LIVRE JT, CHAPITRE I
lune d’or et l’autre d'émeraude qui jetait beaucoup d'éclat la nuit; comme si on eût voulu par-là désignér les deux temps de la révolution céleste et leur division en lumière du jour et en lueur de la nuit, éclairée par la lune et par les autres astres. Ces mêmes Phéniciens avaient porté son culte dans l'ile de TFhase (a) et à Érythée en Jonié (b), et lui avaient bâti là un temple, plusieurs âges avant le siècle où l’on fait vivre l'Hercule grec, ou celui qui prit naissance dans la ville de Thèbes , fondée par Cadmus , ou par l’'Hercule phénicien , qui lui-même n'est pas différent de l'Hercule adoré à Thèbes dans la haute Égypte, et qui semble avoir été le père et le modèle de tous les Hercules du monde. Aussi Hérodote dit-il qu'il était un très-ancien Dieu en Égypte , et il en fait remonter le culie jusqu'à près de dix-sept mille ans avant son siècle (ce). Cette antiquité n'a rien d'étonnant , quand on fait, comme nous, d'Hercule le soleil, dispensateur éternel du temps et des siècles. Je ne parlerai pas de son culte chez les Grecs ni chez les Romains ; il suffit de dire qu'il n’est pas un canton dans la Grèce où l’on ne lui trouve des adorateurs. Cette universalité et cette antiquité du culte rendu à Hercule se concoivent quand on le rapporte au soleil, divinité des Phéniciens , Égyptiens (d) , etc. Si nous voulons y voir un petit prince grec déifié, que de difficultés à résoudre! Son histoire n’est plus, sous ce point de vue , qu’un tissu d’absurdités et d'aventures invraisemblables. Toutes les dates sont confondues , et on est obligé d'imaginer une foule d'Hercules , soit pour s’ac-
(a) Herod. , L. 2, c. 44. — (b) Pausan. Bæot., p. 302. — (c) Herod., 1. 2, c. 43. — (d) Voy. ci-dessus, 1. 1, ©. 2.
corder avec la chronologie , soit pour éviter les contradictions que présentent entre eux une foule de faits. Il faut , pour ainsi dire , multiplier les Hercules , à mesure que l’on en a besoin , pour rendre raison de tout , comme autrefois on multipliait les épicycles pour expliquer toutes Îes apparences des planètes , jusqu'à ce que Copernic eüt fixé l’opinion des savans sur le véritable système du monde. Je laisse au lecteur à juger , par cet essai , si le nouveau système mythologique fera , dans l'étude du ciel poétique , la même révolution que le systèmede Copernic a faite dans l’étude du eïel physique , et s'il conciliera une foule de discordances que, sans lui, il est impossible de ramener à l'unité de plan et d'accorder entre elles.