‹ Origine de tous les cultes, ou religion universelleChapitre 227 sur 240 · LIVRE III, CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE V

repose sur elle de ce soin (a). Elle mêle ses prières à un éloge de la bonne conduite que Thétis a toujours tenue à son égard , en se refusant surtout aux sollicitations de Jupiter qui avait voulu en faire son amanite. Elle lui rappelle qu’en reconnaissance de ces égards, c’est elle qui a invité les autres Dieux à ses noces avec Pélée, qui a présidé à la fête et qui a porié le flambeau de l'hyménée. Elle lui insinue mème que, lorsqu’Achille son fils, qui, dans ce moment, est élevé dans l’antre de Chiron, aura passé dans l'Élysée, il y épousera Médée, et qu'ainsi elle doit prendre intérêt au sort d’une princesse qui sera un jour sa bru (b), et à celui de Pélée lui-même. Thétis lui promet ses bons oflices et descend promptement au sein des eaux pour rassembler les néréides ses sœurs, dont l’aide lui devient nécessaire. Elle leur ordonne , conformément aux intentions de Junon, de se rendre sur-le-champ dans la mer d’Ausonie ; et elle-même , avec plus de rapidité que la foudre, se porte vers les côtes de Toscane , où eile trouve les Argonautes (c).

Elle s'adresse d’abord à Pélée, à qui elle intime les ordres de Junon, sur la nécessité de quitter promptement cette côte et de se rembarquer. Elle dit; et aussitôt, se replongeant au fond des eaux, elle laisse Pélée dans la douleur de l'avoir perdue si promptement, lui qui, depuis si long-temps, ne l'avait vue (d). Il va de ce pas informer ses compagnons des ordres qu'il ve- mait de recevoir. Ils étaient à jouer; ils interrompent leurs jeux , prennent de la nourriture et du repos, et le lendemain, dès le lever de l'aurore, ils se rembar-

5ga RELIGION UNIVERSELLE,

quent à Îa faveur d’un vent doux. Ils découvrent l'ile des Syrènes, dont les chants perfides les auraient séduits, si Orphée n’eût couvert leur voix des sons harmonieux de sa lyre, tandis qu'un vent favorable poussait le vaisseau loin de ces bords enchanteurs (a). Le seul Butès sauta dans la mer pour gagner le rivage , et il eût péri dans les goufires profonds, si Vénus n’eût pris soin de le sauver et de le conduire en Sicile, près Lilybée. Maïs des dangers plus grands attendaient les Argonautes près des écueils de Charybde et de Seylla, dont le poëte nous fait la description. I1 nous peint aussi les néréides et Thétis, qui sont occupées à leur faciliter ce passage de ous les détails de cette pénible opération sont décrits fort au long par le poëte (8). Le

vaisseau enfin passe rien et gagne Îe large, en s'éloignant de Ja Sicile où paissent les bœufs consacrés au soleil; Phaétuse et Lampétie, filles du soleil , conduisaient ces troupeaux d’une blancheur éclatante, et dont les cornes étaient dorées. Les voyageurs arrivent à l'ile de Corcyre, où ils sont parfaitement reçus par Alcinoüs et par tout le peuple. Le poëte nous peint les transports de joie qu'occasione cette heureuse journée (c). Mais leur bonheur fut bientôt troublé par l’arrivée de la flotte des Colchidiens, qui avaient pris la ronte du Bosphore , et qui proposèrent le combat aux ravisseurs de Médée. Alcinoüs s’y opposa, en se faisant médiateur. Médée, de son côté, se jette aux pieds de la reine, épouse d'Alcinoüs, et la conjure de lui prêter son appui, et surtout de ne pas permettre qu’on la livre à ceux qui

LIVRE II, CHAPITRE V. Sox veulent la ramener à son père. Elle lui fait l’aveu de sa faiblesse , et elle cherche à la toucher, en lui exposant que c'est moins la passion de l’amour que le sentiment de la crainte , qui l'a déterminée à fuir avec ces étrangers. En même temps qu’elle prie la princesse, elle s'adresse aussi aux héros qu'elle a si utilement servis dans leur

entreprise, et pour qui elle a fait le sacrifice de sa patrie et de sa famille. Elle leur rappelle leurs sermens, et les menace de la colère des Dieux vengeurs du parjure (a). Ceux-ci cherchent à la rassurer, en lui promettant leur appui. La nuit survient ; mais le sommeil , qui procurait aux autres le repos, ne ferma point la paupière de Médée agitée des plus cruelles inquiétudes. Des torrens de larmes coulaient de ses yeux. Cependant Alcinoüs et son épouse, retirés chez eux, délibéraient sur le parti qu'ils prendraient à l'égard de la fille d'Aëtès, au sort de laquelle la reine intéresse son époux, en lui racontant tout ce qu'elle à fait pour les Argonautes, et la nécessité dans laquelle cette jeune fille s’est trouvée de se soustraire à la vengeance d’un père irrité (b).

