LIVRE INT, CHAPITRE IV
Effectivement , Castor et Pollux, devenus maîtres d’Athènes , ne demandèrent qu’à être initiés , alléguant pour raison qu'ils étaient parens des Athéniens au même degré qu'Hercule. Ils furent donc reçus aux grands mystères après avoir été adoptés auparavant par Aphidnès, comme Hercule l'avait été par Pylius. On leur rendit des honneurs divins, et on les appela Ænaces, ou Dieux protecteurs et tutélaires des peuples. Quelques-uns prétendent que ce nom leur fut donné à cause de leurs étoiles qui paraissent dans Île ciel.
On ajoute qu’Æthra , mère de Thésée, fut menée à Lacédémone (a), et que de là elle suivit Hélène à Troie (b). D’autres disent que, Paris ayant été défait par Achille et par Patrocle, près du fleuve Sperchius en Thessalie , Hector alla prendre le bourg de Trézène , et emmena /Zthra prisonnière.
Cependant le roi des: Molosses, ayant reçu chez lui Hercule, et étant-venu par hasard à parier de Thésée et de Pirithoüs , lui raconta le projet qu'ils avaient formé, et la vengeance qu'il en avait tirée. Hercule fut fàché d'apprendre la mort de l’un, etne songea plus qu'à sauver l’autre. Il Le demanda au roi des Molosses, qui le lui accorda (c).
T'hésée , délivré de sa prison, alla à Athènes où son part n’était pas entièrement opprimé. Ses premiers soins furent de témoigner sa ressent à son libérateur, il consacra à Hercule tous les pares et toutes les terres dont les Athéniens lui avaient fait présent , et, au lieu de Théséia , 1 les appela éracléia.
(a) Pausan. Attic., p. 39. Heliac. 1, p. 166. — (b) Ibid. Phocie., p. 342. — (c) Ibid. Attic., p. 15.
Il voulut gouverner Athènes, comme auparavant ; mais il ne fit par là que provoquer des séditions et des désordres. Ceux qui le haïssaient avant son départ, avaient ajouté l’insolence et le mépris à la haine; et le peuple était si gâté et si corrompu, qu'au lieu de déférer, comme autrefois, à ses avis, il ne voulait plus qu'être flatté et caressé. Thésée essaya vainement de le réduire par la force : les moyens qu’il prenait ne faisaient qu'irriter le mal. Ne voyant plus de moyen de rétablir l'ordre, il songea à se bannir lui et sa famille. Il envoya secretement ses enfans en Eubée, chez Elphénor (a), fils de Chalcodon ; pour lui, il se rendit au bourg de Gargette, et prononça des malédictions contre les Athéniens dans un lieu appelé depuis Æratérion, ou le lieu des malédictions. Le fruit de ces malédictions prononcées contre un peuple qu’il avait rétabli dans tous ses droits, et dont il avait reconnu la souveraineté , fut sa propre mort. Il songea d’abord à émigrer en Crète chez Deucalion : mais les vents le repoussèrent sur l’île de Scyros.
Thésée y débarqua , croyant y trouver des amis. Lycomède ; à la cour duquel fut élevé Achille, était alors roi de cette île. Thésée, en arrivant chez lui , le pria seulement de Jui rendre ses terres , afin qu’il pût y demeurer le reste de ses jours. D’autres prétendent qu'il lui demanda du secours contre les Athéniens. Lycomède, soit qu'il craignit la réputation d’un aussi grand personnage , soit qu'il eût été gagné par Mnesthée, le mena sur la’ plus haute montagne comme pour lui faire voir son île, etil le précipita du haut des rochers (à). Sa mort assura
(a) Pausan. Attic, Plut. de Exil., p. 507. — (b) Hesych. voe Scyria.