LIVRE JII, CHAPITRE V
Phaëton, frère des Héliades, fils lui-même du soleil, et connu par sa chute dans: l'Éridan. Ainsi la filiation d’Absyrthe, frère de Médée ou du’ cocher d’Æëtés, nous ramène à Îa famille du soleil, qui eut deux fils, Persée et Æéëtès [145], dont l’un commandait à la Tauride , et l’autre à la Colchide. C’est ce dernier (a) qui avait en son pouvoir le fameux bélier de Phryxus, placé dans le ciel sous les pieds de Persée, et sur ceux du cocher d'Æëtès. En effet, voici ce que disent les anciens, qui ont parlé du bélier céleste : « Neptune déguisé en bélier coucha avec Théophane, m étamorphosée aussi en brebis, et en eut un bélier à toison d’or, qui porta Phryxus en Colchide. » Æëtès en consacra la toison dans le temple de Mars, c’est-à-dire du Dieu qui a son domicile dans le signe céleste du bélier; et c’est cette toison dont Jason fit la conquête (b). Il est donc clair, que la toison dont Jason fit la conquête est celle du bélier qui porta Phryxus et Heilé. Or, ce bélier est celui de nos constellations ; car tous les auteurs anciens s'accordent à le dire.
Ovide, dans ses fastes (c), en parlant de l'équinoxe de printemps, le fixe quatre jours après l'entrée du soleil au signe du bélier, qu’il dit avoir porté Phryxus et Hell, et avoir été placé ensuite au ciel , tandis que sa toison d'or enrichissait les temples de la Colchide. C'est donc là le véritable bélier, qu’Æëtès ou que le fils du soleil, qui a son exaltation dans ce signe, avait en son pouvoir, et dont le jeune Jason devait conquérir la riche toison.
RL np et RE ae LE a A SU (a) Diod., 1. 4, c. 153, p. 288. — (à) Hygin, fab. 168. — (ce) Ovid. Fast., 1.3, v. 832.
Eratosthène (a) appelle ce signe le bélier immortel, fils de Néphélé, lequel porta Hellè et Phryxus, et dont la toison était d’or. Théon en dit autant après lui, et il le nomme le bélier d’Æëtès (b). Hygin (c), Germanicus (d), Manilius (e), Columelle ( f) confirment cette mème tradition | 146] mythologique, qui place au signe céleste du bélier le fameux bélier à toison d’or, qui porta Hellé et Phryxus, et qui, ayant passé en Colchide, tomba à la puissance d’Æëtès : celui-ci suspendit dans le temple sa riche toison, dont Jason et les Argonautes firent dans la suite la conquête. Aïnsi il ne reste aucun doute sur ce rapport établi, depuis la plus haute antiquité , entre le bélier astronomique et le bélier du poëme des Argonautes. Voilà donc un point donné, qui ne nous permet plus de chercher ailleurs que dans les cieux l'objet de cette entreprise allégorique de Jason, et qui place aux champs de l’Olympe le lieu de la scène , où doivent figurer les acteurs de cette grande fable.
Quel que soit Aïetès ou Æëtès, possesseur de cette riche toison , il est certain, qu'il ne peut être éloigné des mèmes limites équinoxiales, puisqu'on y trouve 4Bsyrthe, son cocher suivant les uns, et son fils suivant d’autres. Ceux qui aiment les étymologies pourront trouver assez de ressemblance entre Aïetès, nom de ce prince, et Aiot, nom de la chèvre [147] que porte le cocher, fille du soleil, comme Æietès, et qui brille aux cieux à côté de Persée, dont le nom paraît Ie même que celui de Persée , frère d’Æëtès. Ce cocher fut lié par sa position ,
(a) Eratosth., c. 19. — (b) Theon, p. 129. — (c) Hygin, 1. 2, c. 21. — (d) German., €. 18. — (e) Manil., L 1, v. 265. — (f) Columelle, LOS VAT.