‹ Origine de tous les cultes, ou religion universelleChapitre 158 sur 240 · TIVRE III, CHAPITRE HT · texte numérisé non relu

TIVRE III, CHAPITRE HT

vie humaine. On les pleurait comme s'ils eussent été morts ; On se réjouissait ensuite comme s'ils eussent ressuscité, quoiqu'ils brillassent éternellement aux cieux. Tel était le génie religieux de ces siècles et de ces peuples anciens , qui Ont transmis jusqu'à notre âge les formes de leur culte. Comme on montrait en Judée le tombeau de Christ-agneau ; en Crète, celui de Jupiter-bélier ou d'Ammon ; à Cadix celui d'Hercule (a), que pourtant nous avons vu être le soleil ; à Delphes celui de Bacchus (b): on montrait également pariout en Égypte les tombeaux d'Osiris et d’Isis , et le peuple allait y pleurer sur Îles débris mortels de ses Dieux. Plusieurs provinces se glorifiaient (c) d’avoir chez elles ces précieuses dépouilles ; et, comme ïls ne pouvaient avoir été cependant enterrés partout , on accordait ces contradictions en disant que, le corps d’'Osiris ayant été mis en plusieurs morceaux J chacun pouvait en avoir chez soi un membre, excepté le phallus dont [sis avait réservé pour elle l’image qu’elle avait consacrée. D’autres disent (d)qu’Isis, voulant laisser ignorer à Typhon le lieu où elle avait déposé le corps de son mari, fit faire, comme cela se pratiquait à Athènes aux funérailles d’Adonis, des figures de cire représentant un homme mort qu'on avait embaumé. Ayant fait venir les prêtres de chaque tribu, elle leur remit une de ces figures en leur faisant prêter serment qu'ils ne feraient connaître à personne le dépôt qu’elle allait leur confier e et ensuite elle assura à chacun d'eux en particulier (e) que c'était lui qui avait le véritable corps d'Osiris. Après leur avoir rappelé les bienfaits de son époux, elle les —————— (a) Pompon. Mel., I. 3, e. 6. — (b) De Jside, p. 315. — (c) Ibid, p. 319. — (d) Diod., L 1, c. 12, p. 24. — (e) Ibid., c. 13, p. 25. TOME IH. 29

exhôrta à lui élever chacun chez eux un tombeau, et à rendre à Osiris les honneurs divins. Elle les invita , en outre, à lui consacrer chacun dans leur ville un animal particulier pour qui ils eussent le mème respect que pour Osiris, tant qu'il vivrait, et à qui, après sa mort, ils devaient rendre le mème culte et les mêmes honneurs. De là vint le culte rendu aux taureaux Apis et Mnevis, animaux consacrés à Osiris et réputés Dieux par tous les Égyptiens. L'historien ajoute (a) que, pour mettre les prêtres dans son parti et les associer à cette imposture, la Déesse leur assigna la troisième partie des terres de l'Égypte, pour faire les frais du culte et pour fournir au salaire des prêtres. Le souvenir des bienfaits d’Osiris , et surtout leur intérêt personnel Les rendit fort dociles aux invitations d'Isis; c’est pourquoi chaque tribu sacerdotale prétend qu’elle a le véritable corps d'Osiris. C’est ainsi que chez nous chacun a le bois de la vraie croix.

Diodore ajoute que c’est par cette raison que l'Égypte révère encore les animaux qui furent consacrés alors, et qu’à leur mort on renouvelle le même deuil qui suivit la perte d'Osiris. Tel était le deuil que causait à toute l'Égypte la mort du bœuf Apis, image vivante d'Osiris (b). Ce culte des animaux, ainst lié à celui du grand Osiris, n’a rien que de très-naturel, si, comme le dit Lucien (c), et, comme nous le croyons, ces animaux sacrés n'étaient que les images vivantes des animaux célestes qui se trouvent dans les signes et dans les constellations qui se lient à la marche du soleil et de la lune, et qui combinent leur action particulière dans chaque

(a) Diod., 1. x, c. 13, p. 25. — (b) Lucian. de Astrol., p. 986. — (c) Diod. Sic., ec. 31, p. 57.

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