‹ Origine de tous les cultes, ou religion universelleChapitre 16 sur 240 · LIVRE If, CHAPITRE VIT · texte numérisé non relu

LIVRE If, CHAPITRE VIT

selle , et c'était à cette ame intelligente qu'appartenait la divinité. Suivant lui, elle établissait son principal siége dans la substance éthérée, dans cet élément lumineux qui circule avec abondance autour du Firmament et de la dernière enveloppe du monde, et qui de là se répand dans ious les astres qui, par cela même, partagent la nature divine , dans le système de ce philosophe. C'est par une suite du même principe qu'il communiquait la divinité à l’intelligence même de l’homme , qui n'est qu'une émanation du feu intelligent de l'éther, ou une portion de l'être toujours le même, pour me servir de l'expression de Timée de Locres.

C'était également dans la raison, et surtout dans cette raison universelle (a) qui forme l'ame et l’intelli gence de la Nature , que Chrysippe, le plus subtil des stoïciens, plaçait la force divine , ou l’essence de la divinité qu'il attribuait au monde mü par l’ame universelle répandue dans toutes ses parties. C'était surtout dans la partie intelligente qui constituait le chef et comme la tête de Vanimal-monde , qui en réglait les mouvemens et en contenait toute l'harmonie , qu'il fixait le principal siége de la divinité doat l’éther était la substance.

Dans le second livre de Cicéron sur la nature des Dieux (b) , un des interlocuteurs s'attache à prouver par plusieurs raisonnemens que l'Univers est nécessairement intelligent et sage. Üne des raisons principales qu'il donne pour appuyer sa théorie sur l’ame et sur l’intelligence du monde, c'est qu'il n’est pas vraisemblable

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(a) Cicer, de Nat. Deor., L 1, c. 15. — (b) Done ie, ci 27, 14:19,

que l'homme, qui n’est qu’une partie infiniment petite du grand tout , ait des sens et de l'intelligence , et que le tout lui-même , d’une nature bien supérieure à celle de i'homme, en soit privé. Nous voyons, dit-il encore , dans les parties du monde, et il n’y a rien dans le monde qui ne soit une partie du tout, qu'il y existe du sentiment et de la raison. Nécessairement ces mêmes facultés doivent se trouver dans ce qui constitue la partie supérieure et principale du monde , et s’y trouver même dans un degré plus éminent et sous une forme plus active; d’où il résulte que le monde est un être vraiment sage.

Cicéron fait à peu près le mème raisonnement dans son discours pour Milon. De ce qu'il y a dans l’homme un principe de sentiment et d'intelligence, il conclut qu'à plus forte raison l’on doit en reconnaître un dans l'Univers dont tous les mouvemens s’exécutent avec tant d'ordre , etsemblent réglés avec tant de sagesse (a). Non-seulement les raisons morales avaient conduit les philosophes à cette conclusion , mais ils la tiraient même des raisons physiques et de leur opinion sur la nature de la substance éthérée et sur celle du monde. Les physiciens regardaient le monde comme un immense animal , composé de l'assemblage d’une multitude de corps organisés et animés qui étaient ses parties, dans lequel ses mouvemens étaient l'effet d’un souffle de vie, ou produits par une grande ame et dirigés par son intelligence. Elles se répandaient l’une et l’autre dans les membres de ce vaste corps , et entretenaient sa vigueur

(a) Cicer. pro Milon, c. 3,.

LIVRE 11, CHAPITRE VIT. 45 éternelle (a). C'était mème d’après cette supposition que quelques -uns d’entre eux expliquaient le flux et le reflux de la mer. Le mouvement était censé appartenir essentiellement à l'ame ; et la direction des mouvemens réguliers et bien ordonnés, à l'intelligence. Or, comme on observait dans le monde du mouvement et de l’ordre, on se trouvait forcé d'y placer aussi une ame et une inelligence qui l’entraînait éternellement, et quon ne pouvait distinguer de l'Univers même , puisque l'on composait l’idée de l'Univers des idées particulières de tout ce qui existe.

Une même sorte d’ames a été distribuée à tous les animaux qui sont sans raison , dit Marc- Aurèle, et un esprit intelligent à tous les êtres raisonnables , comme tous les corps terrestres ont une même terre , et comme tout ce qui vit et tout ce qui respire ne voit qu'une même lumière et ne reçoit et ne rend qu’une même vie (b). La lumière du soleil est une , quoiqu’on la voie dispersée sur les murailles, sur les montagnes, sur mille objets. Il n’y a qu'une matière commune, quoiqu'elle soit divisée en des milliers de corps particuliers. In'y a qu’une ame , quoiqu'elle se distribue en une infinité de corps organisés qui ont des limites propres. Il n'ya qu'une intelligence, quoiqu’elle semble elle-même se partager.

Il résulte de ces principes philosophiques que la matière des corps particuliers se généralise en matiére universelle , d’où se compose le corps du monde ; que les ames particulières et les intelligences particulières

(a) Solin., p. 76, — (b) Mare-Aurel., FL. 9, c. 6.

se généralisent en ame et en intelligence universelles , ‘qui meuvent et régissent la masse immense de matière dont se compose le corps ou la totalité de matière qui existe dans le monde. Ainsi, le monde devient un corps immense, mü par une ame, gouverné et conduit par une intelligence , qui ont la même étendue et qui agissent dans toutes ses parties, c’est-à-dire dans tout ce qui existe, puisqu'il n'existe rien hors l'assemblage de toutes choses. |

Nous pourrions réunir ici une foule d’autres autorités, pour prouver l’antiquité et l’universalité de cette opinion philosophique , qui donne à l'Univers une ame intelligente et sage. Comme nous aurons occasion de revenir ailleurs sur cette matière , lorsque nous traiterons du verbe et de l'esprit, ou + deux personnes de la Trinité des Chrétiens, désignées par ces noms, nous nous bornerons ici au petit nombre de citations que nous venons de rassembler. Nous les croyons suflisantes pour établir le principe d’après léquel nous partirons , pour assigner à toutes les parties de la Nature les plus apparentes une ou plusieurs portions d'intelligence , autrement dit les différentes intelligences qui étaient censées résider tant au ciel que dans les élémens et sur la terre. On avait conclu que les cieux, et les astres qui en font partie, étaient animés, parce qu'ils possédaient une portion de l'ame universelle. On conclut également que les cieux et les astres étaientdes êtres intelligens, parce que l’ame universelle était souverainement intelligente. Enfin, on conclut aussi qu'ils partageaient la divinité avec la nature universelle, parce que la divinité résidait dans l'ame et dans l'intelligence uni-

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