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rivent sur les bords de l’Achéron (a) ou sur le fleuve des enfers, que la petite barque de Caron seule traverse lorsqu'elle passe les ames dans la tranquille contrée qu’habitent les songes.
Ici le pilote exhorte les Argonautes à fournir ce dernier travail (b); c'est-à-dire que le soleil arrive à la ligne qui sépare l'empire de la lumière de celui des ténèbres, ou au voisinage de l’équinoxe d'automne, lieu auquel on plaçait Le Styx (c) , fleuve des enfers , et époque du temps à laquelle on célébrait la descente des ames aux enfers, comme nous le ferons voir plus au long dans notre traité des mystères. Le vaisseau Argo, par une fiction ou prosopopée hardie du poëte , prend ici la parole (d), et se plaint qu'on le force de porter Médée teinte du sang d’Absyrthe (e). Ce reproche ne semble placé ici que parce qu'il fallait être purifié pour descendre aux enfers , et que Médée était coupable du meurtre de son frère. Ceci offre donc une allusion marquée aux cérémonies mystérieuses de Cérès et de Proserpine , qui se célébraient à l’équinoxe d'automne. Cet avertissement que donne à Jason son propre vaisseau l'embarrasse, et met les jours de Médée en péril de la part des Argonautes (f ) qui craignent d'attirer sur eux la colère du ciel irrité contre les crimes de Médée ; mais Jason Îles calme (g). Enfin le vaisseau continue sa route, et arrive dans l’île Peucè (2) ou des sapins, consacrée à Cérès. [ei l’auteur raconte les courses de cette Déesse et l'enlèvement de Proserpine sa fille (i) par Pluton, Dieu des enfers ou du
(a) V. 1140. — (Bb) V. 2145. — (c) Jul. Fir. Astron., L 8, c. 12. — (d) Argonautic., v. 1155. — (e) V. 1160. — (f) V. 1170. — (8) V. 175. — (h) V. 1107. — (à) V. 190.
LIVRE int, CHAPITRE V. 483 soleil des signes inférieurs , qui prend ses attributs du serpent d'automne , placé au point du ciel où nous a con- .duits Îe poëte dans le retour de Jason.
On arrive près de l’île de Circé (a), fille du soleil et de la pleïade Astérope. Circé se présente à eux toute rayonnante ét avec tout l'éclat brillant qui environne les Dieux (b). Quelques auteurs (c) font Circé sœur de Médée et fille d’Aëtès [156]. Elle aperçoit Médée qui rougit et se cache, et ellelui reproche son crime (d). Elle ne consent à la recevoir qu'autant qu'elle aura été se faire purifier (e). Cependant elle leur donne des rafraichissemens. Les Argonautes continuent leur route jusqu'aux Colonnes d'Hercule CF Îls passent à la vue des côtes de Sardaigne (g) et de celles que baigne la mer de Toscane, ainsi que la Sicile. ls voient les terribles explosions de l’Ætna (h), les gouffres de Charibde, qui peuvent les engloutr (i). |
Ils passent près des lieux qu'habitent les Syrènes enchanteresses, où ils courent risque d’être victimes de la séduction de leurs chants perfides. Orphée seul les sauve en imposant silence aux Syrènes par son harmonie victorieuse qui fait oublier aux Argonautes les accens séducteurs de la voix des Syrènes (j).
Après avoir sun te aux dangers de ce naufrage M. navire AÂrgo arrive à Corfou , chez les Phéaciens None la cour d'Alcinoüs. A peine ont-ils abordé dans cette île : qu'ils y voient arriver des vaisseaux du roi Aëtés » qui viennent redemander Médée (7) pour qu’elle soit punie
(a) V. 1204. — (b) V. 1215. — (c) Diod., L 4, c. 173, p. 289. — (d) Argonautic., p. 1224. —(e) V, 1230, — (f) V. 1240. — (g) V. 1245. — (R) V. 1200. — (Gi) V. 1270. — (5) V. 1285. — (4) V. 1200, — (E) V. 1300.
du meurtre de son frère Absyrthe. Médée pälit , chancelle. Aretè ou la vertu, épouse d’Alcinoüs , engage son époux à ne pas la rendre et à la sauver. Alcinoüs persiste à vouloir la renvoyer. Maïs son épouse lui fait sentir (a) combien il est dangereux de rompre les liens d’un hymen tel que celui que Médée à contracté avec Jason ; et elle ne peut consentir à ce que cette séparation aît lieu, que dans le cas où Médée serait encore vierge (b). Junon fait part à Médée des entretiens d’Alcinoüs et de son épouse, et des conditions qu'on attache à son retour. Médée aussitôt prépare la couche nuptiale où brille la riche toison (c), et fait le sacrifice de la première fleur de sa virginité (d); elle gagne sa cause au tribunal du roi Alcinoüs , en prouvant qu'elle est dans les termes de la loi, d’après laquelle on doit prononcer entre elle et les geus envoyés par son père.
