LIVRE IN, CUAPITRE III
et on célébrait des fêtes, dont le but semblait être de renouveler tous les ans le deuil qu'avait autrefois occasioné leur perte. Enfin, on rendait à leur mémoire tous les honneurs qu’on accorde aux héros, aux grands hommes, et qui sont les plus propres à faire germer les semences de vertu dans les générations suivantes. On décrivait jusqu’à la structure de leurs corps ; on disait quelle avait été la teinte de leur peau et de leurs cheveux. Orus était très-blanc; Typhon absolument roux (a). Des inscriptions pompeuses portaient jusqu’à la postérité la plus reculée les témoignages de leur gloire. Telles sont celles ‘que l'on voyait gravées sur ces fameuses colonnes , élevées près de Nyse en Arabie, où l’on dit qu'ils avaient deux tombeaux. On lisait sur l’une (b) : « Je suis sis, reine de cette contrée ; j'ai été instrulie par Mercure. Personne ne peut détruire les lois que j'ai données. Je suis la fille aînée de Saturne , le plus ancien des Dieux. Je suis l'épouse et la sœur du roi Osiris. C'est moi qui la première ai découvert aux mortels l'usage du froment. Je suis la mère du roi Orus. C’est en mon honneur qu'est élevée la ville de Bubaste. Réjouis-toi, ô Ée gypie; réjouis- -to1 , terre qui m'as donné naissance. » Sur l’autre colonne on lisait (c) : « Je suis le roi Osiris, qui aï conduit mes armées dans toutes les parties du monde, jusqu'aux contrées les plus inhabitées de inde, de l'Ourse, du Danube et de l'Océan. Je suis le fils aîné de Saturne ; je suis né de l’œuf ‘brillant et magnifique , et ma substance est de la nature de celle qui compose la lumière. Il n'est point de lieu dans
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(a) De side, p. 359. — (b) Diod., 1. 1, c. 16, p. 31. — (0) Ibid. , D 92
l'Univers où je naie paru pour y faire éprouver mes bienfaits et y faire part de mes découvertes. .» C’est tout ce qu'on pouvait lire sur cette dernière colonne ; le reste était aliéré et effacé. .
Voilà deux inscriptions qui semblent, au premier coupd'œil, gravées en l'honneur d’un prince et d’une princesse qui avaient signalé leur puissance par leur bienfaisance envers tous les hommes. Elles seraient peut-être
trop pompeuses pour des hommes ; mais elles sont $im-
ples, si elles sont consacrées aux deux plus puissans agens de la Nature , aux deux astres à qui est confiée l’adminisiralion universelle du monde, et qui répandent sur toute la terre leurs bienfaits. Il n’y a rien dans ces deux inscriptüions qui ne convienne exactement au soleil et à la lune.
Diane était adorée à Bubaste ; elle était la grande divinité de cette ville (a). Or, Diane est la lune ; mais la June est Isis; donc Diane, Isis , la lune ont pu dire que la ville de Bubaste leur était consacrée. Diane ou la lune a son donicile au cancer, signe qui a pour paranatellon le grand chien ou Sirius , comme l’attestent Servius (b) et Porphyre. Ce dernier fat commencer l’année ÉgYpüuenne à la néoménie du cancer, au lever de Sirius ou du grand chien (c) ; donc Isis a pu dire qu’elle naissait avec le grand chien. Elle dit aussi quelle est instruite par Mercure ; ce qui est conforme avec ce que dit Plu-
tarque (d), que les Égyptiens pensaient que Mercure dirigeait le mouvement de la lnne et voyageait avec elle.
ne
(a) Herod. Euterp., c. 137, Go. — (b) Servius Comment. ad Georg.,
1. 1. — (ec) Porphyr. de Ant. Nymph., p. 264, edit. Cantabrig. — (d) De Iside, p. 36.
LIVRE ll, CHAPITRE Il. LES Ce Mercure est sans doute le Mercure Anubis , ce chien d'Isis, ce chien de Diane ou l’astre paranatellon qui fixait la néoménie du cancer et le commencement de l’année, lorsque le soleil eut quitté le lion. Voilà, sans doute, pourquoi Sirius s’appela l’astre d Isis. Isis se dit fille de Saturne ou du Dieu qui préside au temps : rien de plus naturel que cette filiation. Elle est sœur d'Osiris comme la lune ou Diane est sœur du soleil ou d’Apollon ; elle est mère de la lumière, qu'Orus ou le Dieu du printemps dispense & à la Nature. On voit qu’il n’y a pas un des traits de cette inscription qui ne convièenne parfaiiement à la lune , adorée , comme nous le savons d’ailleurs , en Ég gypte, sous le nom d’Tsis. Donc l'Esis, à qui cette colonne et cette inscription étaient consacrées , était la lune, reine des cieux, et non pas une ancienne princesse qui eùt vécu autrefois en Égypte.
Il en est de même d'Osiris , son époux et son frère : car la nature de. la sœur nous donne celle du frère. Sa naissance d’un œuf et d’un germe formé de la substance lumineuse du jour décèle évidemment le soleil, Fastre brillant qui distribue la lumière à la terre, et qui répand ses bienfaits dans tout l'Univers, de l'orient au couchant, du nord au midi; car c’est ce qu'indiquent ses voyages dans l’Asieet dans l'Inde , dans l'Europe et aux sources du Danube ; au nord, près des contrées glacées de l'ourse; au couchant, près des rives de l'Océan. Le soleil en effet se montre à toute la terre avec un éclat majestueux, et tout œil a vu sa gloire. fl est le fils du temps ; il sort du sein de l'œuf symbolique qui représente le monde, dont la révolution chaque jour ramène cet astre sur notre horizon. Tel Phanès,
ou Bacchus , sort également de lœuf orphique pour ré-
pandre pariout sa lumière. Il n'est donc encore ici aucun trait de l'inscription qui ne caractérise évidem-
ment le Dieu-soleil dans cet Osiris, que d’ailleurs nous
avons déjà prouvé être le-soleil; roi de l'Univers, et qui
est personnifié dans la légende sacrée du soleil qu'à tort
on prend pour de l’histoire.
D'après ces démonstrations , nous ne verrons, dans l'histoire merveilleuse de ce prétendu prince et de la princesse son épouse , qu'une légendre sur le soleil et la lune ; et la croyance universelle du peuple égyptien qui! y voyait des hommes qui avaient passé au rang des Dieux, ne nous en imposera point. Ceci est une nouvelle preuve qu’en fait de religion , le consentement universel de plusieurs siècles, d’un ou de plusieurs peuples, est un argument nul , lorsqu'on veut en conclure l'existence historique des êtres qu'on adore , et que les prètres imposteurs assurent avoir vécu autrefois parmi les hommes, au milieu de qui ils ont fait eonnaître leur puissance par des bienfaits et par des miracles. La foi la plus universelle ne prouve rien lors même que les eérémonies publiques , la pompe et l'appareil du culte, les représentations tragiques des malheurs des hommes divins, et tous les monumens de l’art, se réunissent pour l’appuyer. C'était là le grand art des prêtres, et l'esprit du système général de l’imposture sacerdotale. Ces funérailles d'Osiris, ces tombeaux d'Osiris mortetressuscité, ceuxd’Isis, n’ont d’autre objetque le culte du soleil et de la lune, dont l’allésorie et Le génie mystique des Orientaux faisaient des personnages quiavaientvécu autrefois, à quiils prêtaientun caractère , des passions , des vertus, et qui néanmoins n'étaientautre chose que les Dieux naturels, à qui on donnait une existence factice entourée de tous les accessoires de la
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