‹ Origine de tous les cultes, ou religion universelleChapitre 203 sur 240 · LIVRE III, CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE V

Un oracle avait appris à Pélias [162] qu'il périrait de la main de l’homme qui se présenterait à lui un pied chaussé et l’autre nu (a) : ce qui arriva à Jason, lorsqu'il se rendit à l'invitation que lui fit Pélias d’assister à un sacrifice qu'il faisait à Neptune son père, et aux autres divinités (b) ; car en passant le fleuve Anurus, il perdit une de ses chaussures, qui resta dans le limon du fleuve (c). Aussitôt que Pélias l’apercut, il reconnut bientôt l'homme que lui avait signalé l’oracle, .et il lui proposa l’entreprise d’une navigation périlleuse, dont il espérait qu'il ne reviendrait jamais (d).

Apollonius supprime les détails de construction du fameux vaisseau dont Minerve donna le dessin et dont les anciens poëtes, dit-il, avaient déjà donné la description. Îl entre tout de suite dans l’énumération des noms des différens héros qui partirent avec Jason pour cette conquête et dans celle des mers et des régions que traversèrent les Argonautes. Il prie les muses de Le soutenir dans ce travail et de l’inspirer (e).

Il nomme, à la tète de tous les voyageurs, Orphée, fils de Calliope, chantre de Thrace [163], qui, par la force harmonieuse de ses chants, fit autrefois tant de prodiges ; qui suspendait le cours rapide des fleuves, et atürait à sa suite les arbres qui se mouvaient en cadence ( f). |

Ce fut le centaure Chiron qui conseilla à Jason de prendre pour son compagnon de voyage Orphée, dont les talens ne pouvaient manquer d’être pour lui d’un

grand secours , dans ses pénibles travaux (2).

(a) V.8, — (b) V. 13. — (ec) V. 10. — (d) V. 17. — (e) V. 92. Hygin fab. 14. Apollod,, 1. r, —(fj Apollod., v. 30. — (g) V. 33.

Il est bon de remarquer ici, que le centaure Chiron , qui avait été l'instituteur de Jason, comme il le fut d'Esculape, ou du serpentaire, lequel porte le double nom de Jason et d'Esculape, est placé sur la même ligne horizontale que le serpentaire Jason et que l’/ngéniculus, qui porte le nom d’Orphée; c’est-à-dire, qu'ils montent ensemble et ouvrent la marche de la nuit, qui précède le jour de l’équinoxe de printemps.

Après Orphée, le poëte nomme Astérion, fils de Cométès, né près des rives de l’Apidanus et de l'Énipée en Thessalie (a); puis Polyphème qui était venu de Larisse. Ce terrible fils d'Élaius avait dans sa jeunesse combattu dans la guerre des lapithes contre les centaures. Les années, qui avaient usé une partie de sa force, n’avaient point éteint l’ardeur bouillante de son courage (b).

On vit aussi arrivér Jphiclus, oncle de Jason, qui crut devoir aux liens du sang d'entrer dans cette périlleuse expédition (c). Admète, qui régnait à Phères, et dont Apollon garda les troupeaux, se joignit aux autres Argonautes. Après eux parurent les fils de Mercure, Eurytus et Échion, partis d’Alopè. Ils furent suivis du fils-d'Ætalus (d), et de Coronus fils de Cénée. Ce dernier égalait en bravoure son valeureux père qui avait péri dans la guerre contre les centaures (e). Le devin Mopsus, fils d’'Ampycus et de Chloris (f) ; Eurydamas, fils de Ctimenus ; Ménétius, fils d’Actor, Eurytion, et le robuste Éribotès , accompagnés du brave Oileus, voulurent aussi être-de cette expédition (g). Canthns vint d'Eubée, envoyé par Canéthus , fils d'Abas, mais sans

(ay. 38. — (D) V. 44. — (0) V. 48. — (4) V. 54. — (e) V, 6%, — (f) Pausan. Heliac. 1, p. 165. — (g) Apoll., v. 55

IAIVRE III, CHAPITRE V. brx #spoir de retour dans sa patrie: car le destin lavait réservé, ainsi que Mopsus, à périr en Afrique, et à trouver un tombeau dans des lieux aussi éloignés de la Colchide, que le levant est distant du couchant (a). Après eux vinrent Clytius et Iphitus, fils d'Eurytus et d’Antiope, rois d'OEchalie; et les deux fils d’Æaque, Pelée et Télamon (4). L’Attique envoya le belliqueux Butès, fils de T'éléon, et Phalerus , habile à manier la javeline (c). Quoique Alcon, père de ce dernier, n'eut d'autre soutien de sa vieillesse, que ce fils unique, il ne balança pas à s’en séparer , eLil voulut qu'il partageñt la gloire de cette expédition avec les autres héros (d). Parmi les chefs les plus distingués, on comptait le pilote même de ce vaisseau, ‘Tiphys, fils de Phorbas, suivant les uns, d’Agnéus, suivant d’autres, navigateur habile dans l’art de prédire les vents et les tempêtes (e); et Argus, fils d'Aresior, qui avait construit le vaisseau sous la direcüon de Minerve (f).