Médée est donc donnée à Jason. Ils partent ensemble (e); et après avoir été purifiés par Orphée au cap Malée , suivant les avis de Circé, ils arrivent à Iolcos, patrie de Jason (f), et Orphée regagne la Thrace et les lieux où il était né (g). Ici finit sa narration, et le poëme des Argonautes qui lui est attribué.
Ces dernières circonstances sur la purification de Médée par Orphée annoncent que le poëme a des rapports assez directs avec l'initiation et avec les mystères établis par Orphée, et dont la célébration avait lieu aux deux équinoxes ; mystères dans lesquels le serpentaire , soit Esculape, soit Pluton, jouait un grand rôle: ce qui confirme ce que dit Orphée, au commencement du
(a) V. 1315. — (b) V. 1322. — (ce) V. 1330. — (d) V. 1335. — (e) V. 1340. — (f) V. 1360. — (g) V. 1373.
. “De
LIVRE Il, CHAPITRE V. 485 poëme , qu'il va s'affranchir des liens du corps, et chan ier des choses nouvelles et inconnues » en se lransportant aux régions éthérées (a). Ces secrets sont dans la conquête du bélier, comme ceux de l'initiation apocalyptique des Chrétiens sont l’entrée dans l'empire de l’agnean chef de la ville sainte.
Le récit de Diodore (b) difière en quelques circonstances , mais peu essentielles, de celui du poëte auquel on attribue les Argonautiques d'Orphée.
À la suite de l’histoire d’'Hercule , Diodore raconte la fable solaire des Argonautes, qui a pour objet l’année dont le commencement est, non an lion, comme dans la fable d'Hercule , mais au taureau, alors signe de l’équinoxe de printemps, au lever héliaque du bélier céleste, et au lever du soir du serpentaire appelé Jason en astronomie. C'est une révolution ou période sctaire de la nature de celle qui fait l’objet du poëme smivant intitulé {es Dionysiaques. :
Jason était fils d'Éson , et neveu de Pélias roi de Thessalie. Distingué entre tous ceux de son âge par les forces du corps et par Îles talens brillans de l'esprit, il cherchaït à se signaler par quelque action digne de mémoire. Sachant que Persée, avant lui, et plusieurs autres héros s'étaient couverts d'une gloire immortelle par leurs expéditions dans des contrées éloignées, il résolut de marcher sur leurs glorieuses traces (c). Avant fait part au roi de son projet; il obtint aïsément son conseniement; non pas qu'il s'intéressât à la gloire du jeune héros, mais parce quil se flattait qu'il périrait dans les dangers auxquels il s'exposerait dans cette entreprise.
(a) V. 48, — (b) Diod,, L 4, c. 4o, p. 22. — (c) Ibid., p. 285.
IL craignait, comme il n'avait point d'enfant mâle, que son frère, secondé de son fils, ne lui ravit le sceptre. Cachant néanmoins ses soupçons et ses craintes, il lus offre l'argent nécessaire pour cette expédition, et l’exhorte à équiper une flotte pour se rendre en Colchide, et y enlever la toison d’or de ce bélier si fameux par tout l’'Univers. Le Pont était alors habité par des nations barbares et féroces, qui égorgeaient les étrangers ; ce qui lui fit donner le nom d'inhospitalier. Jason , jaloux d'acquérir de la gloire, quoiqu'un peu étonné par la difficulté de l’entreprise , ne la crut pas absolument impossible ; maïs, se flattant de se couvrir d’une gloire immortelle par cette conquête, il fait tous les préparatifs nécessaires pour cette expédition.
Il coustruisit d'abord au pied du mont Pélion (a) un vaisseau beaucoup plus grand et mieux équipé qu'aucun de ceux qui avaient encore paru en mer, parce que les hommes jusqu'alors ne s'étaient encore servis que de lé- gers esquifs et de canots: La vue de ce superbe vaisseau atüra l'admiration. de tout le monde. Le bruit de cette expédition se répandit dans toute la Grèce, et fit naître l'envie à une foule de jeunes princes distingués de pariager la gloire de cette conquête. Jason ayant mis son vaisseau en mer, et l’ayant pourvu de toutes les choses nécessaires, choisit, dans cette troupe de jeunes gens qui ambitionnaient la gloire de cette entreprise, tout ce qu'il y avait de braves et de plus distingués, au nombre de cinquante-quatre. Les plus illustres d’entre eux furent Castor et Pollux, Hercule et Félamon , Orphée et Ata-
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(a) Diod. , L 4, c. 41.