LIVRE II], CHAPITRE IT
printemps ceiie forme pour la féconder (a) au moment où l’on célébrait son entrée dans la lune ou son coiït avec elle (B). Aussi le taureau prenait-il le nom d’Osiris et d’Apis, de cet Apis qui, suivant Plutarque, est l’image (c) d'Osiris, et, suivant Lucien, celle du taureau céleste (d).
Pluiarque confirme ce rapport des deux théologies , lorsqu'il nous dit que Bacchus amena de l'Inde deux taureaux dont d’un s’appela pis (e) et l’autre Osiris; et ailleurs, qu’Apis était spécialement consacré à Osiris (#}, et qu'Apis et Osiris avaient le même objet (g). Ainsi la lune est fécondée en Perse par le taureau; et en Ég gypte, par Osiris, nom du taureau sacré que Baies ou Osiris , époux d’Esis, était censé avoir amené avec lui de l'Orient. Dans l’une et l’autre théologie, c’est donc la lune qui agit sur la terre ; mais elle est toujours subordonnée à l'empire du soleil qui s’unit à elle et la féconde, en prenant la forme du taureau, c’est-à-dire du signe équinoxial de printemps , dans lequel on placa le lieu de lexaltation de cette planète, ou le lieu de sa plus grande énergie sur la terre. La force d'Osiris , comme dit Plutarque (4), s’exerçait par la lune ; ce qui lui fit donner le nom de mère du monde et lui fit attribuer le double sexe. En eflet, elle faisait la fonction de cause passive et de cause active tout à la fois : de cause passive relativement au soleil qui la fécondait, et de cause active relativement à la terre , à qui elle transmet- ‘ait les germes de fécondité qu’elle avait recus de l’astre bienfaisant qui organise la matière sublunaire. Dans la
(a) Zend-Avest., 1. 2, p. 46,417,.18, 363, 371. — (b) De Iside, p. 368. — (c) Ibid. — (d) Lucian de Astr., p. 986. — (e) De Iside, p: 362. — (f) Ibid., p. 350. — (e) Ibid,, p. 362. — (h) Abid., p. 368.
théologie des Japonais , c’est aussi la lune qui s'unit at taureau pour faire éclore l’ordre du monde, qui sort de l'œuf symbolique que le taureau sacré des Japonais brise avec ses cornes. Il est bon de rapprocher ainsi toutes ces théologies. On y voit que la lune est partout le grand agent des générations , et que concurremment avec le taureau , ou avec le soleil du taureau, elle est censée verser dans la matière les germes de bien; d'ordre et de fécondité, que la terre, chaque année, reçoit du ciel.
C'est par ces deux agens que le bon principe corrige les germes de mal que le principe ténébreux attache à la matière. L'activité bienfaisante d'Osiris en triomphe, et les enchaîne pour quelque temps par l’organisation que reçoit la matière, sur laquelle agit la force puissante qui met l’ordre et les formes régulières qui embellissent le monde (a). Or, ce bon principe, ce principe fécond , c’est le soleil ou Osiris, dont le taureau Apis est l'image vivante , et qui prend lui-même le nom d'Osiris ; car Osiris et Apis, suivant le plus grand nombre des prêtres d'Égypte, sont deux noms qui concourent à exprimer la même idée (b), savoir : celle de la force créatrice bienfaisante qui est le principe de la végétation et de toutes les générations sublunaires. Ces énormes testicules qu’on voulait qu’eût le bœuf Apis tendaient à exprimer cette idée de fécondité , comme nous l’avons déjà observé. Les taureaux sacrés des Égyptiens , Suivant Diodore (c), tant celui qu'on appelait Æpis que celui qu'on nommait Mnevis , étaient consacrés à Osiris, et
(a) De Iside, p. 368. — (b) Ibid., p. 362. — (e) Diod.; 1.5, p.15.
LIVRE III, CHAPITRE II. 203 secevaient à ce titre les hommages que l'on rend à la Divinité, et cela par une loi commune à tous les Égyptiens. Le taureau Mnevis était celui que les Égyptiens honoraient à Héliopolis (a) ou dans la ville du soleil. IL était le taureau sacré d’Osiris , dit Plutarque; ce qui exprime bien les rapports qu'on avait cru devoir établir entre Osiris et l’animal céleste auquel le soleil ou Osiris s'unissait tous les ans à l’équinoxe de printemps. Nous. ne pouvons trop revenir sur cette idée.
