LIVRE III, CHAPITRE LI
d'ombre qui répond nécessairement au point du ciel opposé au lieu du soleil, et conséquemment au taureau d'Osiris , quand le soleil est uni au scorpion de Typhon. Quoique l'hémisphère lumineux soit toujours égal à l’hémisphère obseur quand on considère la terre en général ,il ne l’est plus quand on rapporte l’un et l’autre à un point particulier età un horizon donné. Ainsi, quand le soleil est dans l'hémisphère supérieur du monde , tous les peuples des contrées boréales entrent plus avant, et restent plus Jong-temps dans l'hémisphère lumineux. Ils ont les jours plus longs que les nuits. C’est le contraire lorsque le soleil est dans l’hémisphère inférieur, et qu'il voyage dans la partie australe. Alors la partie boréale de la terre et les signes célestes qui y répondent entrent plus avant dans l’ombre , et y restent plus long-temps. C'était alors que le taureau, premier des signes septentrionaux, entrait dans l’ombre d’où il ne sortait que lorsque le soleil le rejoignait au printemps, et qu'il repassait par lui dans l'hémisphère boréal. Ce sont ces alternatives et cette succession de jours et de nuits prolongés, et les rapports du lieu du soleil et du centre du cône ténébreux qui produit la nuit, avec les signes supérieurs et inférieurs, avec le soleil, et avec les phases principales de la lune, qui font le sujet de la fable sacrée d’Osiris et d’Isis.
Lorsque Typhon , ou lorsque le principe ténébreux de la Nature, dont le règne commence à l’équinoxe d’automne, enferme le principe lumière, Osiris, dans le coffre obscur, à la recherche duquel s’acheniine Isis, la fable suppose qu'Osiris était de retour d’un long voyage durant lequel il avait comblé toute la terre de bienfaits (a).
(a) De Iside, p. 356.
Typhon alors lui dresse des embüûches, et fait entrer dans sa conspiration une reine d'Éthiopie. Il prend, sans qu'Osiris s'en doute , la mesure de son corps, fait faire un coffre sur cette mesure , le fait bien orner, et ensuite apporter dans un festin qu’il donne à son frère. On s’égaie pendant le repas, et Typhon dit artificieusement qu'il donnera ce superbe eoflre à eelui qui voudra entrer dedans et voir s’il est juste à sa mesure. Tous essaient sans qu'il puisse convenir à aucun d'eux. Osiris essaie aussi, et à peine est-il couché dedans , que tous les conjurés se précipitent dessus, le ferment fortement , le elouent et y coulent du plomb pour en boucher toutes les ouvertures. [ls finissent par le jeter dans le Nik, sur les eaux duquel il est porté à la mer par l’embouchure de TFanis. Tel est le détail que Plutarque nous donne de l’exécution du plan de conjuraton.
Nous ferons une remarque à l’occasion de cette reine d'Éthiopie ; qui conspire avec Typhon au 17 du mois du scorpion; c'est que précisément cette époque dm temps de l'année est fixée par le coucher de Cassiopée, reine d'Éthiopie » Qui est un paranatellon du scorpion. Nous l'avons projetée déjà sous ce signe dans notre planisphère des travaux d’'Hercule ; elle trouve donc encore ici sa place sous une autre forme , et c’est sa forme la plus connue. Columelle marque le coucher de Cassiopée à la fin d'octobre, ow sous le scorpion. H nous dit qu’elle amnonçait les vents impétueux (a). Plutarque dit aussi que la reine d'Éthiopie, qui s’unit à Typhon
pour faire périr Osiris, désignait les vents du midi qui
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(a) De Idide, p. 368.
LIVRE INF, CHAPITRE II. 363 souflaient d'Éthiopie , et qui détruisaient les vents étésiens. Ceux-ci soufilaient du nord , et avaient amené les pluies qui avaient fait croître le Nil. Aussi disait-on d'Osiris qu'il périssait au temps où les vents étésiens cessent de soufiler, et où Le Nil, se retirant et laissant à sec le sol d'Égypte , coule plus paisiblement dans son lit (a). C’est alors que les nuits prolongent leur durée , et que la force de la lumière s’affaiblit et succombe sous l'empire de Typhon. Or, tous ces phénomènes arrivent au coucher de Cassiopée , dans le mois pendant lequel le soleil parcourt le scorpion. Il n’y manque que le nom de la reine que Plutarque dit s'appeler Aso ; du reste elle est, comme Cassiopée , reine d'Éthiopie.
Revenons à Isis. Lorsque le coffre eut été brisé, et que le corps d'Osiris eut été déchiré en quatorze morceaux que Fyphon jeta çà et là sans sépulture , Isis recueillit ces précieux débris , €t donna la sépulture à chacun de ces membres, dans le lieu même où elle les trouva; ce qui explique, dit Plutarque (8), la muliplicité des tombeaux d’Osiris qu’on rencontre dans l’'Égypte. D’autres prétendent qu'Isis ne déposa que le simulacre du corps de son époux dans tous ces différens tombeaux , à l'exception d’un seul qui avait son véritable corps , afin de tromper Typhon dans ses recherches , et afin que la multiplicité des tombeaux lui ôtât l'espoir de pouvoir découvrir le véritable. Il ajoute que le membre viril d'Osiris fut jeté par Typhon dans le Nil, et avec lui les germes de la fécondité qui restèrent déposés dans
les eaux [96]; qu'Isis en conséquence en fit faire le si-
(a) De Iside, p. 366. — (b) Ibid. , p. 358.
