‹ Origine de tous les cultes, ou religion universelleChapitre 189 sur 240 · LIVRE IL, CHAPITRE V. AG · texte numérisé non relu

LIVRE IL, CHAPITRE V. AG

se lève le navire Argo, et Andromède, fille de Céphée, exposée à un monsire marin : et nous avons ; en conséquence, projeté ces constellations sous le signe dont elles sont paranatellons. Voilà donc la position du ciel qui nous est donnée pour l’époque de cette conquête ; c’est-à-dire le passage du soleil au bélier, le dernier des signes lorsque le taureau était le premier , et le premier lorsque le taureau fut le second, et que le point équinoxial eut rétrogradé vers aries qui devint alors l’origine du zodiaque et le chef des signes. T'el est l’état du ciel que nous devons supposer au moment où le poëte chante Jason et sa conquête sur le fameux bélier dont le dégagement des rayons solaires annoncait le printemps. Cela posé, examinons quelles constellations , le matin et le soir, fixaient cette époque importante, et nous serons dans le vrai point de vue où il faut être placé pour comparer les tableaux du ciel avec ceux du poëme.

Nous trouvons le soir, au bord oriental, le vaisseau ÂArgo qui a achevé de se lerer, et qui s’achemine sur la voûte céleste , suivi immédiatement du serpentaire appelé Jason. Il à près de lui Chiron ou le centaure qui éleva Jason [ 142}, et au-dessus de lui sa lyre précédée de l'Hercule céleste, un des héros du poëme. Au couchant, nous trouvons près de la mer les gémeaux ou les dioscures qui vont bientôt entrer dans les feux solaires, et qui , par leur coucher héliaque , annoncent le printemps ou l’arrivée du soleil au taureau. Le matin, c’est le dégagement des étoiles du bélier qui annoncera le iour avec les pleïades, Persée, Méduse et le cocher, qui précèdent son char, tandis qu’au couchant , Jason et son serpent vont descendre au sein des flots, à la suite de la vierge céleste. Jason ou le serpentaire , placé au cou-

chant, fait monter à l’orient Méduse qui est la constellation la plus voisine du bélier à toison d’or, et qui semble lui livrer ce précieux dépôt sur lequel elle repose et qu'elle amène sur l'horizon.

Voilà quels sont les principaux aspects célestes qui s'offrent à notre vue, et que nous avons cru devoir projeter sur notre planisphère [143]. Voilà le fond astronomique sur lequel il a fallu établir une fiction qui fit la matière d’un poëme de longue haleine , poëme dont nous allons comparer les rapports avec ces mèmes aspects astronomiques :

Diodore de Sicile (a) nous a donné l’histoire de la prétendue expédition des Argonautes et de Jason leur chef, à la suite de celle de Bacchus et d'Hercule ou des légendes solaires faites sous ces deux noms. il fait Jason fils d’un roi de Thessalie, comme il avait fait naître Hercule et Bacchus de princesses de Béotie.

Plusieurs poûtes ont chanté la même expédition, tels qu'Orphée, Apollonius de Rhodes et Valérius Flaceus, qui se sont répétés les uns et les autres, sinon pour les circonstances et les détails, au moins pour le fond. Le plus ancien et le plus simple de ces poëmes est celui qui est attribué à Orphée , et qui vraisemblablement à servi de modèle aux autres. Nous commencerons par l'examen de celui -là.

Le poëte débute par invoquer le Dieu-soleil (2), ou Apollon, le vainqueur du serpent Python, le Dieu des oracles, celui qu’on adore sur les sommets du Parnasse. Inspire-moi , dit-il, divin Phébus, je vais chanter ta

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(a) Diod., 1, 4, c. 170, p. 284. — (b) Orph. Argon., v, 1.

