‹ Origine de tous les cultes, ou religion universelleChapitre 224 sur 240 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

576 RÉLICION UNIVERSÈLLE.

ce que fit Médée pour son amant , ét sa fuite loin de sa patrie , nous représente Aëtès dans son palais , tout occupé de nouveaux moyens de perdre les Argonautes (a). Il soupçonne ses filles d'intelligence, et Médée ne peut se dissimuler les soupçons de son père ;-elle en conçoit les plus vives alarmes que le poëte nous décrit. Elle allait même se porter aux dernières extrémités du désespoir. si Junon ne lui eût inspiré le dessein de fuir avec les fils de Phryxus (b). Cette idée releva son courage. Elle cache dans son sein les trésors de sa cassette magique qui renfermait ses herbes puissantes ; elle baïse son lit et les portes de son appartement ; elle détache une boucle de cheveux qu’elle y laisse pour servir de souvenir à sa mère; elle prononce un discours qui contient les adienx tristes qu'elle fait à sa mère, à sa sœur et à toute sa Maison ; elle verse en même temps des torrens de larmes ; puis elle s'échappe furtivement du palais, dont ses enchantéemens lui ouvrent les portes (ce). Elle était nu -picds; elle soutenait de la main gauche l'extrémité d’un léger voile qui siabaissait sur son front, ét de la main droite elle relevait le pan de sa robe. Médée traverse ainsi la ville d’un pied agile, en prenant des rues détournées ; elle est déjà hors des murs sans que les sentinelles l’aient aperçue. Elle dirige sa fuite vers le temple dont les routes lui étaient connues , et près desquelles elle avait été cueillir souvent des plantes qui croïssaient près des tombeaux. Son cœur battait dans la crainte d’être surprise. La lune, qui la voit, se rappelle ses amours avec Endymion, dont ceux de Médée pour Jason Jui re-

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(a) Apollon. L. 4, v. 2. —(b) V. 29. (c) V. #2.

LIVRE II, CHAPITRE Y. 579 tracent l’image. Le poëte met à cette occasion un discours dans la bouche de cette Déesse, qu'elle adresse à Médée (a) , tandis que celle-ci volait à travers la plaine dans. les bras de son amant. Elle dirige ses pas le long du rivage vers les feux qu’elle voit briller dans le camp des Argonautes. Sa voix se fait entendre au milieu des ombres

de la nuit : elle appelait Phrontis, le plus jeune des fils

de Phryxus , qui bientôt, ainsi que ses frères et que

Jason ; reconnurent la voix de la princesse : les autres Éropchoise restèrent surpris. Trois fois elle cria ; trois fois Phrontis lui répondit, Les Argonautes rament vers le bord du fleuve où déjà son amant s’est élancé pour la recevoir. Phrontis et Argus, les deux fils de Phryxus , y sautent aussi. Médée iembe à leurs genoux en leur criant : Amis, sauvez-Moi; sauvez-vous vons-mêmes : nous sommes perdus : tout est découvert. Embarquons-nous avant que le roi ait monté ses coursiers. Je vais vous livrer la toison , après avoir assoupi le terrible dragon qui la garde. Et toi Jason, sonviens-toi des sermens que tu m'as faits; et si je quitte ma patrie et mes parens , prends soin de ma réputation et de ma gloire, Tu me l'as promis , et les Dieux en sont témoins (b).

Ainsi parlait Médée d'un ton de douleur ; mais la joie, au contraire, pénétrait le cœur de Jason. I la relève , l'embrasse et la rassure. f atteste les Dieux, Jupiter et Junon, garans des sermens qu’il lui a faits, de la prendre pour son épouse dès qu'il sera retourné " sa patrie. En mème temps il lui prend la main en signe d'union (c). Médée leur conseille de faire avancer promptement leur

AN 65 (b) N.. OT (e) V. 100.

vaisseau près du boïs sacré qui recèle la riche toison, afin de l'enlever à la faveur des ombres de la nuit et à l'insu d’'Aëtès. Ce qu'elle dit est aussitôt exécuté. Elle monte à bord du vaisseau qui déjà s'éloigne de la rive. L'onde écume avec bruit sous le tranchant de la rame. Médée regarde encore la terre vers laquelle elle étend ses bras. Jason la console par ses discours et relève son courage. C'était cet instant de la nuit qui précède le retour de l'aurore , et dont profite le chasseur. Jason et Médée débarquent dans une prairie où reposa autrefois le bélier qui avait porté Phryxus en Colchide. Ils apercoivent l'autel qu'y avait élevé le fils d'Athamas, et sur lequel il immola ce bélier à Jupiter, par l’ordre de Mercure (a). Les deux amans s’avancèrent seuls dans la forêt, pour y chercher le hêtre sacré auquel était suspendue la toison. Au pied était un énorme serpent, qui déjà allongeait ses replis tortueux, et qui faisait retentir l'air d’horribles sifflemens. Icile poëte s'amuse à faire la descripüon du monstre, et de l’effroi qu'inspirent au loin les siflemens aigus qu'il fait entendre. La jeune princesse s’avance vers lui , après avoir invoqué le Dieu du sommeil et Hécate, et les avoir priés de s'intéresser à son succès (Pb). Jason, saisidecrainte, lasuivait. Déjà le dragon, vaincu par les enchantemens de Médée, avait déroulé par terre les mille replis de son corps : sa tête s'élève néanmoins encore , et se prépare à les dévorer. Mais la princesse secoue sur ses yeux une branche trempée dans une eau soporifique. Le monstre retombe et s'endort. Jason saisit cet instant pour enlever la toïison ; et, vain-

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(a) V. 120. — (db) V. 148.

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