‹ Origine de tous les cultes, ou religion universelleChapitre 128 sur 240 · LIVRE III, CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE II

mépris de toutes les lois, cherché à corrompre les suffrages que son frère, au contraire, avait attendus modestement. Sa pétulance n’aboutit qu’à le rendre témoin lui-même d’un refus que faisaient de lui les Dieux et les hommes , et des malédictions prononcées contre sa personne par les Dieux eux-mêmes. Osiris est, au contraire , appelé par levœu universel ; il vient recevoir les marques distinctives de la royauté au milieu des applaudissemens et des témoignages de la joie universelle. De grands prodiges dans les cieux annoncèrent son avénement au trône (a), et les espérances de bonheur que l'Égypte devait en concevoir. Nous avons vu, dans le récit de Diodore , quelque chose d’assez semblable, lorsqu'il nous dit qu’à la naïssance d'Osiris une voix s'était fait entendre , qui annonçait qu’un roi bienfaisant venait de naître pour l'Égypte. Dès ce moment , les génies malfaisans conçurent le projet de corrompre la félicité de l'É gypte dont ils étaient naturellement jaloux et sur laquelle ils s’affligeaient : des prodiges annoncèrent déjà leurs desseins pernicieux.

Osiris, ayant été initié aux mystères de la royauté par son père, apprit des génies une infinité de secrets , et surtout que l’abondance de tous les biens allait se répandre sur l'Égypte pendant son règne. Mais en même temps , ils l’avertirent d’écarter son frère qui était né pour la ruine des Égyptiens et pour celle de sa propre maison, s'il ne voulait pas que son empire fût bientôt bouleversé. Ils lui dirent qu'il était nécessaire que Typhon ne püt ni voir par ses yeux, n1 apprendre des autres combien allait être grande la félicité dont jouirait l’E-

| (a) Synes., 1. 1, de Provid., p. 96.

gypte sous Île règne d’Osiris , ajoutant que toute idée de bien répugnait à sa nature. [ls prennent de là occasion de lui développer le dogme de la double origine des ames, et de lui expliquer la cause de l'opposition qui existe nécessairement entre celles qui tirent leur origine d'icibas , et celles qui la tirent d’en haut. Ils concluent qu'il est important de purger son empire de cette nature ennemie , et de la séparer de la nature divine et bienfaisante qui respire dans les bons princes sans être retenue par le lien apparent d’une consangüinité qui

ne peut exister entre leurs ames. Ils lui font en même

temps le tableau des malheurs qu’une indulgence dé-

placée attirerait sur lui, sur les Égyptiens , sur leurs voisins et sur toutes Îles provinces soumises à leur empire. Ils ajoutent que les précautions et les mesures ordinaires qu'il pourrait prendre , autres que l’expulsion entière de Tvyphon hors de ses États, n’aboutiraient à rien. Îls Jui dirent qu'il était sous la protection des génies malfaisans qui avaient une nature commune avec lui, et à qui il devait servir d’insitrument pour opérer les maux qu'ils se plaisaient à faire aux hommes dont la félicité excite leur envie. Ils ajoutent que ce sont eux qui , dans cette vue, ont fait naître T'yphon, l'ont élevé, et l’ont formé dans leurs prmcipes, comptant en tirer grand parti pour leurs desseins pernicieux; qu’il ne manque rien à leurs désirs, que de le voir investi. de la sou- Yéraine puissance pour pouvoir faire plus de mal : que la volonté de ruire, accompagnée de la puissance de le faire , mettra le comble aux maux qu'ils méditent. Vousmême, continuent-ils, leur êtes odieux, et ils voienten vous un ennemi, puisque vous êtes l'ami des hommes ;

car ces génies se repaissent du spectacle des maux de

Page 1