LIVRE IN, CHAPITRE V. AST
lante, fille de Schœnée , les fils de Thespies, et enfin le chef et l’auteur du projet. On donne au vaisseau Île nom d’Æreo, du nom du constructeur appelé Æ#rgo, qui s’'embarqua aussi avec les autres afin de réparer le vaisseau dans le besoin. D’autres, au contraire, disent qu’on l’appelle Ærgo , de l'excès de sa vitesse, parce que, dans la langue ancienne , Ærgos signifie prompt ou agile. Les chefs s'étaient réunis d’abord pour nommer Hercule général : son grand courage lui avait mérité cette préférence. |
Partis d’Iolcos (a), ils côtoyent le mont Athos et Samothrace. Une tempête les jette près du cap Sigée en Troade , où étant débarqués , ils trouvent une jeune fille liée sur le rivage par la raison que voici. Neptune, après avoir travaillé à la construction de Troie , sans avoir pu tirer de salaire de Laomédon, irrité contre ce parjure , envoya un monstre marin dans le pays. Le monstre dévorait tous ceux qui se promenaient sur le rivage, et qui habitaient la côte ; il ravageait les moissons, lorsqu’enfin les peuples, alarmés de ce fléau, s'adressent au roi pour obtenir du soulagement à ieurs maux. Le roi envoya consulter l’oracle d'Apollon , qui répondit que c était l'effet de la colère de Neptune; et qu'il n'y avait d'autre remède à leurs maux que d'exposer au monstre pour être dévoré celui de leurs enfans que le sort marquerait. Tous donc ayant été soumis à la décision du sort, le nom qui sortit fut celui d'ÂAésione, fille de Laomédon. Laomédon, contraint d’obéir au sort , livre sa fille
au peuple, et la.fait attacher sur le rivage où 1l l'expose.
Mais Hercule, que le hasard avait conduit dans ces ieux où il avait débarqué avec Îles autres Argonautes, instruit de l'aventure decette fille malheureuse , briseses liens , et étantentré dans la ville , il s’engagé à tuer le monstre. Laomédon, charmé de cette offre, lui propose en récompense, de lui donner ses chevaux invincibles. Hercule tue le monstre Kétos, et laisse la liberté à la jeune fille, ou de suivre éon libérateur ou de rester avec ses parens. Celle-ci préfère de suivre cet étranger , non-seulement par reconnaissance pour son bienfaiteur, mais encore pour n être point de nouveauexposée à quelques autres monsires par ses concitoyens. Hercule , ayant été comblé des présénsles plus honorables ,ttels qu'ils étaient dus à un pareïl héros, laissa à Laomédon en dépôt la jeune Hésione et ses chevaux , sous la condition qu'ils lui seraient rendus à son retour de l'expédition de Colchide. Ji continue sa route avec les autres Argonautes.
Ayant été battus. d’une violente tempête (a), Orphée 4 qui de tous les Argonautes était le seulinitié, fit des vœux aux Dieux de Samothrace pour obtenir le salut de l’armée. Les vents s'apaisent, et deux étoiles ayant paru briller sur la tête des deux Dioscures , étonnèrent tous les spectateurs, et furent pour eux un gage dela proiecüon des Dieux qui venaient d’écarter le danger. Depuis ce temps, l'usage s’est perpétué chez la postérité d'invoquer dans la tempête les Dieux de Samothrace ; et lorsqu'ils voient apparaître les deux étoiles , d'attribuer cette apparition à la présence de Castor et Pollux. La tempête apaisée, ils débarquent dans une contrée de la
(a) NOM NE" 43 , p.287,
LIVRE 111, CHAPITRE V. 48G Thrace soumise à Phinée, où ils trouvent deux jeunes gens qui, par punition , avaient été enfouis en terre, après. avoir élé déchirés de coups de verges. C'étaient les fils de Phinée qu'il avait eus de Cléopâtre , fille d'Orythie , fille d'Érecthée et de Borée. Mais les fausses accusations de leur impudente marâtre avaient forcé le père à sévir ainsi contre eux. Phinée ayant épousé Idéa fille de Dardanus , roi de Scythie, suivait aveuglément les caprices de cette femme dont il était éperdument amoureux. Elle lui avait persuadé que ces jeunes gens , pour plaire à leur mère, avaient voulu outrager leur belle-mère. À l'arrivée inattendue d'Hercule et de ses compagnons dans ce pays, ces jeunes infortunés les invoquèrent comme des Dienx tutélaires ; et après avoir exposé le motif injuste de leur supplice, ils les conjurèrent de les délivrer.
. Phinée les reçoit (a) assez durement , et leur défend de se mêler d’une affaire qui ne les regarde point: ajoutant que jamais père nese portait de lui-même à traiter avec une telle rigueur ses enfans , si l'énormité de leurs for: faits n’étouflait en lui la voix de la nature. Il y avait sur le vaisseau , parmi les Argonautes, les fils de Borée, frère de Cléopâtre, à qui les liens du sang font aussitôt prendre les armes pour défendre ces jeunes infortunés ; et ayant brisé leurs fers, ils massacrent tous les barbares qui veulent leur résister. Phinée, à la iète des Thraces , s'étant présenté pour les combattre, Fercule tue Phinée, et un grand nombre de ses soldats. [l se rend maître du palais, délivre de sa prison Cléopâtre , et met
(4) Diod., c: 44:
les fils de Phinée en possession du trône de leur père (a). La marûtre est renvoyée à son pére qui la punit de mort. Je n'ignore pas, ajoute Diodore, que quelques mythologues ont dit que Phinée avait fait crever les veux à son fils ; que Borée lui avait infligé, à son tour, à luimême un pareil supplice , et qu'Hercule étant descendu en Asie pour faire de l’eau , avait été laissé là par les auires Argonautes. Cela vient que, dans les fables anciennes, on ne trouve aucune uniformité dans les récits, aucun accord dans les écrivains. On dit aussi que les fils de Phinée , ayant laissé Le sceptre à leur mère , s’embarquèrent avec Îles autres Argonautes. Ils passèrent de Thrace dans le Pont, et ahbordèrent à la Chersonèse taurique, ignorant quelle était la férocité des habitans , qui étaient dans l’usage d’immoler sur l’autel de Diane les étrangers qui y abordaïent. C'était là qu'Fphigénie, devenue prètresse de la Déesse , immolait tous les malheureux prisonniers.
Diodore fait ici une digression (b) sur l’origine de cette coutume barbare; digression qui est liée à l’his-
toire des Argonautes, par un certain côté. On dit que
va
Je soleil eut deux fils, Aëtès et Persée, dont l’un régna |
sur la Colchide, l’autre sur la Tauride; et tous deux! # , . 7 e | fameux par leur cruauté. De Persée naquit Hécate, qui
surpassa son père en férocité et en barbarie. La passion.
qu'elle avait pour la chasse faisait que souvent, lors--
qu’elle ne trouvait point de bête fauve à chasser, elle: percait les hommes de ses traits. Habile dans l’art d'ap-prêter les poisons ; elle trouva l'usage de la ciguë. Elle:
{a) Diod , p. 288. — (b) Ibid., c. 45.