LIVRE Ill, CHAPITRE Ill
religieux que lorsqu'il est malade, et sa raison l'abandonne presque toujours avec les forces de son corps. On célébra (a) les bienfaits d’Isis, comme on avait célébré ceux d’Osiris son époux , sur lequel on lui accorda même ‘une espèce de prééminence.
On rapporte le règne d’Osiris et d'Isis aux siècles fabuleux dans lesquels la terre enfantait des géans, c'està-dire aux siècles des fictions sur les deux principes dont les combats nous sont retracés dans l’histoire allégorique d’'Osiris et d’Isis, et dans celle de Typhon leur en- ‘nemi[:19]. C'est la fable de Jupiter et des Titans sous un autre nom. Aussi Diodore assure-t-il que ces êtres monstrueux furent détruits dans les guerres qu'ils suscitèrent à Jupiter et à Osiris. Pour retracer ces événemens cosmiques , ou la haine et le choc du bon principe contre le mauvais , les prêtres d'Osiris fustigeaient en cérémonie des figures monstrueuses de géans , qui étaient placées dans les temples. Ainsi les Perses faisaient, en un certain jour, la guerre aux productions d’Ahriman. Ceci nous rappelle ce que dit Hérodote (b) d’une certaine divinité égyptienne que les prêtres fustigeaient tous les ans dans une cérémonie religieuse où l’on faisait sortir des sanctuaires de Saïs , ville consacrée à Isis, l’image d’une vache qui avait entre ses cornes le disque doré du soleil. On disait que ce simulacre était le tombeau dans lequel était renfermé le corps d’une ancienne princesse, fille d’un roi chéri pour ses vertus et ses bienfaits [120]. On brülait tous les jours des parfums autour de cette représentation; et la nuit, on allumait des lampes auprès.
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(a) Diod., ce. 16, p. 31. — (b) Herod. , À 2, c. 132.
Dans une chambre voisine, étaient des statues colossales en bois, sur la nature desquelles Hérodote re peut pas, dit-il, s'expliquer, non plus que sur le. Dieu que l'on fustigeait. On disait seulement que le père de cette princesse ayant voulu la violer, elle s’était pendue, et que ces statues colossales étaient celles des concubines qui avaient voulu la livrer à la passion de son père. Voilà les contes que l’on faisait au peuple. Mais le récit de Diodore ‘semble jeter du jour sur celui d'Hérodote, et soulever le voile mystérieux dont il se couvre. Cette princesse, dont le corps était renfermé dans une vache de bois qui soutenait le disque du soleil entre ses cornes, et qu'on révérait à Saïs, ville spécialement consacrée à Isis (a), ne peut être que l’image de la lune ou d'Isis, dans sa.conjonction avec le taureau, Osiris, lorsque Typhôn et les géans succombaient, et que l’on faisait la guerre aux principes du mal et des ténèbres, figurés sous l'emblème de géans. Les siècles d’Osiris, d'Orus et d’Isis sont les siècles pendant lesquels les Égyptiens avaient pour rois les Dieux et les héros, suivant Diodore (b); c'est-à-dire les siècles où l’on donnait aux Dieux naturels les noms de rois et de héros , et où on les représen tait sous ces traits dans les allégories sacrées. Orus, fils d'Isis , fut, dit-on, le dernier de ces prétendus rois ; après lui, vint le règne des hommes. L'histoire d'Orus, d'Isis et d'Osiris appartient donc à un ordre de choses tout autre que celui qui caractérise Le règne véritable de Vhistoire. Cela est vrai dans nos principes, puisqu'il
appartient à la cosmogonie et aux histoires merveilleuses
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(a) De Iside, p. 354. — (b) Diod., L 1 ÿ-G+ 29, pp 53