TOME NH
foule immense de peuple, qui forme des vœux au ciel pour le succès de leur voyage, et qui déjà présage la ruine d'Aëtès, s’il s’obstine à leur refuser la riche toison qu'ils vont chercher sur ces rives éloignées (a). Les femmes surtout versent des larmes à leur départ, et plaignent le vieil Éson et son épouse Alcimède, père et mère de Jason. Le poëte s'attache à nous peindre le tableau attendrissant de cette séparation, et la fermeté de Jason, qui cherche à consoler (b) les personnes qui lui sont chères, et surtout sa mère qui lui avait exprimé ses regrets et ses craintes dans un discours des plus touchans (c), en même temps qu'elle le serrait entre ses bras et l’arrosait de ses larmes. Les femmes de sa suite imitaient sa douleur , et les esclaves, chargés d'apporter les armes de son fils, gardaient un morne silence , et n’osaient lever les yeux (d).
Jason , toujours ferme dans sa résolution, rappelle à sa mère les espérances que lui a données l’oracle, et celles qu’il met dans la force et le courage des héros qui l’accompagnent. Il la prie de sécher ses larmes qui pourraient être prises pour un augure défavorable par ses guerriers. En achevant ces mots, il s'échappe à ses embrassemens(e), et on l’apercoit à travers la foule du peuple qui l'accompagne, tel qu'Apollon, lorsqu'il marche au milieu des chœurs sacrés de Délos , ou qu'il s'avance le long des rives du Xanthe en Lycie (f). La multitude fait retentir les airs de cris de joie, qui présagent d'avance ses succès. La vieille prêtresse de Diane conservatrice, Iphias, lui prend la main et la baise