mulacre qu'elle consacra, et qu’on révère encore dans les cérémonies religieuses des Égyptiens, établies en l'honneur d'Osiris. Le récit de Diodore s’accorde en cela avec celui de Plutarqué (a). Ces cérémonies sont les fameuses paamylies , ou fêtes de la génération, qui se célébraient tous les ans, à l’équinoxe de printemps, en honneur du principe fécondant, Osiris, ou du soleil, agent puissant de la végétation universelle, et qui, de concert avec Isis, ou la lune , versait dans l’air, dans la terre et dans les eaux du Nil, le germe de fécondité qui sy développait. Les Grecs les adoptèrent ensuite dans le culte de Bacchus. Nous avons déjà parlé plus hant de ces fêtes instituées en l'honneur du principe fécond de la Nature et de l’action qu’il exerce sur le monde sublunaire , tous les ans , au moment où l’éther, Dieu toutpuissant, féconde la matière et tous les élémens qui entrent dans l’organisation des corps.
Jablonski prétend que ces fêtes répondaient à l’équinoxe (b) et au temps mème où nous célébrons la fête de lAnnonciation , ou de la fécondité donnée à Marie par le Tout-Puissant, c'est-à-dire à l’é époque où , en Ég gypte , on célébrait l'entrée d’Osiris dans la lune , au mois phamenoth, ou au printemps (c). C’est alors , en effet, qu’Apollon, ou Orus, le Dieu du jour, fils du soleil du printemps , reprend sa lumière et sa force , et combat le principe de ténèbres et tous les mauvais génies qui composent sa cour. C’est alors qu’Apollon triomphe du serpent Python dont l’image est le dragon du pôle , celui-
(a) Diod., L x, c. 12, p. 24; ©. 13, p. 96. — (b) Jablonski, 1. 5, C7 P+ 206. — (0) Theon, p. 153. Achill. Tat. Apud Petav. Uranolog., tu, Pa 00!
LIVRE Il], CHAPITRE IL. 365 là même qui se lève en automne avec le scorpion, et qui fournit les attributs de Typhon, ou du principe ténébres. C'est au mois phamenoth que les Juifs célébraient leur pâque pendant quelque temps (a).
Ceci s'accorde parfaitement avec le récit de Plutarque (à) qui nous dit, qu'aussitôt qu'isis eut recueilli les membres [97] épars de son époux, et consacré l’image du phallus d'Osiris par une cérémonie religieuse, Osiris revint des enfers au secours d'Orus, et le mit en état de combattre son ennemi ou le chef des ténèbres. C’est alors, en effet, que la lumière du jour va reprendre son. empire sur les nuits. Le passage du soleil aux régions supérieures est annoncé par le lever du soir des étoiles du cheval du centaure, et de celles du loup que perce le centaure. La fable (c) suppose qn'Osiris interrogea son fils, et lui demanda lequel il préférait pour compagnon de combat, ou du lion, ou du cheval; et que celui-ci répondit qu'il: s’associerait de préférence le cheval. C'est la tradition rapportée par Plutarque. Synésius dit que le choix lui fut proposé entre le lion et le loup, et qu’il préféra le loup. |
Ces deux traditions, qui semblent différer quand on en cherche l'explication ailleurs que dans l'astronomie À s'accordent entièrement à donner le même résultat dans le ciel ; et leur différence même, ainsi conciliée, est une nouvelle preuve que c’est sur les tableaux célestes que porte cette allégorie. En effet, les uns ont pris, pour signe du retour d'Osiris et de la force rendue à Orus au printemps , le cheval du centaure; les autres ont ————————
(a) Uranolog. Petav., t. 3, p. 213. — (b) De Iside, p. 358. — {c) Voy. ci-dessus Art, Osiris, c. 2.
pris de préférence le loup qui fait partie de cette constellation. Ces deux constellations sont placées au bord oriental, lorsque le soleil est au bélier, etqu'il approche du taureau. C'est donc le lever du loup ou du cheval qui indique le retour du printemps et la résurrection d'Osiris , ou son retour vers la région supérieure ou vers le siége de la génération et de la lumière [98]. De là l’origine de cette tradition rapportée par Diodore de Sicile, qui, pour rendre raison du culte du loup en Égypte , nous dit que, lorsqu'Osiris revint des enfers au secours d'Orus et d'Isis contre Typhon, il avait pris la forme du loup (a). Cette forme était celle d’un de ses fils, Macédon, placé près l'équinoxe d'automne, et qui accompagna son père dans ses voyages , avec son frère Anubis à tête de chien. Elien a vu avec raison, dans la constellation du chien céleste, l'origine du culte du chien en Égypte. On doit, par la mème raison, chercher dans le loup céleste l’origine du culte du loup dans les temples [99] ; de mème qu’on trouve dans le bélier, dans le taureau , etc. , l’origine du culte du bélier Ammon, du taureau Apis, etc., comme nous dit Lucien (b). Après la défaite de Typhon, ajoute l'historien, les vainqueurs consacrèrent le loup dans les temples, parce que la victoire avait suivi son apparition; ce qui est clair, puisque l'apparition du loup, ou son lever du soir, précédait immédiatement l'équinoxe de printemps et le triomphe de la lumière. Alors Orion, que Plutarque appelle lastre d'Orus , s’unissait au soleil et à la nouvelle lune, et tous deux
combattaient le mauvais principe. Le calendrier des DD TROT CARE ENTRER CES SN ERR SERRE DE -SNRREPEERE-ere e UNRF eu RER 2e 2 SRE E EN ES ET
(4) Diod. , L. 1, ©. 56, p. 99. — (8) Lucian. de Austrol. > P: 986.