LIVRE Ill, CHAPITRE V. A
de Samothrace, les vents se calment , et Glaucus, Dieu marin, paraît près de leur vaisseau ; il accompagne pendant deux jours le vaisseau, et prédit à Hercule l'immortalité pour récompense de ses travaux héroïques. 11 prédit aussi aux fils de Tyndare, qu'ils seront appelés Dioscures ou fils de Jupiter, et qu'ils obtiendront les mêmes honneurs que les Dieux, chez tous les mortels. Ayant apostrophé les Argonautes, il leur dit que c’est en; core par le vœu d'Orphée qu'il leur apparait, et il leur dévoile les secreis de l’avenir. Il finit par leur conseiller de s'acquitter de leurs vœux à l'égard des Dieux, qui les ont sauvés deux fois, dès qu'ils auront abordé à terre.
Il dit, et se replonge au sein des flots (a). Les Argonautes arrivent à l'entrée du Pont-Euxin, où régnait Byzas, qui bâtit une ville qui a conservé le nom de Byzance. Ils y posent un autel et s’acquittent de leurs vœux, et consacrent cet endroit, respecté encore aujourd'hui des matelots qui voyagent dans ces parages. Après avoir passé la Propontide et l'Hellespont, ils abordent en Troade. Là Hercule envoie Iphitus, son frère , et Télamon , redemander Hésione et ses chevaux. Laomédon refuse, emprisonne les députés, et médite secrètement la perte des Argonautes. Priam est le seul de ses fils qui s'y oppose, voulant qu'en respecte les droits de l’hospitalité, et que l’on rende Hésione et les chevaux promis. Son avis n'ayant point été reçu, il donna secrètement deux épées à Télamon et à Iphitus, à qui il fit part du dessein de son père. Ceux-ci égorgent les gardes, regagnent la mer, et informent leurs com-
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(a) Diod., c. 49, p. 291. |
pagnons des desseins de Laomédon contre eux. Les braves Argonautes marchent contre le roi perfide et. contre ses Troyens ; et après un combat opimitre, ils.en triomphent; Hercule fait surtout des prodiges de valeur. Il iue de sa main Laomédon ; prend d'emblée la ville, sévit contre les complices du forfait de Laomédon, re-. met le sceptre aux mains de Priam, pour récompenser son équité ; et ayant fait un traité avec lui, il se rembarque avec les Argonauies, qui font voile vers Samothrace. Là ils s’'acquittent derechef des vœux faits aux Dieux, et déposent dans le temple des fioles qu’on y voit encore aujourd hui.
Le retour des héros était encore ignoré en Grèce (a) : le bruit s'était mème répandu en Fhessalie, que Jason : avec ses compagnons avait péri aux environs du Pont. Pélias, croyant que le temps était venu de se défaire de | tous ceux qui pouvaient aspirer à l’empire, force le père de Jason de boire du sang d'un, taureau, et tue Promachus son frère , encore jeune enfant. Comme il songeait aussi à faire périr Amphinomé sa mère , elle se sauva près de l'autel des pénates du roi, et là, s’armant d’une épée, elle finit elle-même ses jours par un trépas héroïque. Ainsi périt toute la famille de Jason ; mais bientôt le tyran fut puni. Ayant débarqué secrètement dans un port de Thessalie, voisin de la ville, et ayant appris le désastre des siens , Jason s'avance avec sa troupe pour les venger, et punir à quelque prix que ce soit Pélias, Les uns sont d'avis de surprendre Je tyran; les autres craignent, étant en si pelit nombre, de l’attaquer, et veulent attendre des secours pour lni faire une guerre
(a) Diod., c. bo, p. 293.
LIVRE INT, CHAPITRE V. 497 commune. Dans cette incertitude, Médée leur offre son secours , s'engage à faire périr Pélias par artifice, et à livrer le palais entre leurs mains ; elle leur promet d’employer pour cela l’art des enchantemens , qu'elle a appris de sa mère Hécate et de sa sœur Circé : elle les avertit de se tenir prêts aux signaux qu'elle leur donnera.
Elle fait faire une statue creuse de Diane (a), qu’elle remplit de drogues de toute espèce ; elle prend elle-même la forme d’une vieille magicienne ; et portant la statue arrangée d'une manière propre à réveiller la superstition, elle entre dans la ville dès le point du jour. Le peuple s’attroupe en foule autour d'elle, comme si elle eût été inspirée; elle les exhorte à recevoir religieusement la Déesse qui des pays hyperboréens venait les visiter. Ayant rempli la ville d’un respect supersütieux, elle pénètre jusqu'au palais.
Elle inspire à Pélias et à ses filles les mêmes idées superstitieuses, et leur fait croire que la Déesse va répandre ses bénédictions sur le palais. Elle publiait que Diane, portée sur un char traîne par des dragons, avait parcouru diverses contrées, et qu’enfin elle venait établir pour toujours son culte dans les États du prince le plus religieux; elle ajoutait que la Déesse lui avait enjoint d'employer certains médicamens pour faire disparaître la vieillesse de Pélias , et lui rendre les forces et la fraicheur de la jeunesse, et enfin de lui procurer une foule d’autres biens qui pussent lui rendre la vie heu reuse , et agréable aux Dieux. Le roi parut surpris d’une
(a) Diod., ce. 5r, p. 294.