LIVRE II, CHAPITRE UT
mois avec celle de ces astres. C’est ainsi que, près du tombeau d’'Osymandias (a) qui, eomme Hercule ou le soleil , paraissait accompagné du lion , lequel était aussi une de ses victoires , on avait construit un édifice où étaient peintes toutes les figures des animaux adorés en Égypte. Près de ce tombeau était le fameux cercte d’or de 365 coudées, qui représentait le zodiaque , et les 365 jours de la révolution annuelle, et sur lequel étaient marqués les jours et les constellations qui, par leur lever et leur coucher, y présidaient , et donton pouvait tirer des pronosties (b). Tel était l'entourage du tombeau du fameux Mendès, ou Osymandès , qui prenait le titre pompeux de roi des rois. Cette union d’un zodiaque où d’un cercle d’or à son tombeau rappelait la même idée qu'on avait voulu exprimer , sous une autre forme , par les 360 urnes (c) disposées autour du tombeau qu'on avait élevé à Osiris, sur les confins de l'Éthiopie et de PEÉgypte, à Phylé, dans une île du Nil, qu'on appelait le champ sacré, parce que les dépouilles d'Osiris et d’Esis étaient censées y être déposées. Tous les prêtres de TÉgypte avaient une vénération particulière pour ce tombeau d'Osiris, et, à chacun des jours de l’année, «les prêtres destinés pour cela remplissaient ces urnes de lait{[ 110}, et invoquaient, d'un ton lamentable , les mànes de leurs Dieux. Les prêtres seuls avaient droit d’en- ‘rer dans cette île sacrée (d) ,:et tous les habitans de la haute Fgvpte regardaient comme le plus redoutable des sermens celui qui se faisait par le corps d'Osiris qui reposait dans cette île [111]. Que d'adresse et de dépenses
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(a) Diod. Sic., c. 32, p. 59. — (b) Ibid., e. 3 » P+ 57. — (ec) Ibid. , Lo 1,6:13, p. 26. — (4) Ibid. , p. 56.
pour tromper les hommes | Car enfin nous avons démoniré qu'Osiris et Isis n'étaient que le soleil. C’est ainsi que dans la ville d'Achante, au-delà du Nil, du côté de la Lybie, à 120 stades de Memphis, il ÿ avait un tonneau percé dans lequel 360 prêtres étaient chargés de verser chaque jour de l’eau du Nil (a). Toutes ces cérémonies étaient relatives à la marche de l’année dont Osiris ou le soleil est l’ame.
La ville de Memphis , en succédant à la première splendeur et à la puissance de la haute Égypte et de la superbe Thèbes, eut aussi ses tombeaux d'Osiris et des cérémonies religieuses quis’y pratiquaient: car Abydos et Memphis (b) furent les deux villes les plus renommées pour la magnificence des tombeaux du soleil ou d’Osiris. Quoique plusieurs villes se vantassent d’avoir en dépôt Le corps d'Osiris, dit Plutarque, aucune n’avait plus de prétentions à cette gloire qu’Abydos et Memphis qui passaient pour être les seules qui eussent le vrai tombeau d'Osiris. Tous les gens riches et puissans ambitionnaïent l'honneur d’avoir leurisépulture à Abydos, afin d’avoir leurs tombeauxprès de celui de leur Dieu Osiris. D’un autre côté, Memphis avait le privilége singulier d’être le lieu où l’on nourrissait Apis , image du Dieu Osiris qui y avaitsasépulture[ 112]. Aussi disait-on que son nom signifiait tombeau d'Osiris. Près de la ville était une petite île dont on prétendait que les oiseaux eux-mèmes n'osaient approcher, ainsi que les poissons. Les prêtres seuls s’y rendaient tous les ans, à un temps marqué, pour y célébrer leurs cérémonies auprès du tombeau d’Osiris. Ils le couronnaïent
(a) Diod., L 1, c. 61, p. 29. — (b) Plut. de lside, p. 359, 36.
LIVRE II, CHAPITRE HI. 58q d'une plante qui porte beaucoup d’ombrage, et qui appartient à un arbuste plus grand que l'olivier. Eudoxe , parmi la foule des tombeaux d’Osiris dispersés en Égypte, distingue celui de la ville de Busiris, qu'il dit être le véritable, cette ville étant la patrie de ce Dieu. Quant à celui qu'on montrait à Taphosiris, le nom seul parle en sa faveur.
Mais de tous les tombeaux élevés au bienfaisant Osiris, celui qui a coûté le plus de dépense, celui qui étonne le plus par sa masse, et qui a le plus résisté à l’injure des temps, c'est celui qu’on lui avait creusé dans la grande pyramide dans laquelle on trouve encore un petit caveau , ou un tombeau de grandeur suflisante pour contenir un corps, et qu'on disait être le tombeau d’un des anciens rois d'Égypte [113]. Ce roi à qui on a cru devoir élever ce monument éternel, comme le soleil qui l’éclaire, c’est le roi bienfaisant , le fameux Osiris que l’on enseignait aux peuples avoir régné autrefois sur l'Égypte. En eflet, eût-on jamais fait une aussi grande dépense, si ce tombeau n’eût pas été censé conserver les restes ou les dépouilles mortelles de la première divinité de l'Égypte, surtout chez un peuple qui n’épargnait rien pour donner de la pompe et de la magnificence au culte, et dont le plus grand luxe était le luxe religieux ? C’est ainsi que les Babvloniens, livrés tout entiers au culte du soleil et à celui des autres astres, avaient élevé un tombeau au soleil, sous le nom de tombeau de Jupiter-Bélus , et on sait que c'était le soleil qu’ils honoraient sous le nom de Bélus, comme le dit très-bien Nonnus (a). Or, ce tombeau de Jupiter-Hélios, ou de Jupiter-Bélus, était une im- LEE RE PO EE RTE
(4) Nonuus, Dionysiac., 1. 40, v. 305.
mense pyramide. Les proportions de la grande pyramide d'Égypte, sa position, relativement aux quatre points cardinaux du monde que regardent exactement ses faces , justifient nôtre conjecture, et nous la font regarder comme un des plus magnifiques tombeaux d’Osiris, et comme une masse immense destinée à couvrir le petit caveau dans lequel on croyait qu'avait été déposé autrefois le corps de l'époux d’Isis, de ce roi bienfaisant que la reconnaissance des hommes avait dû immortaliser, et dont les titres étaient gravés sur les colonnes dont nous avons parlé ci-dessus. Quand il s’agit de monumens religieux, rien ne coûte à un peuple puissant, riche et superstitieux, qui prétend à la gloire d’avoir donné à la religion une forme majestueuse et savante. Telle était la prétention des Égyptiens qui aspiraient à Ja réputation de sagesse universelle.
Chazelles, qui fut envoyé en Égypte pour mesurer ioutes les dimensions de cette pyramide, trouva qu'elle était exactement orientée, et que les quatre faces regardaient les quatre points cardinaux du monde, auxquels aboutissaient les quatre côtés prolongés du carré parfait qui forme sa base. Cette position de la grande pyramide, confirmée par le témoignage des autres voyageurs, décèle déjà un but astronomique ou cosmique de la part des constructeurs. Il en résultait donc une grande croix [114] qui aboutissait aux quatre coins du monde, et dont les branches se coupaient au centre de la base de la pyramide sous laquelle Osiris était étendu mort,
Chazelles nous donne aussi toutes les dimensions de cette pyramide , et nous allons les rapporter (a).
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(a) Rollin, Hist. Anc., t. 1, ce. 2, sect. 2, édit, in-4°, p. 13.