LIVRE IT, CHAPITRE I
et rétabli dans son empire. Ceci s'accorde parfaitement avec ce que nous dit Macrobe (a), que c’est un article de foi, un dogme sacré des mystères religieux des anciens, que le soleil s'appelle Æpollon durant tout le temps qu'il parcourt l'hémisphère supérieur. Cet hémisphère supérieur est l'hémisphère supérieur du monde, celui des six signes du printemps et de l’été, du beau temps et du:règne de la lumière sur nos climats. Il résultera, par une conséquence assez naturelle, qu Harpocrate, ou le second Orus, le vieux Orus , sera le jour des signes inférieurs , jour morcelé et faible à qui Osiris mort donne naissance, dans -son union avec Îsis aux enfers (b). Nous avons eru devoir centrer dans ces détails sur Orus et sur Harpocrate qui jouent aussi un rôle dans l’allégorie d’Osiris et d'Isis, et qui se lient à leurs aventures, par la raison même qu'il est juste que le jour , suivant ses rapports d’accroissément et de diminuion aux différentes époques de la révolution annuelle, se he aux positions au’ont dans Île ciel les deux astres qui dispensent la lamière du jour et de la nuit, et qui président à la distribution des saisons et des heures. Nous terminerons ici l'examen de cette histoire allégorique , dans laquelle nous sommes persuadés qu'on ne doit voir rien autre chose que les tableaux cosmogoniques des phénomènes produits par les mouvemens du soleil et de la lune , considérés relativement à la marche des astres qui sont épars dans les cieux, et relativement aux périodes de ténèbres et de mal, de bien et de luimière, à la succession des jours et des nuits et à leur
a) Macrob. Sat., L 1, c 18. — (b) De Iside, p. 358:
p'ogression variée durant une révolution annuelle, ou durant tout le temps que le soleil met à parcourir les douze signes divisés en deux parties entièrement opposées dans leurs influences sur le monde sublunaire ; c'est-à-dire enfin que nous n’y voyons rien que ce que Chérémon et les prêtres égyptiens nous disent qu'il faut y chercher.
Ainsi nous avons prouvé par des autorités multipliées qu'Isis était la lune ; et réciproquement, par l'explication simple des figures de la lune comparées à celles d'Isis, il est encore résulté cette même vérité qu'isis ne pouvait être que la lune. Ce premier principe établi nous a conduits à l'explication , et la simplicité et l'évidence de l'explication ont prouvé la sagesse des autorités sur lesquelles posait le principe. C'est ainsi que l’uu s’est confirmé par l’autre, ce qui est un des caractères de la vérité.
D’après celà, si, sur un planisphère composé d’après notre théorie et collé sur un carton, on met au centre une règle qui ait à une de ses extrémités l’image du soleil, et à l’autre celle de la lune, et si on les fait monvoir , en mettant d’abord la lune au taureau, On saisira d'un coup-d’œil l’ensemble de ses courses et des tableaux qu’elle trouve sur sa route depuis le moment où elle a perdu Osiris, jusqu’à celui où elle le retrouve. C'est par un procédé semblable que nous avons déjà présenté aux yeux du lecteur l’ensemble de la correspondance des travaux d'Hercule avec la marche du soleil dans le zodiaque. Ainsi nous avons mis notre lecteur à portée de suivre , dans ce double tableau , le développement de ce vers si connu de Virgile. « Tolas, sur sa
lyre d’or, chantait les courses de la lune et les travaux
LIVRE III, CHAPITRE ÏÉ.. 579 du soleil. » Les courses de la lune sont celles d’Jsis, et les travaux du soleil sont ceux d’Æercule, qui ont fait la matière des poëmes sacrés et des légendes anciennes. Ce sont là les deux divinités que Virgile invoque dans son poème sur l’agriculture, lorsqu'il aposirophe les deux lambeaux de la Nature(a), qui conduisent l’année dans lé ciel et qui en règlent la marche sous les noms de Facchus et de Cérès. Car on sait que les Grecs , tels qu Hérodote (b), disaient que leur Bacchus et leur Cérès étaient l'Osiris et l’Isis des Égyptiens , c’est-à-dire le soleil et la lune, ces deux premiers ageus de la végétation annuelle. Voilà pourquoi l’on pensait que les cérémonies, faites en l'honneur d'Osiris et d'Isis, de Bacchus, de Cérès et de Proserpine, étaient relatives au labourage , aux semailles , aux moïissons et aux vendanges ; ce qui était assez naturel , puisque les travaux du labourage ét les récoltes sont liés à la marche des cieux et surtout à celle du soleil et de la lure. C’est À ce titre que Bacchus fut le Dieu des raisins, Osiris celui du labourage, et Cérès ou Isis la divinité des moissons. De là ces cérémonies qui se pratiquaient en Égypte en honneur d’Isis, dans lesquelles on lui offrait les prémices des épis au temps de la moisson, et où on l'invoquait près des gerbes de blé. Ce n’était pas , quoi au’en dice Diodore (c), une ancienne princesse qui portait le nom d'Isis ou de la lune, qu'on prétendait honorer [105], parce qu'elle avait fait la découverte du blé, découverte qui n'est guère l'objet des travaux des princes , mais
bien la lune qui, avec le soleil, agit sur la terre et
Le
rene |
(a) Virgil. Georg. , 1x, v. 5. — (b) Hérod. Euterp., ce. 42, p. 59: = (ec) Diodof., 1 1, c. 9, p: 18:
règle l’année et le labourage, et qui, dans les fables sas crées, fut personnifiéesous le nom d’une princesse, comme le soleil le fut sous celui d’un roi. C’est en honneur de la planète qui mesure les mois, révérée sous le nom sacré d'Isis, que l’on portait aux fêtes isiaques du blé etde l'orge dans des vases, ce qui est conséquent aux principes théologiques des Égyptiens , avôués par Diodore luimême. En eflet, il nous dit que ces peuples attribuaient au soleil et à la lune l’administration de l'Univers et la cause productrice de tous les biens que la terre verse de. son sein fécond , enfin de tout ce qui résulte de l’action génératrice de la Nature (a). C’est par cette raison que lon disait qu'Osiris aimait l’agriculture, qu'ilinventa la charrue , et qu’il planta la vigne dont la culture a be soin du soleil.
On fit, il est vrai, ce qui était nécessaire pour persuader au peuple que les Dieux que l’on honorait sous ces noms, avaient existé autrefois, et avaient été des princes qui avaient bien mérité des hommes , soit qu'on voulüt donner dans leurs personnes des lecons aux rois (ë) qui ne pouvaient aspirer à la même gloire qu'en les imitant et en s'aitachant leurs sujets par la reconhaissance | 108] ; soit qu'on voulût donner un encouragement à la vértu du peuple [rog], en lui persuadant | que le sceptre autrefois fut le prix des services, et non pas le patrimoine des familles ; soit quon crût devoir couvrir de l'ombre du mystère les opérations de la Nature , afin d’imiter son secret et de rendre plus auguste le culte religieux. On montrait les tombeaux des Dieux
Re Een ei) à de D LU
(à) Diod., L +} c. 9, p. 19. — (b) Ibid, , ce. 25, p. 53.