‹ Origine de tous les cultes, ou religion universelleChapitre 200 sur 240 · TOME I · texte numérisé non relu

TOME I

promesse aussi étrange ; mais Médée , pour le persuader, s'engage à en faire essai sur son propre corps. Elle charge une des filles de Pélias de lui apporter de l’eau pure ; eile s’'enferme dans un appartement, se lave et reparaît avec toutes les gräces de la jeunesse ; ce qui étonna tout le monde. Ensuite, par ses enchantemens, elle présente aux yeux des spectateurs des fantômes de dragons, qu'elle disait avoir été attelés au char de la Déesse, et qui l’avaient ramenée des contrées hyperboréennes. Pélias lui donne toute sa confiance ; dans ses entretiens particuliers avee ce prince, elle lui demande que ses filles Jui prêtent leur ministère, et fassent ce qu’elle leur commandera : ce qui fut exécuté.

Pendant une nuit obscure (a) où Pélias était enseveli dans le sommeil , elle ordonne à ses filles de le mettre bouillir dans une chaudière. Quoique les filles fussent disposées à obéir, cependant, pour les déterminer , elle fait une expérience devant elles. Il y avait dans les étables un vieux bélier; elle leur dit qu’elle va le faire

cuire, et qu'il reparaîtra bientôt jeune agneau. En con-

Li elle le fait couper par morceaux, le fait cuire

, par son art magique, elle fait paraître un jeune agneau qui sort de la chaudière. Les filles, persuadées par cet exemple , font expirer sous leurs coups le vieux Pélias, à l'exception de la seule Ælceste qui n'osa, par respect pour son père, porter les mains sur fui. Cela étant fait, Médée ne met pas aussitôt dans sa chaudière les morceaux du corps de Pélias ; mais elle suppose qu'il

est besoin qu’elle adresse auparavant des prières à la

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(a) Diod., c. 52, p. 291.

LIVRE II, CHAPITRE... 499 lune. En conséquence, elle conduit les jeunes filles sur le sommet du palais, en leur faisant tenir des flambeaux. Pendant ce temps-là, elle profère longuement une formule de prières afin de donner le temps aux Arsonautes, que la lumière des flambeaux averUssait, d'arriver à Ja ville : ce qu'ils font. Ils massacrent les gardes et forcent le palais. A peine les filles de Pélias étaient descendües pour faire cuire leur vieux père, que Jason, à là tête d'une troupe de héros, se montre à elles au milieu du palais. Cette vue les consterne. Dans leur désespoir , elles allaient s'ôter la vie, si Jason ne les eût rassurées et n'eût cherché à les consoler en rejetant cet événement sur leur erreur, et non pas sur leur faute.

Jason assemble le penple (a), et justifie sa conduite qu'il met en parallèle avec la craauté dont Pélias avait usé contre sa famille. Il remet le sceptre de Pélias entre les mains d’Acaste son fils, déclare qu'il prendra soin des filles ; et en effet , il les marie au< plus distingués de ses compagnons. Alcesie l’aînée épousa Admète voi de Thessalie; :Évadné , Coœnée roi: de Phocide > tils de

Céphale, et. Amphinomé épousa Andnemon: frère de Léonte. Étant parti de fà pour se rendre dans le Péloponése, près de Fisthme, Jason fit an sacrifice à Neptune et consacra à ce Dieu le navire Argo. Ayant obtenu la faveur de Créon roi de Corynthe ; il acquit le droit de bourgeoisie, et se fixa dans cette ville: Comine les au tres Argonautes se disposaient à retourner chacun dans leur. pays, Hercule auparavant leur fit promettre par serment de se prêter les uns aux autres un niutuel seu

nnes

(a): Diod., e. 53, p. 206::

éours en eas de besoin , et de choisir un endroit fameux dans la Grèce pour y célébrer des jeux et y tenir une assemblée générale en honneur de Jupiter olympien , le plus grand des Dieux. Le lieu que choisit Hercule fut les champs Éléens , sur le bord de l’Alphée ; il consacra cet endroit à Jupiter, le plus grand des Dieux , etil li donna le nom d'Olympie. Il y établit des courses de chevaux et des combats gymniques (a). L'établissement des jeux olympiques mit le comble à la gloire dont Hercule s'était couvert dans cette expédition ; ; ce qui lui attira l'amitié des Grecs qui vinrent en foule se ranger sous ses drapeaux. Il forma une puissante armée, à la tête ae laquelle il parcourut l'Univers en conquérant uüle à l'humanité; quoique plusieurs poëtes , amis du merveilleux , aient dit qu'Hercule seul et sans armes avait livré ces combats si fameux.

