‹ Origine de tous les cultes, ou religion universelleChapitre 220 sur 240 · LIVRE III, CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE V

avant de lui confier son secret, elle lui fait jurer qu’elle le gardera fidèlement, et qu’elle fera tout ce qui dépendra d'elle pour la servir et protéger ses enfans. En disant ces mots, elle fond en larmes, et elle presse les genoux de sa sœur d’une manière suppliante. ei le poëte nous fait le tableau de la douleur mutuelle de ces deux princesses. Médée , élevant la voix, atteste tous les Dieux qu'elle est disposée à faire tout ce qu’elle exigera d’elle; elle en prend à témoins les grandes divinités de la Colchide, le ciel puissant et la terre mère des Dieux (a). Chalciopé alors se hasarde à lui parler de ces étrangers, et surtout de Jason à qui ses enfans prennent un vif intérêt. Elle lui avoue qu'Argus son fils est venu l’engager à solliciter près d'elle des secours pour eux, dans cette hardie entreprise. À ces mots, la joie pénètre le cœur de Médée; une modeste rougeur teint ses belles joues. Elle dit qu’elle consent à faire pour eux ce qu'exige d'elle une sœur à qui elle n’a rien à refuser, et qui a été pour elle, jusqu'à présent, moins une sœur qu'une tendre mère, puisqu’elie a pris soin de l’élever. Elle lui recommande seulement le secret, et elle lui annonce qu’elle fera porter , dès Îe point du jour, dans le temple d'Hécate, les drogues nécessaires pour assoupir les redoutables taureaux. Chalciopé sort pour annoncer à son fils les promesses de sa sœur, pendant que celle-ci, restée dans l’appartement toute seule , se livre aux réflexions et aux inquiétudes qui sont naturellement la suite du projet qu’elle a formé (b)

IL était déjà tard, et la nuit étendait son ombre épaisse

la) N. 915. — (8) V. 542.

Ltots RELIGION UNIVERSELLE.

sur la terre et sur la mer. Un silence profond régnait dans toute la Nature. Le cœur de Médée seul n’était pas sans agitation, et le sommeil n'avait pas fermé ses paupières ; son amour et ses sollicitudes pour Jason l’empêchaient de prendre du repos. Elle redoutait pour lui les affreux taureaux qu'il devait atteler à la charrue destinée à sillonner les champs de Mars. Ces craintes et ces agitations sont assez bien décrites par le poëte, qui emploie à peu près les mêmes comparaisons dont se sert Virgile pour peindre la perplexité, soit de Pidon, soit d’Énée. Il met dans la bouche de la jeune princesse “un discours qui nous retrace l'anxiété de son ame et les irrésolutions de son esprit (a). Elle porte sur ses genoux la préciense cassette qui contient des trésors magiques; elle la baigne de ses larmes, et fait les réflexions les plus tristes. Elle attend le retour de l'aurore, qui vient enfin chasser les ombres de la nuit. Argus cependant avait laissé ses frères pour attendre le succès des promesses de Médée, et était retourné au vaisseau (D).

Le jour avait reparu, et la jeune princesse, occupée des soins de sa toilette, avait oublié quelque temps les chagrins de la nuit et ceux qui la menacaient encore. Elle avait réparé le désordre de ses cheveux, elle avait parfumé son corps d’essences, et attaché un voi.e blanc sur sa tête. Elle donne ordre à ses femmes, qui étaient au nombre de douze, et toutes vierges, d'atteler les inules qui devaient conduire son char au temple d'Hécate (c).

Pendant ce temps-là , elle s'occupe de préparer les

Page 1