Cette observation sur le soleil du taureau, et sur l’in- - fluence qu'il exerçait sur le principe humide de la Nature, était d'autant plus importante pour les Égyptiens, que c'était à l’équinoxe de printemps que l’on commençait à remarquer une espèce de mouvement dans l’eau du fleuve, qui peu à peu se soulevait et croissait au point d’épancher ses eaux sur les terres de l'Égypte qu’il ferulisait. C’était aux approches de la néoménie équinoxiale que ce premier ferment commençait à se développer , si nous en croyons Eusèbe (b) dans l'explication qu’il nous donne d’une figure symbolique destinée à représenter la néoménie de l’équinoxe de printemps et les éflets qu'elle produisait sur le Nil. Il résulte de ce qu'il nous dit que, si la terre d'Égypte recevait sa fécondité des eaux du Nil, le Nil lui-même la recevait de l’action combinée qu’exerçaient sur lui le soleil et la lune dans leur union équinoxiale , au moment où se faisait la conjonction d’Osiris avec la lune , pour me servir des termes de Plutarque (c).
Ce sont ces rapports de fonctions semblables, entre
(a) De Iside, p. 364. —- (b) Præp. Ev., 1 3, c. 12.— (c) Plut. de side, p. 368.
le Nil et la terre, entre Osiris ét la lune, qui ont fait souvent confondre par les anciens Osiris avec le Nil ét Isis avec la terre (a). Effectivement, le Nil était à la terre ce qu'Osiris était à la lune, c'est-à-dire, dans les rapports de principe féconidant et de piincipe fécondé. Mais en remontant à l’origine du bien et de la fécondité que répand le Nil, on voit que la source en est primitivement dans le ciel ét dans le soléil du taureau, dont le bon principe emprunte sa forme pour mettre l'ordre ét l’activité dans la matière terrestre: Il a pour agens intermédiaires la lune ét le Nil, qui, avec l'air fécondé par la luné, servent de carial de communication et de véhicule aux émanations du ciel jusqu’à la terre, laquelle les couvé , les conserve et les fait entrer dans sa substancé. Aussi disait-on que le Nil était un écoulement d'Osiris (b), comme on disait d’'Osiris Tui-même qu'il était lé principe de toût l'humide fécondant qui se trouve dans la Natnré , et surtout dé celui qui entretient là verdure et qui fait la beauté du printemps (c). Enfin on le régardait, dit Plütarque, ainsi que Bacchus (d), comme le maître souvérain de l'humidité de la Nature ou de la Nature humide ; parce que c’est lui qui distribuait la sève dans les arbres et qui éntretenait la végétation. Au contraire T yphon , son ennemi, était le principe aridé qui arrètait la sève et desséchait les produetions de la Naturé. C’est célui qui se manifeste en autornné (e), suivant Plutarque , au lieu que la force féconde et spermatique d'Osiris avait pour premier agent
(a) De Iside, p. 363, 366. — (b) Ibid. , p. 365, 366. Plut. Sympos. ; Lr,c.8,p. 435. —(c) Ihid., p. 364. — (d) Ibid., p: 365. — (e) Ibid. , P: 36:
LIVRE TL, CHAPITRE IT. 205 Übumidiié qui lui sert d'intermédiaire pour s'unir à la matière qu'il organise par la génération (a). C'est ce qu'indique la fiction qui suppose que les parties sexuelles d'Osiris furent jetées dans les eaux du Nil; ce qui donna lieu à l'institution des fètes ityphalliques. C’est, continue Plutarque, l'humide qui, amollissant la dureté excessive de la Nature aride, produit les exhalaisons dont s’alimente le principe actif ou Île spiritus fécond , connu sous le nom de Jupiter ou d'ame universelle , lequel n’a point de plus grand ennemi que la Nature aride et que le feu desséchant(b). C'est ainsi que, dans la théologie des Perses, on voit Ahriman, dans la guerre qu'il fait à Ormusd, répandre sur les arbres et sur les plantes une eau brûlante qui les dessèche. Typhon est de même, dans la théologie égyptienne, le principe d’aridité et de stérilité qui dessèche l'humidité féconde que verse Osiris ou le bon principe, lequel produit l’intumescence des eaux qui fertilisent le sol d'Égypte. Voilà pourquoi Plutarque (c) dit que, par-la tyrannie de Typhon et par les embüches qu'il dresse à Osiris, on doit entendre cette force dessicative qui consume l’humidité ,'qui alimente et accroit l’intumescence du Nil. Aussi , dit-il, célébrait-on la mort d'Osiris en automne, au moment où le Nil se retire des campagnes, lorsqu'il laisse la terre à sec et qu’il rentre dans son lit.
