CHANT TROISIÈME
Le poëte commence ce chant par une invocation à la muse qui préside aux fêtes de l'amour, ou à Érato. Il l'invite à raconter comment Jason vint à bout de s’emparer de cette riche toison, par les secours de Médée, fille d’Aëtès, qui devint amoureuse de lui (8). Tandis que les Argonautes restaient cachés à l'ombre des épais roseaux qui bordaient le fleuve, Junon et Minerve, dans les cieux, cherchaient à engager Vénus à s'unir à elles pour protéger le succès de l'expédition du fils d'Éson (ce). Le poëte nous fait la description de l’apparitement de Vénus, dans lequel entrent les deux Déesses: celle du trône sur lequel la mère de Cupidon était placée. Vénus, en les voyant arriver, se lève , leur offre un siége, et, souriant agréablement, elle leur fait quelques questions sur le but d’une démarche qui ne leur est pas ordinaire. Junon lui fait part de ses alarmes sur le sort de Jason, qu'elle protège contre la perfidie de Pélias qui l’a outragée elle-mème (d). Elle fait l'éloge du fils d'Eson dont elle n’a qu’à se louer pourles services qu’il lui a rendus au passage de l’Anurus. Elle s’était présentée à lui sous la forme
d’une vieille femme , et l’avait prié de lui aider à passer
(a) V. 1289. — (b) V. 5.-— (ce) V2 35. — (d) N. 65.
ce torrent. Jason, plein d'humanité, l'avait prise sur ses épaules, et l'avait passée ; depuis ce moment, ce héros a mérité son estime , et lui est devenu cher. Vénus touchée jui répond qu’elle est prête à faire tout ce que l’épousé du grand Jupiter exigera d’elle. Junon lui demiande de charger son fils d’inspirer à la fille d’Aëtès un violent amour pour Jason, parce que, si ce héros peut mettre la jeune princesse dans ses intérêts , il est sûr du succès de son expédition. Vénus répond aux Déesses qu’elles auront plus d'empire qu’elle sur l'esprit de son fils , et en même temps elle se plaint de son peu d’égard et de respect pour sa mère (a): Cependant elle leur promet de lui en parler et de l’engager, par ses caresses , à se prêter à leurs désirs. Les Déesses satisfaites se retirent, et Vénus aussitôt parcourt les vallons de l'Olympe pour chercher son fils. Elle le trouve dans un verger, qui s’amusait à jouer avec le jeune Ganymède , nouvellement placé aux cieux (b). Vénus le surprend, lui donne un baiser ; elle lui expose ses intentions, et lui fait des promesses séduisantes pour un enfant qui aime à jouer. Déjà le jeune Cupidon veut qu'on lui donne ce qu’on lt promet, et il brüle d’impatience de tenir le nouvel objet de son amusement; mais la Déesse ne veut y consentir qu'autant qu'il aura exécuté ses volontés, et percé de ses traits le cœur de la fille d’Aëtès. Le jeune enfant laisse les dés avec lesquels il jouait, prend son carquois qui réposait au pied d’un arbre ; et s’arme de son arc; il soft des portes de l'Olympe, quitte les cieux, traverse les airs et descend sur la terre (c).
LIVRE IN, CHAPITRE V. 559 Pendant ce temps-là, Jason harangue les Argonautes rangés sur leurs bancs et tranquilles dans leur vaisseau qui mouillait à l'entrée du fleuve. Il leur communique ses projets en même temps qu'il mvite chacun d’eux à lui faire part de leurs réflexions : il les invite à rester sur leur bord, tandis qu'il ira au palais d’Aëtès avec les fils de Phryxus et deux autres seulement de ses compagnons. Son projet est d'employer d’abord la voie de la douceur ét des sollicitations, pour obtenir de Lui a fa.. meuse toison (a). Ce ne sera qu'après un refus formel etobstiné, qu'on devra songer à employer la force ; mais avant cela ; on peut tenter avec quelque succès les voies de persuasion. L'accueil qu’il a fait autrefois à Phryxus chassé de son pays , et fuyant les persécutions de sa ma râtre, annonce assez qu'il respecte les droits sacrés de l’hospitalité envers les étrangers (b). Le discours de Ja: son est goûté, et ce héros, accompagné des fils dé Phryxus , de Félamon et d’Augée ; se met en marche, tenant en main un caducée. Îls traversent la prairie de Circé , plantée de saules, au sommet desquels sont suspendus des cadavres attachés à des chaînes. Car l'usage, encore aujourd’hui en Colchide , n’est pas de brûler les corps des hommes , ni de les enterrer ; mais ils les renferment dans des peaux de bœuf qu’ils suspendent aux arbres ; quant aux femmes , ils les entérrent (c). Fandis que Jason et ses compagnons s'avancent vers la ville d'Aëtès , Junon les enveloppe d’un nuage qui les dérobe à la vue de tous ceux qu’ils pouvaient rencontrer dans un pays aussi peuplé; Île nuage s’évanowit
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La
au moment où ils arriventau palais du roi. Le poëte nous peint l’étonnement des Argonautes , à la vue de cet édifice dont il nous fait la description. On y remarquait surtout quatre fontaines qu'avait ouvertes Vulcain ; l’une donnait du fait , l’autre du vin; de la troisième coulait une huile odoriférante , et de la quatrième de l’eau pure, qui était chaude au coucher des pleïades, et glaciale à leur lever. Vulcain y'avait placé des taureaux d’airain, qui soufilaient le feu de leurs larges narines ; il avait aussi forgé un soc de charrue du métal le plus dur, par reconnaissance pour le Dieu-soleil qui l'avait recu sur son char, lorsqu'il se trouva fatigué de combattre dans la guerre des géans (a). Le poëte continue de nous faire la description des cours , des portiques et des diverses galeries que le héros traverse ; il rous-peint entre autres deux tours très-élevées. Dans l’une habitait Aëtès avec son épouse , et dans: autre Absyrthe ; son fils, qu'il avait eu d’Asterodée , nymphe du Caucase ; les Colchidiens donnaient à ce jeune prince le nom de Phaëton à cause de son éclatante beauté (b).
Dansles autres appartemens logeaientChalciopé et Médée.sa sœur; celle-ci faisait les fonctions de prêtresse d'Hécate. Dès qu'elleaperçut les Argonautes, elle poussa un cri qui futentendudesasœur et des femmes qui servaientcette princesse; elles jettent toutes à terre leurs fnseaux et leurs travaux, et elles volent hors du palais. Chalciopé ; apercevant ses fils, lève de joie les mains vers le ciel. Ses fils se précipitent entre ses bras, et lui :prodiguent toutes les expressions de la plus vive tendresse. La mère