À leur suite parurent Phléias, fils de Bacchus et d’Ariadne, qui avait son palais près des sources de l’Asopus. On vit aussi arriver d’Argos Talaüs et Aréius, fils de Bias (g), et le brave Léodocus (2). Hercnle ne dédaigne pas d'associer sa gloire à celle du fils d'Eson, sans attendre l’ordre d'Eurysthée; il dépose le fameux sanglier d'Érymanthe, qu'il avait chargé sur ses épaules [164], et il s’empresse de s'embarquer , accompagné du jeune Hylas, qui portait son are et ses flèches (5). Après lui viennent Nauplius, issu du sang de Danaüs,

(ay V. 35. — (D) V. 90. — (c) V. 06. — (d) V. 100. — (e) V. 108, — (f) V. 119. — (g) Pansan. Corinth,, p. 50, 63. — (k) Apoll., v. 119, — (i) V. 122, 132,

ba RELIGION UNIVERSELLE.

par Âmymone sa mère, qui eut commerce avec Neptune; Îdmon l’Argien, fils d’Apollon et de Cyrène, d’autres disent d’Astérie, devin instruit dans l’art des augures : quoiqu'il sût le sort qui l’attendait , il ne voulut pas ternir sa gloire par le refus d'assister à cette glorieuse expédition (a). Sparte envoya les fameux fils de Léda , Castor et Pollux, l’un célèbre par sa force et son courage, l’autre par son habileté à manier les chevaux. Léda leur mère consentit d'autant plus volontiers à leur départ, qu'elle ne voyait rien dans cette entreprise qui ne füt digne des efforts de héros nés du sang de Jupiter (6). Lincée et le bouillant {das , fils d'Apharée, vinrent déployer leur grand courage, guidés par la confiance qu'ils avaient en leurs forces l’un et l’autre. Lyncée avait sur son frère et sur tous les autres hommes l'avantage d’avoir une vue extrêmement percante, et qui pénétrait à travers Ja terre (c). Périclyménus, l’aîné des fils de Nelée, s'achemina aussi à cette conquête. Ncptune lui avait donné la faculté de prendre dans les combats telle forme qu'il jugerait à propos , et d'immenses forces (d). Aphidamas et Céphée vinrent d’Arcadie. Ils étaient tous deux fils d'Aleus ; ils furent suivis d’Ancée, fils de Lycurge; il était remarquable par son armure. Üne peau d'ours du mont Ménale couvrait son corps (e) ; et il tenait à la main une hache redoutable. On y distinguait aussi Augias, fils du soleil, prince avide d’or, et qui désirait voir la Colchide et le prince qui régnait sur ces riches contrées (f).

Astérion et Amphion, fils d'Hyperasius, vinrent de

(a) V. 134, 139, 145. — (b) V. 146, 150. — (ec) V. 155. — (d) V. 156, 160.— (e) V. 165, 169, — (f) V. 155.

LIVRE If, CHAPITRE V. 51% Pellène en Achaïe, et après eux, Euphémus, fils de Neptune; connu par sa légèreté à la course. Il eût couru sur la surface des flots sans se mouiller les pieds (a). On vit aussi paraître deux autres fils de Neptune, Erginns et le fier Ancée, tous deux également habiles à combattre et à faire manœuvrer un vaisseau (b). Ils furent suivis du célèbre Méléagre, fils d'OEnée et de Laocoon son oncle. On comptait Méléagre pour un des premiers, après Hercule, pour le courage et la force héroïque (ce). Là étaient aussi Iphiclus, fils de Thestius . et Palémon, fils de Lernus, du sang de Vulcain (d).

On vit venir de Phocide, Iphitus fils de Naubolus, qui avait donné l'hospitalité à Jason, lorsqu'il alla consulter l’oracle d’Apollon, sur les moyens d'exécuter son. entreprise (2). Zethus et Calaïs, fils de Borée et d'Orythie , fille d'Érecthée , vinrent aussi. Fls passaient pour avoir des ailes à la tête et aux pieds; et leurs cheveux floitaient au gré des vents (f).

Le fils de Pélias Ini-mêème (9) s'indigna de rester oisif dans le palais de son père. Il voulut, ainsi qu'Argus, monter avec les autres le vaisseau qui devait porter en Colchide cette foule dé héros destinés à partager les dangers et la gloire de Jason, et que l'antiquité célébra dans la suite sous le nom de Minyens et d'Argonautes (h).

Après avoir fait l’énumération des principaux chefs de l'expédition de Jason, le poëte nous peint ces hardis

navigateurs qui se rendent an rivage, au milieu d’une

memes

(a) V: 16, 184. ES (b) V. 169. — (ce) \'a 197. — (d) V. 203. = Ge) V. 210. — (f) V.u1r, 219, 223. — (e) V, 225, et Hygin, fab. 24 = (h) Apoll., v. 231.

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