LIVRE Ii, CHAPITRE IE
1 y produisit un déluge [75] qui pensa détruire tous les hommes; mais Hercule, ayant élevé des digues , sauva une partie des habitans , et fit rentrer le fleuve dans son lit. Osiris, quittant l'Éthiopie , dés en Arabie, et après avoir cotoyé la Mer-Rouge, il s’avança jusque dans l'Inde, et vers les contrées les plus inhabitées de l’Orient. Il bâtit dans l’Inde la ville de Nysa, du même nom que la Nysa d'Égypte, où il était né. Il y planta le lierre , et laissa assez de traces de son séjour en ce pays pour que les Indiens se persuadassent que ce Dieu était né chez eux. À |
Il passa ensuite chez les autres nations de l'Asie, traversa l'Hellespont et vint en EHFapE où il tua ES curgue, roi de Thrace, qui s'opposait à ses projets de ‘bienfaisance. I] y laissa Maron pour présider à la eulture de Ja vigne, et il donna la Macédoine à son fils Macédon. Il établit Triptolème dans l’Attique où 1l montra la culture du-blé. Enfin, après avoir mérité la reconnaissance de tous les peuples par les ‘heureuses découvertes quil leur communiqua (a), Osiris revint en Ég gypte, chargé des présens que l'Univers reconnaissant lui avait faits, et il y reçut les honneurs divins et l’immortalité pour prix de ses bienfaits. Isis et Mercure s’occupèrent d'y fonder et d'y perpétuer son culte par l'établissement d'un cérémonial religieux, par des mystères et'des initiations où l’on célébrait sa puissance bienfaisante.
C'est à son retour en: Égypte qu ‘Osiris fut attaqué par Typhon, son frère et son ennemi, qui lui ravit la vie pendant le mois où le soleil parcourait le scorpion.
Les détails et les suites de cette mort seront l’objet de notre travail sur le traité d’Isis, et-entreront dans l’explication des aventures et des courses de cette Déesse. C’est pourquoi nous n’en parlons pas ieï. Nous nous bornerons à rapporter ila phrase par laquelle Diodore finit le récit des voyages d’'Osiris et l’histoire de sa vie (a). Les prêtres, dit cet auteur, ont conservé long-temps dans le secret les traditions sacrées qui avaient pour objet la mort d'Osiris; mais à la fin ce secret à percé, et il s'est trouvé, dans la suite de temps , quelques indiscrets qui l'ont révélé. Ils nous ont appris qu'Osiris, après un règne dirigé tout entier sur les principes de la justice, avait péri en Égypte par les attentats de Typhon, homme violent et impie, qui coupa son corps en plusieurs morceaux. Les débris en furent recueillis par son : épouse qui les retrouva tous, excepté les parties sexuelles de cesprince. Elle s’unit ensuite à Horus son fils, et üra enfin vengeance de Fyphon et de ses complices. Voilà à peu près à quoi se réduisent les détails: que Diodore nous a donnés de la vie et des aventures d'Osiris. Il est aisé de voir que l’auteur de cette légende s0laire n’a eu en vue que de peindre la Nature féconde du bon principe Ormusd qui agit dans le soleil, en nous le représentant sous les traits d’un prince vertueux, juste et bienfaisant , à qui la terre est redevable de tout ce qui contribue à sa fécilité, et qui a enrichi l'Univers de ses dons les plus précieux. Cette conséquence, qui nous paraît incontestable, va acquérir un nouveau degré'de force et de lumière, par l'examen et l'analyse que nous allons
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(a) Diod., c. 12, p. 24.
LIVRE JT, CHAPITRE IL. Srt faire de l’histoire des deux frères rivaux, Osiris et Typhon , écrite par Synésius. On y verra évidemment que l’auteur a voulu y mettre en action les deux principes lumière et ténèbres , germes, l’un de bien et l’autre de mal ; et les faire contraster entre eux dans cette fiction, comme ils contrastent dans la Nature. L'auteur même, dès les premières phrases deson ouvrage, annonce assez que son but est de mettre en opposition l’ame de la matière avec l'ame céleste , ou le principe ténébreux aveele principe lumineux, qui se mêlent ensemble dans les organisations sublunaires. Voici un extrait abrégé de cet ouvrage dont la lecture ne peut laissersaucun dote sur la proposition que nous avons mise en avant, savoir que l’histoire d'Osiris et de Fyphon. n’est qu'une allégorie cosmogonique sur les deux principes, et non pas une tradition ancienne qui eût un fond de réalité historique que le merveilleux ait couvert, ou que le temps ait dé-
figuré. | | j Synésius (a) commence son récit par nous avertir que toute cette histoire est une fable sacrée des Égyptiens ÿ d'un peuple , dit-il, qui a toujours eu une haute sagesse ; et il conclut qu'on doit y voir un but plus relevé que celui d’une fable ordinaire, et qu’elle est digne de toute notre attention [76]. | Osiris et Typhon, dit Synésius, étaient deux frères, nés des mêmes parens ; mais la parenté des ames n’est point. celle des corps. Il ne suffit pas d’être né sur la terre des mêmes parens ; il faut encore que les ames soient émanées de la même source, et on en distingue
(a) Synesius de Provident. ; 1 1, p. 80.
deux sources dans l'Univers. Voilà bien le système des deux principes et des ames opposées dans la Nature, que nous avons développé plus haut, ou le système de la double ame du monde, l’une lumineuse, l’autre ténébreuse, dont nous avons parlé dans le dernier chapitre du livre second de cet ouvrage (a). L’une de ces sources est lumineuse , l’autre ténébreuse ; l’une jaillit de la terre dans les abîimes profonds de laquelle se trouve son origine, et d’où elle s’élance pour troubler l’ordre établi par les lois divines; l’autre, au contraire , part du sommet des cieux d’où elle descend ici-bas pour mettre l’ordre et l’ornement dans la matière sublunaire. Mais; en descendant jusqu’à nos régions pour y ordonner et embellir la matière qui, d'elle-même, n’a ni ordre, ni ornement , il est surtout à craindre qu’elle ne contracte des souillures, et qu’elle ne soit troublée ellemême par l'action trop immédiate de la matière dont elle s'approche. C’est en cela que réside l’origine de la véritable distinction qu’on doit mettre entre les ames , et qui sépare leur nature par le contraste de la noblesse et de la grandeur d’un côté, et par celui de l’obscurité et de la bassesse de l’autre ; d’où il résulte , continue Synésius, que deux hommes nés en des climats très -éloignés ; un Parthe et un Africain , peuvent être unis par la fraternité la plus intime ; et que deux frères soient très-étrangers l’un à l’autre sous le rapport des ames. els étaient les deux frères, Osiris et T'yphon (b).
Ce caractère d'opposition dans la nature de leurs ames s était manifesté dès leur enfance , et tout le cours
(a) Voy. ci-dessus, 1, 2, ©. 7. — {b) Ibid. , ç. 3.