Nous croyons devoir insister sur cétte partie de la théologie égyptienne, parce qu’elle exprime le caracière des deux principes lumière et ténèbres, bien et mal, considérés dans leurs rapports avec la terre et avec
(a) De Eside, p. 365. — (b) Zend-Avest. Boundesh., p. 356. — (-) De Eside, p. 366.
les alternatives de génération et de destruction qui partagent la durée de la révolution annuelle du soleil. Dans les autres pays, à la place du Nil, on substitua ces pluies fécondes dans lesquelles descend l’éther ou le Dieu tout-puissant, dont parle Virgile, lorsqu'il s’unit à la terre et qu'il vient la féconder. On les opposa aux vents arides d'automne, qui dessèchent les plantes, et aux pluies abondantes , mais infécondes, qui ne produisent que la putréfaction des fleurs, des plantes et des feuilles (a). En effet, on doit regarder comme agens de Typhon, dit Plutarque (b), non-seulement la sécheresse , les vents dangereux, la mer, les ténèbres, mais en général tout ce que la Nature renferme de nuisible et de propre à engendrer la corruption et à produire la destruction. C’est à la suite de cette réflexion que Plutarque développe la théorie des deux principes opposés dans la Nature, qui se retrouve dans toutes les théologies , èt que nous avons exposée dans notre deuxième livre (c). *
Il voit, dans Typhon ou dans l'ennemi d'Osiris, le principe de corruption de la matière [69] que rectifie et . corrige Osiris, non pas en le détruisant, mais en y versant les biens qu’elle n'a pas d'elle-même (d). C’est de ce principe vicieux du monde de ténèbres , ou du monde inférieur , auquel est attaché Ahriman ou Typhon, que naissent les tremblemens et les secousses violentes qu'éprouve la terre, les agitations tumultueuses de l'air , les ardeurs brûlantes, les foudres et tous les météores ignées; la corruption pestilentielle qui infecte l'air et les eaux.
er,
(a) Plut. de Iside, p. 369. — (b) Ibid. » P: 371. — (c) Voy. Ci-dessus, L2,c 5.— (d) De Iside, p. 373.
LIVRE 111, CHAPITRE 11. 207 Ce principe désastreux fait des excursions jusqu'à la sphère de la lune, et obscurcit l’éclat brillant des cieux et des astres par d’épaisses ténèbres. Tel, en effet, la théologie des Perses nous peint Ahriman (a), et celle des Égyptiens , Typhon, dans le poëme de Nonnus (8). Tel aussi le livre de Apocalypse nous peint cet ange malfaisant, qui ouvre le puits de l’abime d’où sort la fumée qui obscurcit le soleil (c). Cette révolte du mauvais principe contre le principe de bien et de lumière, soit Ormusd , soit Osiris, soit le Dieu créateur, père des anges de lumière , a été représentée dans toutes les cosmogonies sous toutes les formes. Osiris, awcontraire, suivant Plutarque, remplit la matière du monde (d), par le moyen d'Isis, des prificipes de bien, de pureté et d'ordre , par lesquels se soutient l’harmonie de la Nature [70]. Comme c’est à l’équinoxe de printemps que le Dieu créateur” ou le principe actif du monde, le Dieu-soleil , organise les plantes, développe les germes que recèle la terre dans son sein , et qu’il produit le bel ordre de choses que nous admirons dans nos climats septentrionaux, depuis le printemps jusqu’à l'automne ; ce sera à cette époque que nous ferons commencer. l'exercice de la puissance féconde et bienfaisante du soleil. Ce sera, par la même raison, à l’équinoxe d'automne que nous la ferons cesser, lorsque le principe ténèbres reprend son empire dans l'Univers. En cela, nous sommes d'accord avec les traditions égyptiennes qui rapportaient aux saisons et aux époques variées de la végétation annuelle les aventures d’Osiris, telles que sa
(a) Zend-Avest. Boundesh., p. 355. — (b) Nonnus Dionys., 1. 2° — (c) Apocalyps., c. 9, v. 2. — (d) De Iside, p. 374.
