‹ Origine de tous les cultes, ou religion universelleChapitre 201 sur 240 · CT · texte numérisé non relu

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, LIVRE Ii, CHAPITRE V. 5o3 Plusieurs auteurs prétendent que les Argonautes, après la conquête de la toison , ayant su que l'entrée du Pont était fermée par les vaisseaux d’Æëtès , avaient entrepris un voyage hardi et digne de mémoire ; qu’ils avaient remonté le Fanaïs jusqu’à sa source, et qu'ayant transporté leur vaisseau pendant un assez long espace de chemin par terre, ils lavaient mis sur un autre fleuve, qui avait son embouchure dans l'Océan , et que, passant par le nord et gagnant le couchant , de manière à avoir le continent à leur gauche, ils étaient rentrés dans la Méditerranée par le détroit de Cadix. Ils en donnent pour preuve la vénération que les Celtes ont pour les Dioscures. | C'est mème une ancienne tradition chez eux , que cés Dieux étaient abordés dans leur pays , du côté de l'Océan, parce que , dans les pays voisins de l'Océan , on retrouve les noms des Dioscures et de plusieurs Argonautes ; ‘parce qu'enfin on trouve sur le continent , près de Cadix, des traces de leur retour. En effet, en passant près des côtes de Toscane, ils abordèrent à l’île d'Æthalie, et y creusèrent un port du nom d’.#rg0, nom qu'il conserve encore aujourd'hui. Il v à encore, à quatre-vingts stades de Rome , un port d'Etrurie, appelé le port de Télamon. Près de Formies en Italie était le port d’Aëtès , aujourd’hui le port de Cajète. On ajoute , que portés par la tempête sur les syrtes , ils avaient appris de Triton, roi de Libye, à connaître la nature de cette mer, et à en éviter les écueils. En conséquence, ils jui firent présent d'un trépied sur lequel étaient gravés d'anciens caractères, et qui existait il n'y à pas encore long-temps , chez les Hespérides. D’autres poëtes , que réfute Diodore , prétendaient que les Argonantes étaient

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entrés par l'embouchure du Danube , qu'ils avaient remonté jusqu'à sa source, et avaient passé de là dans un autre fleuve , par lequel ils étaient descendus dans la mer Adriatique , où le nom d’Absyrthe et des Argonautes est célèbre. Ici finit le récit de Diodore de Sicile.

On a dü remarquer , dans cette narration, qu'outre l'expédition des Argonautes , l’historien a rassemblé toutes les traditions épisodiques et dramatiques répandues en Grèce sur Jason et sur Médée. Il n’en est pas de même du poëme des Argonautiques , connu sous le nom d'Argonautiques d'Orphée, dont nous venons dé donner l'analyse. L'auteur de cet ouvrage n’a traité que la seule conquête de la toison d’or, avec le départ, le voyage et Le retour des Argonautes. Cet objet une fois rempli, le poëte abandonne Jason et Médée , à leur arrivée de Thessalie, et ne s'occupe plus des événemens qui ont suivi ce retour. Il y a dans le poëme une action unique ; savoir : la conquête de la toison d’or par Jason, aidé des secours de Médée , et la défaite du fameux dragon et des taureaux qui gardaient ce dépôt. Le voyage et le retour sont subordonnés à ce but principal , et leurs circonstances ne sont que les accessoires de l’action unique , la conquête de la toison d’or. Les circonstances varient dans les deux récits [157[]. Le retour des Argonautes , dans Diodore (a), se fait à peu près par la mème route qu'ils ont tenue pour aller. Ils ont parti d'Iolcos pour se rendre à Samothrace , de là dans la Troade, où Hercule délivre Hésione ; de là en Thrace , dans le pays où régnait Phinée ; puis ils font voile vers le Pont. C’est

(a) Diod:5tc; 151, 172, 193, p. 286, 287, 288.

LIVRE II, CHAPITRE V. 505 à peu près la même route qu'ils tiennent à leur retour ; comme on l’a vu. | Dans le récit d’Orphée , la route pour aller en Colchide est, à quelques détails près , la mème. Mais le retour est bien différent, puisqu'ils reviennent par le nord. De là ils passent dans l'Océan , puis ils reviennent dans la Méditerranée, etc. Des îles de Corfou et du Cap Malée, ils retournent à Iolcos. Ces différences viennent de ce que ce n'est point une histoire , mais un roman, où chacun a eu la liberté de tracer la route qu'il a voulu faire tenir au vaisseau qui porta Jason d’Iolcos en Colchide , et qui le ramena ensuite chez Pélias à Lolcos. Au reste, Diodore convient qu'il y avait bien des manières de conter ce fameux voyage, et qu'il existait de grandes discordances entre tous les récits qu’on faisait du voyage de Jason et des aventures de Médée, qui fournissaient le sujet de plusieurs pièces tragiques , et il convient que, dans toutes les anciennes fables (a), onne peut se flatter de trouver cette concordance , qui ramène ious les faits à l’unité simple, qui caractérise la vérité. Âinsi, dit-il, on ne doit pas s'étonner que souvent nous soyons en contradiction avec les récits de certains historiens et de certains poëtes. Il serait trop long et en même temps très-inutile , ajoute Diodore , de rapporter ici les différentes histoires qu'ont débitées sur Médée une foule d'écrivains. . Nous nous bornerons seulement à quelques variantes du récit de l'expédition des Argonautes. L'auteur parle ensuite d'un retour par

le nord et par l'Océan ., à peu près tel que celui qui est P > à peu F At €

ee

(4) Diod., F4, c. 108, p.2009:.c. 170, p.288.

