; néanmoins elles nous ont paru exprimer des circonstances trop précises pour qu'il n’y ait pas eu du dessein dans ceux qui les ont fait remarquer et qui nous les ont conservées. En examinant avec un peu d'attention, nous avons vu que notre explication peut satisfaire à toutes en les rapportant aux phénomènes, ou aux positions que présente la sphère, dix. mois après le lever ou après la naissance de lPHercule ingéniculus , véritable image du soleil-Hercule , et qui en a conservé le nom et les attributs. La naissance ou le lever héliaque de cette constellation a lieu lorsque le soleil arrive vers le milieu du scorpion. Alors on voit dans l'hémisphère supérieur l’hydre de Lerne déployée tout entiere, et une grande partie du serpent d'Ophiucus , qui porte sa tête près de l’Hercule ingéniculus. Ces deux constellations , ou serpens célestes, sont si étendues et tellement disposées dans la sphère, qu'il n’y a qu'une seule position où elles puissent être toutes deux en même temps sous l'horizon. C’est ce qui a lieu
À a DEEE DEN TRR RER OT GR Rem On)
(a) Iylle 24, v. 1,11. — (db) Ibid., v. 92.
ÆIVRE IN, CHAPITRE I, 261 lorsque le soleil est'arrivé vérs les deux tiers du signe de la vierge , précisément dix mois après le lever ou la naissance d'Hercule , et cela à l’henre de minuit, héure à laquelle ce jour-là effectivement l’ourse penche vers le couchant, et où Orion est entièrement levé. C'est la position qui nous est donnée par Théocrite pour le minuit, auquel correspond la défaite des serpens tués par Hercule au berceau, à l’âge de dix mois. Hercule alors est-tout entier sur l’horizon , et sa tête touche le bord occidental de ce mème horizon, tandis que les deux serpens placés au-dessous, l’un vers le couchant, l’autre vers l’orient, ont entièrement disparu. Quelques minutes plus tôt où plus tard , il y'a toujours un de ces deux serpens sur l’horizon, et le plus petit mouvement du globe , soit à droite , soit à gauche , suffit pour en tramener un d'entre eux. C'est donc alors seulement, où à l'heure de minuit indiquée par Théocrite , dix mois après la naissance d’Hercule , que ce héros est débarrassé de tous lés deux inonstres. Däns toute autre posi= tion, il se trouve sur l'horizon avee eux, 6ù at moins avec un d'eux: La femme qui doit le matin, aux premiers rayons de l’aurore ; en’ jeter les éendres dans un fleuve, sans se retourner pour regarder ; pourrait être la vierge céleste qui a cette position relativement” 4u fleuve Érydan lequel se couche alors le matin ,°au lever de cetie même vierge. El serait assez difficile de croire que toutes les circonstances les plus minutieuses de ce poëme s’accordassent aussi exactement avéc les apparences célestes, par un pureflet du hasard , et que toutes les parties de la fiction eussent une correspondance aussi mar ee et aussi parfaite avec le “ciel, si le ciel et ses aspects n’en formaient pas la base. Théocrite,
rajeunissant dans ses! écrits les anciens chants des poëtes du Péloponèse et surtout de ceux de l’Areadie, pouvait avoir un dessin plus correct que les autres poètes pour établir dessus sa broderie. Quoi qu'il en soit, il est certain que tels sont les aspects célestes, dix mois après le lever d'Hercule ingéniculus, et à l’heure précise de minuit , c’est-à-diré au moment même où Théocrite suppose qu'Hercule, âgé de dix mois, tua les deux serpens. qui assiégeaient son berceau. Le reste de l'idylle , ou plutôt de ce fragment d’'idylle (a), contient l'éducation d'Hercule qui apprend du centaure Eurytus l’art de.