LIVRE III, CHAPITRE V4 465 puissance (a). Ce vers seul annonce déjà qu’il va chanter la puissance du soleil vainqueur de l’hiver, que tous les ans ramène le serpent Python oule dragon du pôle, et dont le terme est annoncé par le fameux bélier dont Jason va faire la conquête. Le poëte rappelle ensuite ses divers chants cosmogoniques sur le débrouillement du chaos (b), sur l’éther, sur le temps, sur le fameux Phanès, fils de l’éther (c), sur l'Amour, sur la nuit, sur toutes les causes qui ont concouru à l'organisation de l'Univers, et sur les combats des géans contre les cieux (d) ; tous objets qui faisaient la matière des anciens poëmes sur la Nature. Il rappelle aussi en Passant ce qu'il à écrit ou chanté sur les mystères de Cybèle (e), de Bacchus , des cabires, d’Adonis et d'Osiris; sur Cérès (f) et Proserpine , et même sur la divination de toute espèce ; sur les enfers et sur la pompe égyptienne des mystères d’'Isis (g). Aucun de ces différens sujets ne tient , COMME on voit, à l’histoire des hommes. Mais tout est renfermé dans le système des causes naturelles et dans l’ordre du monde. Le poëme des Argonautes sera de ce genre. Car le poëte n'achanté jusqu'ici que cela , et, dans ce moment même ; il annonce qu’il va s’élever dans les régions supérieures du monde, sur les vastes voûtes du ciel, pour y chercher la matière de chants nouveaux (2). C'esi en effet dans les cieux , dans les immenses plaines de l’'Olympe que se trouvent les tableaux qu'il va nous présenter.

Il rappelle à son lecteur que Jason vint autrefois l'inviter à l'accompagner dans le voyage qu'il méditait chez une nation aussi coupable qu’elle était riche (:}), et à

(a) V. 3. — (b) V. 12. — (c) V. 15. — (d) V. 18.— (e) V.' 22. — (P) V. 26. — (8) V. 43. — (h) V, 49. -— (à) V. 53. TOME IT, 30

monter avec lui le fameux vaisseau qui devait les eonduire dans le pays où régnait Æétès, fils du soleil (a), possesseur du fameux bélier de Phryxus, ou du bélier à toison d’or, déposé en Colchide. Pélias son oncle, qui eraignaîit qu’un jour Jason ne le détrônät , comme le Jui avait prédit l’oracle, lui avait inspiré cette tâche périlleuse de conquérir ce riche dépôt, et de le lui apporter en Thessalie (b). L'exemple de la gloire qu'avait acquise avant lui Persée , placé sur le bélier aux cieux, engagea ce jeune héros à se charger de cette expédition, et du soin de conquérir cette toison d’or , si fameuse dans tout l'Univers (c).

Avant de suivre plus loin le poëte, faisons ici quelques observations préliminaires. Cette toison était en la possession d’un fils du soleil. Cette circonstance déjà nous rappelle tout naturellement aux régions sublimes, où voyage le soleil, et à la sphère. Parmi les enfans du soleil, on comptait les Héliades, sœurs de Phaëton, ou du génie placé sur les divisions du bélier et du cocher céleste. C’est lui qui porte entre ses bras une fille du soleil, Aïga ou la belle étoile de la chèvre [144]. Ce cocher lui-mème porte le nom d'Absyrihe, cocher d’Æëtès possesseur de ce fameux bélier (d). Apollonius de Rhodes , auteur d’un poëme des Argonautes, le fait fils d'Æëtès lui-même, qui l'avait eu de sa femme Asterodée, et on lui donnait, dit-il, en Colchide le surnom de Phaëton (e), c'est-à-dire, le nom que Nonnus donne au cocher céleste (f), dans lequel fut placé

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(a) V. 55. — (Bb) V. 60. — (c) Diod., I. 4, p: 284, c. 170; ibid. 285. — (d) Philostrat. Icon. Arg., p. 856.1— (e) Apollon, 1. 3, v. 242, 245. — (f) Nonnus Dionys., 1. 38, v. 434.

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