‹ Origine de tous les cultes, ou religion universelleChapitre 187 sur 240 · LIVRE IT, CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IT, CHAPITRE IV

ñinenée par le triomphe du soleil sur l’Ingeniculus, portemassue , objet du premier combat de Thésée.

Son coucher est immédiatement suivi de celui de l'aigle, et la fable dit que, dans la suite, on reconnut l'endroit où il était enterré par l'apparition d’un aigle (a) qui béquetait la terre dans le lieu où il fallait chercher pour retrouver son corps. Ainsi, tous les phénomènes célestes qui annoncäient la fin de l’année solsticiale , devinrent le sujet d’une allégorie qui termine le poëme et la vie de Thésée, fils d'Égée , ou de la constellation qui se lève au coucher de lachèvre Aiga, placée sur le taureau et les gémeaux , lesquels ont pour premier et principal paranatellon Ophiucus, appelé Thésée, fils d’Aïga , par les anciens. Hippolyte ou le cocher son fils, qui se lève au coucher des premières étoiles du serpentaire , au moment où montent les dernières étoiles du taureau , périt à la vue du scorpion, ou du monsire-qui, dans la fable de Phaëton, effraie les chevaux du mème cocher, sous le nom de Phaëion, fils du soleil. C’est le même monstre que Neptune suscite contre le malheureux Hippolyte.

Toute cette fable, comme on voit dans son commencement, dans sa fin et dans la plus grande partie des combais du héros, se lie évidemment avee les tableaux du ciel, avec la marche du soleil, et surtout avec celle de la constellation à laquelle il s’unit en automne et qui porte encore aujourd'hui le nom de Thésée.: D'où nous conclurons que le poëme de la Théséide, dont Diodore et Plutarque nous ont conservé Îles principaux traits, tout mutilé qu'il est, exprime des rapports non équivoques avec la marche du soleil et de l’année , et doïît être re-

(a) Plut. vit. Thes., p. 17:

gardé comme un poëme de même nature que celui de l’'Héracléide , que celui des Dionysiaques et que les autres dont nous donnons l'explication. Nous laissons à d’autres le soin de le comparer au ciel et aux constella ons dans ses plus petits détails. Les points principaux sont incontestablement déterminés; le reste doit suivre, et un peu d'attention fera découvrir de nouveaux rap ports à ceux qui en seraient curieux.

Voilà donc encore la croyance des peuples trompée

sur l'existence historique d’un des premiers rois d'Athènes,

Thésée fils d'Egée, vainqueur du Minotaure , toujours rival et souvent compagnon des travaux de son cousin Hercule qui fonda la Thèbes d'Égypte. Aïnsi, la vie d'Hercule et celle de Thésée ne sont que des fablés sacrées sur le génie tutélaire de Thèbes et d'Athènes ; villes dont le soleil fut la plus grande divinité, comme il létait pour tous les peuples du monde. Les chapelles que Thésée avait à Athènes, ses statues ,» ses images et les divers événemens de sa vie, consignés dans des traditions antiques ou par des monumens religieux, rien de tout cela ne détruit la vérité que nous venons d’établir, mais prouve seulement l’opinion ou la foi des peuples crédules qui reconnaissaient TFhésée pour un de leurs anciens rois , et qui n’entendaient plus rien à la religion de leurs pères , à celle de ces peuples savans et ingénieux qui habitaient la Grèce plus de mille cinq cents ans avant le siècle où l'on fait vivre Homère. La Théséide dut être faite dans le même àge où l'on fit l'Héracléide, et elle appartient au génie poétique et allégorique des mêmes peuples. Les débris de ces poëmes, ayant été recueillis, après une longue suite de siècles de barbarie, par les

premiers historiens de la Grèce , tels qu'Hérodote et ceux

LIVRE II, CHAPITRE IV. 459 qui écrivirent après lui, furent mal à propos mêlés à l’histoire ancienne de la Grèce, tandis qu’on eût dû les rapporter à son ancienne mythologie. Thucydide, plus sage , reconnait l'ignorance des Grecs en fait d'histoire , ei ne croit pas que l’on puisse en faire remonter bien haut {a certitude. I] convient que tout ce qui précède la guerre du Péloponèse est fort incertain à cause de son antiquité ; et par là il entend la guerre des Mèdes. Si cela est ainsi, que peut-on penser de la guerre de Troie et des siècles de Thésée, qui remontent à plus de huit cents ans plus haut dans l'opinion de ceux qui en font des histoires ? Car pour nous, nous les mettons au rang «les fables cosmiques et des fictions sur les cycles, connues sous le nom de poëmes cycliques , qui embrassaient jusqu’à la guerre de Troie, à partir des chants sur le chaos.

Voilà done encore un héros ou un prince qu'il faut retrancher des fastes de l’histoire, et qu'il faut renvoyer au pays des fictions à qui il appartient.

Si les Grecs, au lieu de placer ces fictions savantes dans leur ancienne histoire ou dans les premiers âges de leur civilisation, auxquels on ne peut sagement les rapporter (car un peuple ne commence point par faire de grands poëmes astronomiques ), les eussent renvoyés à leur ancienne mythologie, ils auraient aperçu dès lors qu'il y avait un grand vide entre les histoires les plus connues chez eux, et l’âge des fables. Les deux ou trois premiers siècles qui précèdent l’âge où vivaient Hérodote, Hésiode et Homère, doivent être regardéschez euxcomme la renaissance des lettres, puisqu'il n'existe pas de monumeps littéraires plus anciens. Les temps, au contraire,

où l’on fit les fables qu'Homère et Hésiode réchaufièrent,

ou qu'Hérodote et les autres écrivains ont conservées , paraissent nécessairement appartenir à une époque où l'astronomie et la poésie fleurissaient avec beaucoup d'éclat. Donc ce siècle était le dernier qui fermait la marche d’une suite d’autres qui avaient eu beaucoup de lumières. Car le bel âge de la poésie et des sciences est presque toujours le dernier des siècles de littérature. Aïnsi, on devait reconnaître une lacune immense entre la renaissance des lettres au temps d’'Hésiode et d'Hérodote, et le terme de leur gloire, dans l’âge où l’on faisait la Théséide, l'Héracléide et les autres poëmes astrono= miques dont nous avons parlé, et qui tous remontent au temps où le taureau était le premier des signes, c’està-dire plus de deux mille cinq cents ans avant l'ère chrétienne. Voilà donc un siècle de littérature, dont le souvenir était perdu, et que nous avons retrouvé dans le dépôt confus de l’ancienne mythologie des Grecs.

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