‹ Origine de tous les cultes, ou religion universelleChapitre 147 sur 240 · LIVRE HI, CHAPITRE JIf · texte numérisé non relu

LIVRE HI, CHAPITRE JIf

L'hémisphère diurne et l'hémisphère nocturne ont pour centre, lun le soleil , et l’autre le point opposé à cet astre : c’est là que se termine l’ombre de la terre, et c’est ce point qui détermine le lieu de la pleine June, toujours en opposition avec le soleil, et qui ne souffre éclipse que lorsqu'elle se plonge dans ce cône d'ombre. C’est donc là le lieu du coffre obscur dans lequel entrait Osiris, au moment où le soleil occupait le scorpion: car alors le centre de la nuit et la pointe du eône d'ombre tombaient sur le taureau , ou sur le signe qui fournissait à Osiris ses attribuis, taurean dont Apis, image d'Osiris, était la représentation. De là cette cérémonie dans laquelle on promenait un bœuf d’or, couvert d’un crêpe noir , le 17 du mois du scorpion, le jour de la pleine lune où l’on pleurait Osiris mort, et jour auquel le calendrier égypüen de Ptolémée marque le commencement de l'hiver (a). On sent bien que, chaque mois le soleil avançant d’un signe en parcourant les signes inférieurs, le coffre obscur ou le cône d'ombre s’avançait aussi progressivement dans les signes supérieurs, tandis qu'à toutes les pleines lunes, Isis ou la lune cherchait à l’atteindre. Mais enfin, lorsque la lune se trouvait pleine au signe de la balance, et que le soleil conséquemment était au bélier, près des limites équinoxiales, alors le cône d'ombre passait dans l'hémisphère inférieur. Depuis cette époque jusqu'à la néoménie suivanie qui arrivait au taureau, il s’écoulait quatorze jours, durant lesquels le cône d'ombre quittait l'hémisphère supérieur, et allait se confondre avec les ténèbres qui règnent dans

(a) Uranolog. Petav., t. 3, p. 42.

l'hémisphère inférieur du monde. La lune nouvelle rejoignait le taureau et le soleil, et alors arrivait cette belle néoménie où l’on célébrait l'entrée d'Osiris dans la lune. Le taureau céleste devenait le centre du jour, et repassait dans l’hémisphère lumineux, tandis que, six mois auparavant , il était plongé dans les ténèbres de la nuit, à l'extrémité du cône d'ombre qui en forme le centre.

On retrouve des traces de cette explication et de la théorie qui en est la base, dans ce passage où Plutarque rapporte l’opinion de ceux qui entendaïent par le coffre obscur , dans lequel Typhon enferme Osiris, ombre de la terre et le cône prolongé qui éclipse la pleine lune quand elle y entre (a). Leur erreur était d'appliquer aux seules éclipses cette fable qui tient, à la vérité , aux rapports de la position du cône d'ombre de la terre dansles cieux, mais qui n'a trait qu'accidentellement aux éclipses, c’est-à-dire toutes les fois seulement qu'il y avait éclipse dans les fimites équinoxiales [95 |. Voici ce que dit Plutarque : « Beaucoup de gens pensent que cette fable énigmatique désigne les éclipses, et que le coffre obscur, dans lequel Osiris est enfermé , est l’ombre de la terre, dans laquelle entre la lune, au moment de son opposition avec le soleil. » Les éclipses de lune n'arrivent qu’à la pleine lune. Il n’y a de vrai dans cette tradition que ceci, savoir que le coffre obscur, dans lequel entre Osiris, et où l’enferme Typhon, principe des ténèbres , c’est le cône d'ombre que projette la terre, et qui forme la nuit. Car la nuit n’est que la privation de la lumière solaire , produite par l’interposition du corps opaque de la terre. Son centre est toujours à l'extrémité du cône

(a) De Iside, p. 368.

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