üirer de l'arc, de Linus l’art d'écrire et les lettres, etc. On voit que dans les chants poétiques l’on prenait Îles héros dès leur berceau, ét que souvent on pouvait faire entrer comme épisode ces récits dans le corps du poëme ; c'est ce que nous verrons bientôt dans la vie de Bacchus et dans le poëme des Dionysiaques. Voilà les principales fables détachées que nous avons cru devoir expliquer , laissant un modèle d'explication à ceux qui voudront résoudre les autres fictions partielles, Cette même idylle dé Théocrite annonce qu'Hercule, après ses douze travaux, sera placé dans la voûte étoilée des cieux (b). Aussi est-ce là qu'il parcourt sans cesse la carrière de ses douze travaux, ün chaque mois. Les rappoñts de: sa marche avec cellé du ciel et du temps que mésure le soleil à chaque révolution et à chaque paré de la révolution, autrement chaque mois, sont désignés non-seulement par le nombre douze, celui des
travaux qu'il achève , mais encore par celui des autels
(a) Idylle ;v. 106. — (db) Ibid. , +. 7
LIVRE III, CHAPITRÉ I. 263 qu'il élève aux Dieux. En eflet, on dit qu'il éleva douze antels aux douze grands Dieux, allusion manifeste aux douze divinités tutélaires des douze signes, dont Maniius nous à donné les noms et qu'il a casées chacune dans le signe qui lui appartenaït. C’est par cette raïson que les Phéniciens avaient élevé un autel à l’année, dans le temple qu'ils avaient bâti à Cadix en honneur d'Hercule , père du temps ; et un autre au moïs, comme à la mesure de temps la plus longue et la plus courte que donne le zodiaque (a), c'est-à-dire l’année et ses douze divisions. L'Hercule céleste , soit Zngéniculus, soit Oplhiucus , porte le nom de Thésée, et on voyait à Athènes un portique où Thésée était représenté avec les douze grands Dieux (b). Ophiucus ou le serpentaire,, connu en astronomie sous les noms de Cadmus et d'Esculape , porte aussi le nom d’Hercule, et on voyait en Arcadie , à Thelpusa, le temple d’Esculape avec celui des douze grands dieux (c). C’est ainsi que dans la peinture de Janus , dont la fête chez les Romains se célébrait conjointement avec celle d'Esculape le premier janvier, vien ne paraît aussi distinctif et aussi caractéristique , dans les attributs de ce génie tutélaire de l’année, que les douze autels que l’on plaçait À ses pieds. C’est pour cela que, dans Nonnus(d), Hereule est appelé Le père du temps ét ke conducteur de l’année aux douze mois. C’est pour rappeler la même division duodécimale que l'on disait que l’oracle de Delphes avait ordonné à Hercule de’ se rendre à Tirynthe, et de servir douze ans
(a) Eusthai. Comm: ad Dionys. Porieg., v. 453. -— (b) Pausan. Attic., p. 3 — (e) Ibid. Arcad., p: à56. = (d) Dionysiäc., 1. 40,
Ne
sous Eurysthée. On fit aussi allusion aux. cimquaniedeux semaines dans la fiction des cinquante-deux filles de "TFhespies, avec lesquelles coucha Hercule, et dans celle des cinquante-deux, années que l’on, assigne à la durée de la vie de ce héros. On fit pareïllement allusion aux 360 degrés.du. cercle et. aux 360 jours de l’année, sans épagomènes, dans la fiction qui suppose qu’Hercule accorda les honneurs néméens à 360 jeunes gens qui l’aidèrent dans ses travauxet qui périrent pour lui. Le génie allégorique des anciens rend:très-vraisemblablestoutes cés allusions dans un poëme sur le temps etsur l’année. et sur ses différentes divisions dont la mesure nous est donnée par,.la marche: du soleil, le ‘véritable et le seul Hercule que l'antiquité ait chanté , en quelque nombre quel’ignorance l'ait multiplié, Car, comme on. compte plusieurs Bacchus, on compte aussi vulgairement différens Hercuiles (a),, à raison des diverses traditions des diflérens peuples qui l'ont adoré ; et on leur assigne différens lieux où chacun de leurs adorateurs les faitnaître, Les plus connus sont l'Hercule phénicien ou tyrien , l'Hercule égyptien, le thasien, le grec et le. crétois. Diodore .de Sicile (b), qui nous à donné un précis de la théologie des Crétois , uous dit qu'ils faisaient naître chez eux Hercule , bien des siècles avant l'Hercule., fils d'Alemène , Célébré par les Grecs. Ils ignoraient quelle était la mère du premier Hercule ; ils disaient seulement que. c'était un héros: distingué par une force extraordinaire, qui parcourut l'Univers, punit les scélérats, extermina les monstres 8 et afranchit les hommes de la servitude. Parmi tant de PR ARE und né in EE sotonsromiailnens (a) August. de Civ. Dei, 1. 15, C. 12. — (b) Diodore, 1. 5 P: 392. (
