‹ Origine de tous les cultes, ou religion universelleChapitre 127 sur 240 · LIVRE Il, CHAPITRE Il · texte numérisé non relu

LIVRE Il, CHAPITRE Il

de leur vie l’a prouvé’par le contraste de leurs actions et de leurs mœurs (a). C’est ce double caractère, ou plutôt leur opposition, qui forme le fond simple sur lequel Synésius a brodé les événemens de la vie d'Osiris et de Typhon, sun frère et son rival. Ce but,est si évidemment marqué, qu'il est impossible de ne pas y apercevoir qu'il a voulu nous tracer, sous la forme de Vhistoire, le système de la Providence universelle, fondé sur les deux principes et le caractère des deux ames , sources de bien et de mal, qui se croisent et se choquent dans l'administration du monde. Car c'est pour concilier l'existence des maux du monde avec l’idée d’une Providence sage et bienfaisante, que les anciens théologiens imaginèrent le dogme des deux principes si universellement répandus chez les Orientaux , et qui subsiste encore de nos jours.

Synésius a donné à son Osiris toutes les qualités , tous Les talens, toutes les vertus qu’on peut désirer dans un prince juste, sage et bienfaisant; et il a composé son caractère de tous les traits qui décélent un heureux naturel et un bon esprit. Il a, au contraire, peint son Typhon sous les traits les plus odieux : il lui a donné tous les vices qui déshonorent un homme , et il en a fait un prince violent , un tyran farouche, détesté pour ses débauches, pour son impiété et ses forfaits. Tout lecteur , qui voudra lire les détails des aventures et de la vie de ces deux célèbres rivaux, reconnaîtra la vérité de ce que nous avançons. Nous nous bornerons à tracer ici esquisse de ces deux tableaux qui offrent un si grand

(a) Synes., |. 1, de Provid., p. go.

contraste. Doué d’un heureux génie, le jeune Osiris montra un vif désir de s’instruire et d'apprendre les fables qui contiennent les principes de la sagesse que l'on incuique aux enfans; son amour pour les sciences s’accrut ayec Îles années, et il se montrait, comme Christ, toujours supérieur à son âge. Non-seulement il prêtait une oreïlle très-attentive aux leçons de son père, mais encore il saïisissait avec avidité tout ce que d’autres : personnes pouvaient dire de, sage , de manière à donner de bonne heure les plus grandes espérances. Arrivé à la puberté, il montrait déjà tout le calme et la tranquillité de raison qu’on à dans la vieillesse la plus réfléchie. Il était: modeste dans ses discours, et la rongeur de son visage décélait souvent la timidité honnète de son ame. Quoique né sur les degrés d'un trône ,ilétait irès-respectueux pour les vieillards, leur cédant le pas dans la rue ou leur donnant ailleurs son siége. Il était plein d'égards pour ceux de son âge , et il n’y avait personne qui. ne lui eût obligation de quelque grâce qu'il avait obtenne de son père. | Typhon, son frère aîné (a), était de caractère et de mœurs :tout-à-fait opposés ; il n'avait d'aptitude pour rien. [l'avait en horreur les maîtres qüé son père avait donnés à son frère Osiris: il disait que la science avilissait lame et l’asservissait. Il tournait en ridicule la bonne conduite de son frère et le traitait de lâche , parce qu'il ne le voyait jamais maltraiter personne. Îl se donnalt toutes sortes de licences et se permettait des indécences de tout genre, dont l'historien fait le récit, et que, pour abréger, nous supprimons ici. Il conçut de la Ne RE

(a) Synes., |. 1, de Provid., p. go.

Lrd LIVRE III, CHAPITRE 11. 315

jalousie pour son frère et dela haine pour Îles Égyptiens (a), parce que celui-ci était devenu lPobjet de l'estime publique. Il s’entoura lui-mème d’une troupe de jeuhes gens tous vicieux comme lui, afin de se faire un parti de tous ceux qui n’aimaient point Osiris. Le mal qu'on disait de son frère était le titre le plus sûr pour être admis dans sa familiarité. Cette différence marquée de caractère, dans ces deux enfans , présageait le contraste qu'il y aurait dans tout le reste de leur vie. L'historien continue le parallèle des deux caractères, dont l'opposition ne fit que croître avec les années, au point qu'ils arrivèrent aux termes extrêmes, l’un de la vertu, et l’autre du vice. Au sortir de l'adolescence, Osiris entra dans les armées, où sa sagesse servit de guide aux plus anciens généraux. Il passa par tous les grades militaires et civils , de manière à honorer toutes les places qu’il remplissait (b). Son frère, au coniraire, avilit les moindres emplois qu’on lui an , dilapida les finances, et rendit malheureuses les provinces qu'il gouvernait. Sa maison était devenue l'asile de la débauche et de la plus honteuse crapule. Il était lui-même, pour me servir des termes de l'historien , un mal qui se reproduisait sous toutes les formes (ec); c'est bien à le caractère du mauvais principe. Îf était dans sa nature de ne souilrir aucun bien (d) ; il était ennemi né du soleil et de la lumière (e) , et ne rendaït en conséquence la justice aux peuples que la nuit. On ne peut mieux peindre la nature du principe: ténèbres, ennemi né d'Ormusd , d'Ormusd principe de tout bien et de toute

(a) Synes., 1.1, de Provid., p.gr. — (b) Ibid., p. g2. — (c) !bid., p.95. — (d) Ibid., p. 96. —.(e) Ibid., p. 93.

lumière. Typhon, dans son administration, donnait chaque jour de nouvelles preuves de stupidité, d’ignorance et de fureur, et il cherchait ses jouissances dans les maux qu'il faisait aux hommes. Leur père, qui avait depuis long-temps démêlé le contraste des deux caracières, voulut prévenir les maux qui menaçaient l'Égypte et se donner un successeur qui en fit le bonheur; car il était roi, prêtre et sage en même temps (a) : les Égyptiens le mettent même au nombre de leurs Dieux. En conséquence , il convoqua le conseil des électeurs pour procéder au choix de son successeur. Ces électeurs étaient d’abord tout l’ordre sacerdotal, et ensuite tout l'ordre militaire, qui seuls avaient droit de suffrage ; le reste du peuple avait la liberté d'être spectateur (8), à l'exception des étrangers, ou de ceux qui faisaient métier de garder les pourceaux. On voit ici un exemple des ordres privilégiés, qui unissent la force à l’imposture pour asservir les autres hommes.

Îci l'historien nous décrit la forme de l'élection et de l'inauguration des rois en Égypte. Pendant cette élection, la conduite des deux aspirans , Osiris et T'yphon,. ne démentit en rien leur caractère, et les suffrages se réunirent en faveur d’Osiris. C’est encore ici les prêtres qui , comme auirefois à Reims , donnent des rois au nom de la divinité qui les inspire ; et le peuple écoute le choix des Dieux dont le prètre est l'organe. Leur choix ici, entre Osiris et Typhon, ne fut pas incertain ni long. à faire, et le jeune Osiris eut la préférence sur son frère (c), qui, impatient du résultat, avait, au nn de ours emmntloe ANS | EE SRE

(a) Synes., L. 1, de Provid. , p. 93. — (b) Ibid., p. 94. — (c) Ibid... p. 99.

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