‹ Origine de tous les cultes, ou religion universelleChapitre 129 sur 240 · LIVRE III, CHAPITRE IT · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE IT

l'humanité. C'était par une suite de la connaissance qu'ils avaient du caractère doux d'Osiris, que les bons génies ne cessaient de l’exhorter à bannir son perfide frère et à le reléguer loin de ses États (a), en lui représentant que son indulgence causerait ses malheurs et ceux de ses sujets, et qu'il paierait bien cher les égards qu'il aurait eus pour le nom de frère.

À ces sages discours , Osiris répondait qu'il saurait bien se garder des attaques de son frère sans l'éloigner, ainsi que de la haïne injuste des mauvais génies, dont eux-mêmes, bons génies, peuvent corriger l’action maligne. Ici commence un superbe discours du père à son fils, où il lui fait voir qu’on ne doit pas laisser tout faire ici-bas à la providence des Dieux; que la sagesse des hommes doit aussi entrer pour beaucoup dans la conduite des affaires de la vie; que la Providence se sert souvent d’un bon prince (b) comme d’un agent visible destiné à maintenir l’ordre des choses mortelles. Car on doit regarder comme un effet merveilleux de la Providence la naissance d’un homme qui seul prend soin du bonheur de plusieurs milliers d'hommes. Nous n'extrairons pas ce discours qu'on doït lire en entier dans l’auieur , si on veut avoir une juste idée de la manière dont les anciens concevaient la Providence et la conciliaient avec les opérations de la sagesse humaine. La conclusion du discours du père est la même que celle des bons génies; savoir:: qu’il doit exiler loin de ses États Typhon, son frère, s’il ne veut compromettre sa süreté et celle de tous ses sujets. Il fui annonce que, s’il montre de la faiblesse et de l’indulgence, il sera réduit à réclamer

(a) Synes., 1. 1, de Provid., p. 07. — (b) Ibid., p. 09.

trop tard l'assistance des Dieux (a). En achevant ces mots,, le père s'élève au ciel par la route des Dieux, et laisse: son fils à la terre; présent dont elle n’était pas digne! Dès ce moment, Osiris s’occupa du bonheur des: hommes et du soin d’écarter d'eux tous les maux, sans: jamais employer la force pour cela ; mais il eut recours: à la persuasion, aux Muses et aux Grâces auxquelles il sacrifia, amenant chacun à une obéissance volontaire à la loi. Les Dieux répandifent sur lui , avec profusion, les plus riches dons de la Nature. I] les distribua aux peuples , ne se réservant que le plaisir de faire des heureux, et soutenant courageusement toutes les fatigues d’une immense administration (b). Il fit naître l'émulation des vertus- par des récompenses et surtout par son exemple. Il protégea l’érudition et les talens oratoires , persuadé que l'instruction est la source des vertus. On vit surtout la piété et la religion fleurir sous son règne. Son empire semblait être devenu l’école de tous les arts et de toutes les vertus. Il méprisait les richesses pour luimême, et ne les aimait que pour les verser dans le sein des autres. Il allégea le fardeau des impôts, répara les” établissemens qui allaient être détruits ; il agrandit et! embellit les villes , en bâtit de nouvelles, ou repeupla celles qui étaient désertes. On ne connut sous son règne ni le deuil ni la mort (c). Il allait au-devant des besoins des indigens ; il accordait aux uns des honneurs, aux autres des pensions , afin d'encourager et de soutenir ceux qui avaient des talens utiles. Aucune espèce de mérite ou de service n'échappa à ses recherches, et ne

(a) Synes., 1. 1, de Provid. , p. 102. — (b) Ibid. , p. 103. — (c) Ibid,, p. 104.

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