? ns
HIVRE IN, CHAPITRE Le 265 dangers ïl fut, disent-ils , toujours invulnérable et invincible. Les hommes, en reconnaissance de ,ces services, lui accordèrent les honneurs divins. Îls ajoûtent, que le fils d'Alemène, né bien des siècles après, ayant marché sur ses traces, obtint aux mêmes titres l’immor-
talité ; et qu'avec le temps, la ressemblance des noms les fit confondre entre eux, et attribuer au second les événemens de la vie du premier. Ils conviennent aussi que les Égyptiens conservent encore les monumens des exploits du plus ancien des Hercules qui à bàti une ville en Égypte. Nous n’entrerons pas ici dans l’examen des preuves qui font voir que l'Hercule crétois est le fameux Cadmus ou l'Hercule Ophiucus, adoré à Gortynie, le même, que l’Hereule de Thèbes en Béotie, ville Hit par Cadmus, le même que l'Esculape adoré à Carthage, colonie de Tyr, appelée Cadmeis (a). Cicéron, ainsi qu'Arnobe, en comptait six (b). Varron en porte le nombre jusqu’à quarante-quatre. Pour nous , nous réduirons tous ces Hercules à un seul, et nous dirons que l'Hereule égyptien (c), thasien,, crétois (d), phénicien, thébain, indien, gaulois, espagnol , libyen, argien; que tous ces Hercules, soit qu'on en ait fait des. divinités premières, soit qu’on les ait chantés comme des héros ou des rois fameux par leurs exploits, ne sont que le Dieu-soleil, héros ou Dieu de tous les poëmes allégoriques faits sur la Nature et sur la marche des révolutions éternelles du monde, dont le soleil est ie premier agent et l'ame visible et puissante, et dont l'efhgie fut
et
(a Eusth. ad Dionys. Perieg., v. 200. — (b) Cic. de Nat. Deor., 2, 0 16. Arnob.4{,p. 136. — (c) Serv. ad AEneïd. 8, v. 59 {d) Diod., L'2, e. 88. Arrian de Reb. Indicis, p. 174.
placée dans les constellations de l’{ngéniculus et de l'Ophiucus. C’est une vérité dont il faut partir commé d'un axiome incontestable, qui sert de centre à toute notre théorie sur les Dieux et sur les héros prétendus de l'antiquité religieuse , et dont uous trouverons plusieurs fois la preuve dans les chapitres suivans, dans lesquels nous expliquerons les hauts faits de semblables héros, qui en dernière analyse se réduisent tous au soleil, Cet astre est le seul Dieu qui ait pu étendre son culte aussi loin qu'Hercule l’a étendu, c’est-à-dire qui ait pu ne Jui donner d’autres bornes que celles de l'Univers. En eflet, l'Orient et l'Occident, les deux termes naturels de la course du soleil chaque jour, étaient aussi les termes des courses d'Hercule. Comme on montrait à Cadix ou aux bords les plus reculés de l'Occident, et dans le Pont (a), les colonnes qu'avait posées Hercule pour ierme de ses voyages vers le couchant et aux rives du Pont-Euxin , on montrait aussi dans l'Inde deux autels qu'Hercule avait élevés pour marquer le terme de ses courses en Orient (B). Bacchus en avait fait autant; et Bacchus, comme nous le verrons bientôt , n’était que le soleil. Les Indiens célébraient autant Hercule que Bacchus , et montraient dans leur pays beaucoup d’établissemens de ces deux héros (er Ils peignaient Hercule avec la massue et avec la peau de lion, comme faisaient les Grecs. Ils célébraient sa valeur, et publiaient qu’il avait délivré la mer et la terre des monstres et des tyrans qui les infestaient. Il avait, suivant eux, partagé l’Inde à ses enfans et avait bat qe mm ace ete ti te in
(a) Serv. in AFneid. , 4. 14, v, 262. — (b) Solin., p. 124. — (c) Diod. Sicil., 1. 2, c: 88, p. 152.