Jason, fixé à Corinthe (b), eut de son hymen avec Médée deux fils, Thessalus et Alcimène, etenfin un troi-

sième plus jeune, nommé Tisandre. Médée, pendant

dix années, jouit de la plus grande faveur auprès de son

époux; mais l’âge peu à peu lui ravissant une partie de ses grâces , Glaucè fille de Créon, jeune princesse à la fleur de l’âge , inspira de l'amour à Jason qui la rechercha en mariage: Le père approuvant cet hymen, le jour était déjà marqué pour la célébration, lorsque Jason propose à Médéele divorce ; non pas, disait-il, qu'il fût dégoûté d'elle, mais afin d’attacher la famille royale par de forts liens à ses enfans. Mais Médée, outrée de cet affront, se plaintet prend les Dieux à témoins des ser-

(a) Diod., p. 297. — (b) Ibïid., c. 54, p: 97.

LIVRE IiF, CHAPITRE V. Bot mens violés. Médée ayant eu ordre de partir, et ayant obtenu un jour seulement de délai (a), par la vertu d'herbes puissantes elle change sa figure, s’introduit dans le palais et y met le feu. La flamme porte partout le ravage , et Jason a bien de la peine à échapper. Mais Glaucè et Créon son père, environnés de feux, sont réduits en cendres. Quelques-uns rapportent que les fils de Médée avaient présenté à la nouvelle mariée des présens empoisonnés , et que, dès qu’elle les eut touchés, le feu dévora son corps et celui de son père qui était accouru à son secours. Après ce premier succès qu’eut sa vengeance, Médée ne cessa de poursuivre Jason ; et elle porta sa fureur jalouse et sa barbarie si loin, que voyant que Jason avait échappé au danger, elle le précipita dans la plus noire douleur en égorgeant les enfans qu’elle avait eus de lui. Un seul échappa à ses mains sanguinaires. Ayant enseveli leurs cadavres dans le temple de Junon , elle se sauva de Corinthe pendant la nuit, et elle se retira à Thèbes auprès d'Hercule qui, garant de la parole donnée à Médée en Colchide , avait promis d’être le vengeur de la foi violée.

Jason, succombant sous le poids de ses disgràces (b), s’ôta lui-même la vie. Les Corinthiens , eflrayés de ces scènes tragiques , surtout à cause de la sépulture des jeunes enfans , envoyèrent consulter l’oracle d’Apollon, pour savoir ce qu'ils avaient à faire. Le Dieu répondit qu'ils leur donnassent la sépulture dans le temple de Junon ; et leur décernassent à perpétuité le culte des héros : ce qu'exécutèrent les Corinthiens. Thessalus ,

échappé au carnage, fut élevé chez eux. Etant ensuite allé

{a) Diod., p. 298. — (b) Ibid, co. 35.

or]

Où | RELIGION UNIVERSELLE.

à Tolcos ; patrie de Jason , il-y trouva Acaste , fils de Pélias , récemment mort. Il revendiqua la succession au trône , en vertu des droits du sang , etdonna le nom de Thessaliens aux peuples de son obéissance.

Médée ayant trouvé Hercule à Thèbes; où , livré à ses fareurs , il venait de massacrer ses enfans , elle le guéfit. Mais comme ce héros était opprimé par la tyrannie d'Eurysthée , Médée, désespérant de ce secours, se réfugia à Athènes chez Egée, fils de Pandion , qu'elle épousa, et dont elle eut Médus, roi de Médie, que d'autres font fils de Méduse. On raconte aussi qu'elle fut citée en justice par Hippotas , fils de Créon, et qu'elle fut renvoyée absoute. Quelque temps après, Thésée étant revenu de Trézène à Athènes , la chassa de sa ville comme empoisonneuse. Egée la fit accompagner , et elle passa en Phénicie, et de là dans les contrées les plus reculées de l'Asie, où elle épousa un prince puissant, dont elle eut Médus, qui succéda aux États de son père , et qui, par sa bravouve , s’acquit une gloire immortelle , et donna son nom aux Mèdes.

Diodore reconnaît qu'il y a beaucoup de variantes dans l’histoire de Médée. Quelques-uns, pour faire leur cour aux ÂAthéniens , disent qu'elle retourna à Colchos, ayant emporté Médus son fils , qu'elle avait eu d'Egée. Que dans ce temps là Æëtès, chassé de ses États par Persée son frère, était remonté sur le trône par le secours de Médus , qui tua Persée ; que ce jeune prince, à la tête d’une armée , parcourut les contrées de l'Asie au-

delà du Pont, et s'empara d’un pays auquel il donna le nom de Médie (a).

{a) Diod., ce. 56, p. 300.

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