‹ Origine de tous les cultes, ou religion universelleChapitre 18 sur 240 · LIVRE II, CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE VII

en faisait des poëmes sur les Dieux, on peignait leurs actions , on chantait leurs combats et on publiait leurs oracles , ou lorsque les Chaldéens ; les Perses , les Assyriens et les Juifs leurs copistes, faisaient des romans sur les anges et les archanges, et peignaïent le grand Dieu dans l'assemblée des Dieux inférieurs, ses agens et les ministres de ses volontés.

Le gouvernement de l'Univers , la distribution du temps, de la lumière , de la chaleur ou du froid, de la pluie, du vent, de l'humidité ou du sec, la température variée des saisons, leur retour périodique, la succession du bien et du mal, de la génération et de la destruction des corps dans la végétation annuelle , enfin tout le système météorologique, et la reproduction de tous les effets sublunaires, ne seront plus simplement produits par des influences d'étoiles , maïs par la volonté d’agens très-intelligens qui siégeront dans les astres , et qui auront la direction de telle ou telle opération de la Nature , dont l'exécution leur a été remise par l'intelligence première et universelle. Chaque planète ne se mouvra plus par une force mécanique, ou même simplement par une force vive et animée qui l'entraînera dans son courant. Ses mouvemens seront l'effet d’une volonté libre et sage, qui réglera ses directions , ses stations et ses rétrogradations , et qui dirigera sa route dans les cieux , suivant des lois propres à la faire concourir à l’harmonie universelle. Un génie, soit Dieu, soit ange, en aura la conduite, et, voyageant dans ce char lumineux, parcourra les plaines de l’'Olymupe pour veiller sur l’ordre du ciel, d’où dépend celni de la terre soumise à l’action des corps célestes. C’est la conclusion qui découle des principes que nous avons

établis , et que üre l'interlocuteur du didiogue de Cicéron dont nous venons de parler. Après avoir examiné l’ordre, l’harmonie et la constance des mouvemens de diverses sphères , il conclnt que les astres ne pour raient jamais exécuter avec autant de régularité et de constance ces divers mouvemens (a), s'ils ne renfermaient en ‘eux une force et une intelligence divine, un principe de raison et de sagesse. L'auteur part de là pour conclure que les astres , tant fixes qu'errans , sont autant de divinités. | Telle était l'opinion des anciens philosophes, suivant M. Batteux (2), sur la constance des mouvemens’ célestes, et sur leur régularité que rien n'altérait. Ils ne concevaient pas que l'exécution ponctuelle d’un ordre qui pouvait se varier de mille manières différentes , püt se faire constamment et toujours de même, sans être réglée par une intelligence. Les modernes font de la force motrice des planètes une loi mécanique qu'ils expliquent: par la combinaison de deux forces, l’une d'impulsion et l’autre d'attraction, dont ils ne peuvent démontrer l'origine, mais dont ils calculent les effets. Les anciens en faisaient une force intelligente qui prenait sa source dans l'intelligence première et universelle. Ainsi les planètes , suivant Achille Tatius (ec), sont autant d'êtres animés qui se meuvent d'eux-mêmes et qui se dirigent par leur propre intelligence. Suivant le même auteur (d), où plutôt suivant Diodore quil cite, une planète est un corps lumineux et divin, de même nature et formé de

RS Le SENIORS RP 5e

(a) Cicer. de Nat. Deor., 1. 2, €. 21. — (b) Batteux, Caus. prem., t 2,-p. 116: — (e) Uran. Petav. Ach. at. ce. 23. — (d) Ibid.,

LIVRE Il, CHAPITRE VIT. 49 la même substance que le ciel et l'éther (a), où elle circule dans un mouvement éternel. Ce ciel lui-même était formé du feu. arüste intelligent , que Îles stoïciens admettaient pour prèmière cause » Où dans lequel ils plaçaient l'énergie de J'aime universelle (b).

Les stoïciens, dit Achille Tatius (c), prétendent prouver que les astres sont animés, par cela même qu'ils sont composés de la substance du feu éther. Chrysippe, dans son livre de la Providence et des Dieux , Aristote, dans son livre sur le ciel, et Platon, conünue toujours Achille Tatins » Soutenaient la même opinion. C’est là sans doute aussi l'origine des huit Dieux de Xénocrate , qui en plaçait cinq dans les cinq planètes, deux dans le soleil et dans la lune, et un huitième dans la totalité du ciel (d), qui comprend toutes les fixes, dans lesquelles circule la substance éthérée et intelligente qui compose la masse du ciel.

On sent bien que sion décompose ce dernier dans toutes ses parties, soit en constellations, soit en étoiles, on verra éclore de son sein une foule de divinités. Chaque astre deviendra un Dieu ou un être animé et intelligent, qui partagera la divinité ou la nature de la cause universelle qui agit dans les cieux. Héraclide de Pont, sorti de l’école de Platon (e), professait la même doctrine sur la divinité des planètes , sur celle du ciel et de la ierre , ou d'Uranus et de Ghé, pére ét mère de tous les Dieux. En faire des Dieux » C'était nécessairement \ placer des substances animées et intelligentes, sources aies convie en RASE

(a) Uran. Petav. Ach. Tat., ©. 11. — (b) Cic. de Nat. Deor. , 12, ©. 22; |. 1, G..14, — (c) Achill. Tat. » C. 13. — (d) Cic. de Nat. Deor. À L1,c. 13. — (e) Ibid.

Page 1