mort et sa résurrection. On plaçait la mort à l'équinoxe d'automne, au lever du soir du taureau ou des pleïades, et sa résurrection au printemps , lorsque la végétatiorr reprend une activité nouvelle (a). Ceci est vrai dans nos climats ; mais ne s’accorde pas exactement avec la bus tation l'Égypte. Ce n'est donc PE en Égypte qu'on doit en chercher l’origine ; car ce n’est point au sol d'É-
gypte que cette idée cosmogonique était relative, mais à tout notre hémisphère boréal [71]. Aussi Plutarque convient-il que Les mêmes cérémonies qui avaient pour objet Osiris ou le soleil en Égypte , se célébraient en Grèce à lamême époque (8). Dans toute l'Asie et à l’occident de l’Europe, l’on avait conservé des traditions qui réveillaient les mêmés idées cosmogoniques sur la marche du soleil dans l'hémisphère supérieur et inférieur , et conséquemment sur celle de la végétation qui lui correspond. La suite de ce traité va prouver que c’est effectivement d’après la marche du soleil dans le zodiaque, comparée avec le développement de la végétation avec ses progrès et son terme, et avec les saisons qui en mesurent la durée, que toute l’histoire d'Osiris et ses aventures merveilleuses doivent s'expliquer. C’est à tort que Plutarque, vers la, fin de son traité, a voulu rappeler aux idées métaphysiques des platoniciens, et au monde invisible, une fiction qui toute entière a pour base la bhyskihe et les phénomènes de l’ordre visible du monde. Osiris ou le soleil est le premier bien et la source féconde de toutes les beautés et de l’ordre d’icibas, vers laquelle court sans cesse Isis ou la lune , pour les communiquer à la terre. Elle en verse au printemps les SO
(a) De Iside, p. 355: — 6) Mid. , p. 358.
LIVRE Ïil, CHAPITRE IF. 209 germes dans l'air, dans les eaux et dans la terré , par le moyen du feu céleste demiourgique , qui organise tout, et qui vivifie les élémens jusqu a moment de la retraite du soleil vers les régions australes. Alors la matière se trouve abandonnée aux outrages et aux chocs de l'esprit tumultueux et désordonné, qui la pénètre, et que le ciel avait subjugué jusque-là , et enchainé dans les organisations régulières des plantes et dans l’ordre et l’heureuse harmonie des saisons, pendant a demi-révolution du soleil , c’est-à-dire , depuis le printemps jusqu'à l’automne. Cette vérité va être démontrée par des preuves astronomiques, tirées des constellations qui figurent dans l'histoire merveilleuse d'Osiris et d’Isis ou du soleil et de la lune, dont la marche est mesurée par la succession des levers et des conchers des astres. Résumons et reprenons Je fil de nos idées.
D'abord nous avons établi comme principe incontestable que , dans la théologie égyptienne, Osiris était le soleil ; 2° qu’il était le soleil considéré sous les rapports d’astre fécond et bienfaisant, de qui la terre reçoit les germes de bien et d'ordre durant tout le temps destiné à l’action du bon principe, c’est-à-dire depuis l’équinoxe de printemps jusqu’à celui d'automne , termes naturels de la durée du règne d'Ormusd ou du Dieu source de bien et de lumière. IL résulte de là que le signe du taureau et celui du scorpion, qui répondaient à ces deux équinoxes , à cette époque éloignée , doivent jouer un grand rôle dans cette histoire, et après eux les autres constellations voisines des équinoxes qui fixaient les limites de la durée de l’action féconde du soleil. Or, c’est précisément ce que nous cbservons et ce qui est arrivé effectivement,
Osiris, comme Bacchus, était peint avec des cornes de bœuf, ou avec les attributs du signe qui autrefois oc-. cupait l’équinoxe de printemps. Osiris était le nom du taureau de Bacchus (a). Apis était l’image vivante d’Osiris, et ces deux noms rentraient dans l'expression de la même idée (b). Mais Apis lui-même était l'image du taureau céleste (c), et il portait tous les attributs astrologiques de ce signe, En effet, on voyait sur son épaule le croissant de la lune qui avait son exaltation dans ce signe, et outre cela les marques caractéristiques de la planète Vénus qui y a son domicile, de Vénus Déesse de la génération dont le grand développement arrivait sous ce signe. Tant de rapports déjà prouvés, et qui ne sont réunis ici sous un même point de vue qu'afin de faire mieux voir la liaison qu'il y avait entre le soleil fécond ou Osiris, et le signe de l'équinoxe de printemps, achèveront de convaincre le lecteur que c’est le taureau équinoxial qui figure dans la fable d'Osiris.