Elle lui parle des sermens que Jason lui à faits, en lui promettant de la prendre pour son épouse, et elle l’engage à ne pas livrer cette jeune princesse à la fureur de son père. Elle fui rappelle des exemples frappans de semblables vengeances exercées dans la personne d’Antiope, de Danaé, etc. Le roi, touché des réflexions de son épouse, promet son appui aux Ârgonautes contre les entreprises des Colchidiens (c); mais en même temps il lui observe qu’il est à craindre que le roi Aëtès ne

porte la guerre contre les Grecs et ne se venge avec éclat. Il se détermine à un parti qui est de renvoyer Médée à son père, si elle est encore vierge ; et d’en assurer la possession à Jason , si elle est enceinte. Après cette réponse, le roï va prendre du repos. Son épouse sort, etelle envoie secréiement un héraut faire part à Jason de la résolution du roi , et l’engager à consommer son hymen avec la jeune princesse ; ajoutant que de là dépend le sort de l’un et de l’autre. L’envoyé exécute ponctuellement ses ordres, et il est reçu avec transport par les deux amans. Aussitôt on prépare la cérémonie nuptiale qui doit se célébrer dans l’antre où la nymphe Macris, fille d’Aristée , avait nourri Bacchus. On mit la toison d’or sur le lit nuptial ; les nymphes jetaient des fleurs ; un voile couvrit les mystères de l'amour, auquel s’initièrent les deux époux, tandis que les Argonautes armés montaient la garde autour de l’antre sacré (a), et entonnaient les chants d’hyménée qu'Orphée accompagnait du son de sa lyre. Cependant l'aurore avait dissipé les ténèbres de la nuit, et le roi, au milieu d’un concours nombreux de peuple, s’avance déjà pour rendre le jugement so- Jennel qu’il avait promis de rendre. Il tenait en main un sceptre d’or ; tous les grands de sa cour étaient armés et lui faisaient cortége. Il monte sur son tribunal, et prononce l'arrêt tel qu'il l'avait annoncé à son épouse. Comme le mariage de Jason n’était plus un secret, les Colchidiens virent bien qu'ils avaient été joués , et que leurs démarches seraient sans effet. N’osant retourner dans leur patrie , ils prirent le parti de se fixer parmi les

(a) VATT57.

| LIVRE 111, CHAPITRE v. L 593 Phéaciens , jusqu’à ce que dans: la suite ils pässassent dans une île voisine des monts Cérauniens. Alcinoüs combla les Ârgonautes dés plus riches dons. Médée reçut en présent de la reine douxé femmes” ‘qui la suivirent (a).

Le septième jour, les Argonautes se rerhbarquèrent ;

mais une tempête qui s'éleva ; les jeta sur les cotes de

Libye, près des redoutables Spites dont le poëte nous fait la description. Ils ne trouvent sur cette côte que des sables arides et d'affreux déserts , où règne un silence profond (8). lei est la peinture de léur embarras , et le récit des diverses questions qu'ils se- font , Et celui de leurs plaintes et des tristes réflexions d'Ancéé qui ne leur déguise point leur cruelle 8ituation. Des larmes coulent de ses yeux. Les Argonautes passèrent toute cette nuit, plongés dans la plus profonde douleur, sans prendre aucune nourriture (c). Ils étaient dans cette affr euse per plexité , lorsque les nymphes d° "Afrique, qui avaient pris soin: de Minerve au moment: de sa naissance, et qui avaient lavé cette Déesse dans les eaux du lac Té itonide, prirent pitié d'eux, et apparurént à Jason qu elles cherchèrent à consoler. Elles lui dirénit qu’elles n ‘ignoraient pas les peines qu'il 8 était données Dour conquérir la riche toison; élles lui conseitlent de né point perdre courage; ellés lui promettent un prompt retour!dans leur patrie , s'ils vealerit témoisñer leur reconnaissance à la mère bienfaisanté qui 1é$ à portés long-temps dans ses flanes : elles disent et ei (a). Jason leur rend des actions de grâces ;! et va faire part à ses

compagnons d’uti avis énigmatique sûr le sens duquel il

(a). V. 1922. — (b) NV. 1249 — (eY V. 1908. —'(d) V. 1330 : D TOME IL, Ga

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