LIVRE II, CHAPITRE IV
de ses compagnons. Cette négligence coûta la vie au malheureux Égée qui, croyant que son fils était mort, se précipita du rocher où il était à observer le vaisseau , et se tua (a). ta Cependant Thésée entra dans le port de Phalère , et d'abord il se mit en devoir de s'acquitter des sacrifices qu'il avait voués avant son départ ; mais auparavant 1E envoya un héraut à la ville apprendre à son père son arrivée. Ce héraut trouva beaucoup de gens afiligés de la mort du roi; mais il en trouva aussi beaucoup qui , comme on peut penser, plus touchés de la joie publique que sensibles au malheur d'une seule maison, le recurent à bras ouverts, et lui offrirent des chapeaux de fleurs dont on couronne ceux qui portent de bonnes nouvelles. Il prit des couronnes, mais, au lieu de les mettre sur sa tête , il en entoura le bâton que les hérauts portent à la main ; et, étant de retour à Phalère avant que Thésée eût achevé son sacrifice , il s'arrêta à la porte du temple pour ne le pas troubler. Quand tout fut fini, et lorsque les libations furent faites , alors il fui annonça la mort de son père Égée. Thésée et tous ceux qui étaient avec lui s'en allèrent en grande hâte vers la ville, remplissant tout de leurs plaintes et de leurs eris. De là vient, dit-on, qwencore aujourd'hui, dans les fêtes des rameaux, le héraut n’est point couronné, mais qu'il n’y a que sa baguette, et qu’à la fin des libations toute l'assemblée s’écrie, Éleleu et Jou, Jou, dont le premier cri, suivant Plutarque , est celui de gens qui se hâtent et se préparent au combat, et le second est le eri de ceux qui sont dans le trouble et l'affiction. J’observerai que ce sont deux mots consacrés
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\ (a) Serv: ad AEueid. , L 3, v. 74
113 SRR RELIGION UNIVERSELLE.
dans les mystères du soleil, sous le nom de Bacchus , ef que cès mots ne sont pas grecs, mais tirés des langues barbares ou orientales, et des pays d'où les Grecs empruntèrent leurs cérémonies religieuses et tous leurs mystères.
Thésée , après avoir achevé les funérailles d'Égée , acquitta ses vœux au soleil ou à Apollon, le même jour qui était le septième jour du mois appelé pyanepsion. Ce jour-là , on pratiquait une certaine cérémonie qui consistait à faire cuire des fèves, et bouillir ensemble toutes sortes de légumes. On emprunta encore de la même fête la coutume de porter l’eirésione, comme Thésée l'avait portée avant son départ pour la Crète. C’est une branche d’olivier sacré, toute environnée de bandelettes de laine et garnie de toutes sortes de fruits, parce qu'alors on vit cesser la stérilité dont toute l’Attique avait été aflligée [129]. |
Le vaisseau sur lequel Thésée fit ce voyage était une galère à trente rames , que les Athéniens conservèrent jusqu'au temps de Démétrius de Phalère, et qu'ils envoyaient tous les ans à Délos, dans les fêtes appelées. théories, ou visites du Dieu-soleil adoré dans cette ile. On avait grand soin de mettre des planches neuves à la place de celles qui se pourrissaient ou qui vieillissaient ; ce qui lui donnait une espèce d’éternité.
On attibue à Thésée toutes les cérémonies de cette fête des rameaux, et en particulier l'usage de coiffer et d'habiller en filles les jeunes garçons qui portent les rameaux , le jour de cette fête [130], laquelle a pour objet Bacchus et Ariadne qui arrivèrent en automne, après la récolte des fruits. On consacra une portion de terre et
un temple à ce héros. L'administration du sacrifice fut