Le scorpion, ou le signe de l'équinoxe d'automne, ne joue pas un rôle moins important dans cette même histoire. En effet, c’est pendant le mois où le soleil parcourait le scorpion que le Dieu-soleil , sous le nom d’Osiris, perdait la vie et la fécondité qu'il avait communiquées à la Nature sous la forme de taureau. Typhon que l’antiquité peignit avec des pieds et des mains hérissées de serpens, et qui, dans le planisphère égyptien de Kirker, est casé sousle scorpion, Fyphon, suivant Plurarque (d), attaqua Osiris, le mit dans un coffre obscur et le jeta dans le Nil , et cela sous le dix-septième degré du scor- |
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(a) De Iside, p, 362, — (@) Ibid. — (ce) Lucian de Astrot., p. 986. — (d) De Iside, p. 356.
- LIVRE IT, CHAPITRE I. 501 pion. C’est donc sous le scorpion d'automne qu'Osiris perdait la vie et la fécondité ; et c'était au printemps qu'il la recouvrait, puisqu'alors , suivant le même Plutarque, on célébrait le coït d'Osiris avec la lune (a). Les deux signes astronomiques , taureau et scorpion, étaient donc les formes célestes auxquelles s’unissait le soleil lorsqu'il fécondait la terre et lorsqu'il cessait d’agir sur elle, ou que sa virilité lui était ravie. C’est alors, dit Plutarque (b), que la lumière s’affaiblit, que la nuit reprend son empire et prolonge sa durée ; que le Nil se retire , que la terre se dépouille de sa verdure et les arbres de leur feuillage.
Cette idée cosmogonique est rendue de lamanière la plus expressive dans lé monument de Mithra , dont nous donnerons ailleurs une explication plus détaillée. On yvoit ce scorpion redoutable serrer Îles testicules du fameux taureau équinoxial sur lequel est monté Mithra, ou le soleil du printemps, et Le Dieu de la génération, pour me servir des termes de Porphyre (c). On y voit deux arbres, l’un couvert d’un feuillage naissant, au pied duquel estun petit taureau et un flambeau allumé ; et l’autre chargé de fruits, au pied duquel est un scorpion ét un flambeau renversé et éteint. Il est évident que c’est le printemps et l'automne qu'on y a peints. Le taureau dont les testicules sont rongés par le scorpionest évidemment l’Osiristaureau, mis à mort par Typhon, sous le signe du scorpion. Ainsi la cosmogonie des Perses et celle des Égyptiens se trouvent absolument ici d’accord , tant pour l’idée cosmogonique que pour les émblèmes célestes qui servent à la rendre.
(a) De Iside, p. 368. — (b) Ibid., p. 366. — (c) Porphyr. de Antr. Nymph., p. 124
Nous en avons une nouvelle preuve dans le poëme des Dionysiaques de Nonnus. Le poëte y chante les courses de Bacchus égyptien. Dans ce poëme dont nous donnerons bientôt l’analyse, on voit le principe du bien et de la lumière , qui a perdu sa force et ses foudres. Elles lui ont été ravies par Typhon, par celui-là même que nous venons de voir attaquer Osiris et le tuer sous le signe du scorpion. Après un long combat qui finit avec l'hiver , le Dieu-lumière reprend son empire et sa foudre, sous le signe du taureau , et rétablit l'harmonie du monde, que TFyphon avait dérangée (a). Le taureau est donc encore ici le signe sous lequel le bon principe, le Dieu de lumière , vient réparer la Nature que Typhon, pendant l'hiver , avait dégradée. Passons aux constellations qui fixent les termes de cette course du soleil dans les signes sous lesquels s'opère le bien de la Nature, ou dans les six signes supérieurs , dans lesquels voyage Osiris , lorsqu'il parcourt la terre et qu'il va y répandre ses bienfaits , parmi lesquels on compte le don précieux des raisins et des moissons que le soleil fait croître ‘et müûrir. |
Près des limites de l’éqninoxe de printemps, sont le grand chien et Orion, au midi de l’écliptique; au nord, le cocher qui porte la chèvre, fémme de Pan. Près de à, et au milieu de lécliptique, sur la route même du soleil, on trouve les deux gémeaux qui portentiles noms de Triptolème et d'Apollon. Près des limites de léquinoxe d'automne, on remarque, au midi de l’écliptique, le centaure et le loup ; au nord , l'Hercule céleste et la {yre (b) d’Apollon , dont les cordes égalaient le nombre
(a) Nonnus Dionys., 1 3, — (b) Hyper, Lee,