décrit dans le poëme d'Orphée (a). Il suppose que Îles Argonautes , après avoir enlevé la toison , remontérent je Tanaïs jusqu’à sa source , et par le moyen d’un autre fleuve avaient été conduits dans l'Océan ou dans la mer du Nord , qu'ils avaient regagné le couchant ou l'Océan Atlantique , et étaient revenus ; par le détroit de Cadix, dans la mer Méditerranée. |

Il en apporte des preuves , tirées des dénominations

que gardent encore les lieux par où les Argonautes ont,

passé , et qui appartiennent aux noms, soit du vaisseau Ârgo , soit à ceux de plusieurs des héros de cette expédition. Il les fait mème toucher les syrtes de Libye, contre lesquels la tempête les porte, comme Virgile suppose que les Troyens y furent portés en sortant de Sicile (D).

D'autres auieurs ne leur faisaient pas prendre un si long détour, mais simplement remonter le Danube jusqu'à sa source, et de là se rendre dans la mer Adriatique , par une autre branche de ce fleuve.

Cette dernière marche est presque celle que leur trace Apollonius , qui d’ailleurs semble n'avoir fait en grande parüe qu'amplifier le poëme d'Orphée , à quelques circonstances près : telles que celles de la mort d’Absyrthe , ou du cocher céleste , tué par Jason, près des iles Elecirides et des bords de l’Eridan (c), circonstance qui prouve que la mort de Phaéton et celle d'Absyrthe sont une même fable reproduite sous des noms différens [158]. Du reste, Apollonius fait, comme Or-

phéc, voyager les Argonautes par les côtes de Toscane,

ed

(a) Diod., 1. 4, c. 180, P. 500. — (4) Ibid., c. 181, p. 300. — (ce) Apollon, I. 4, v. 290, 319, 470, Ho.

LIVRE III, CHAPITRE V. 5o7 par la Sicile, par les embouchures du P6, près des lieux, dit le poëte, où Phaéton fut foudroyé (a), et où pleurent les Héliades , dont les larmes se changent en ambre (). Ils passent aussi près des bouches du Rhône, et des côtes de Ligurie (c), par l'ile de Circé (d), dans l'ile des Phéaciens (e). Enfin Apollonius leur fait lever toute la carte dont Orphée, dans ses Argonautiques , avait tracé le plan pour le retour des Argonautes (f). I ajoute seulement une circonstance, c’est celle de la tempête dont sont accueillis près du Péloponèse les Argonautes, et,qui les pousse sur les sables de Libye (g), conformément à un des récits dont nous a parlé Diodore. Ce morceau forme un assez long épisode, qu'Apollonius ajoute au récit d’Orphée, pour rendre son poëme plus intéressant. Cette digression finie , le poëte nous montre les Argonautes qui gagnent la mer Carpathienne (4) et celle de Crète, où ils abordent (i). Hs passent au milieu des îles Sporades à Anaphè (j) ; puis côtoyant l’Attique, Aulis, l'Eubée et le pays des Locriens Opuntiens, ils touchent enfin Îles rives de Pagasse , d’où ils étaient partis (X).

On voit encore, dans ce poëme, une action unique ; savoir , l’expédition en Colchide et la conquète de la toison d’or, avec le départ et Île retour des Argonautes. Toutes les actions particulières, qui sont décrites dans ce poëme, y entrent comme moyens , et font autant de parties d'un tout, ou d’un poëme unique, qui résulie

de leur ensemble. Elles se confondent dans l'unité du

(a) V. 598. — (b) V. 605. — (c) V. 626. — (d) V. 647: e (f) V. 990. — (8) Ve ta35. —°(h) V- 1635. — (i) V. 1690. — (j) Viag66. — (À) V, 1580

sujet, et s'y trouvent attachées comme épisodes. Tout ce qui est arrivé à Jason et à Médée, depuis le retour des Argonautes à Iolcos où à Pagase, est absolument étranger aux deux poëmes grecs qui nous restent sous le nom d'Argonautiques. Nous avons donné une analyse détaillée du premier. Nous ÿ Joindrons celle du second, ou des Argonautiques d’'Apollonius de Rhodes [r59], qui imita Orphée, comme lui-même fut ensuite imité par Valérius Flaccus, poëte latin.

ARGONAUTIQUES.

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