LIVRE III, CHAPITRE V
On n'aurait alors conservé que le plus important de tous , celui où l’on chantait l’arrivée de Jason en Colchide ; ou la conquête du bélier à toison d’or, autrement le chant sur l’équinoxe. D’un autre côté, comme ce petit poëme fait un tout, et que la Grèce ne connut guère Jason que comme chef de lexpédition des Argonautes, et de ses actions que cette grande expédition, nous sommes tentés de croire que le reste de ses aventures, surtout la suite de ses amours avec Médée , ainsi que les crimes et les malheurs de cette enchanteresse fameuse, appartiennent moins à la poésie épique qu’à la poésie dramatique, et qu’ils font partie de la fable théâtrale plutôt que de la fable sacrée. Ainsi, nous ne sortons pas de l'unité du poëme connu sous le nom d’Argonautiques : car c'est ce poëme que nous avons voulu expliquer; ce sont ses rapports avec le ciel que nous avons voulu montrer , plutôt que la vie totale de Jason et de Médée , et les avéntures romanesques de ces deux amans, que nous avons voulu expliquer par les cieux. Nous ne nous engagerons donc pas dans toutes les explications de détail des fictions sur-ajoutées dans la suite à cette première fable, surtout par les tragiques qui ont mis souvent sur la scène les amours et les atrocités de Médée, qu'ils ont habillée à leur manière. Peut-être néanmoins, dans la fable d'Éson, père de Jason, que Pélias force à boire le sang du taureau, qui le fait mourir, et dans la fable du rajeunissement de Pélias [174], par l'immolation de l'agneau que l’on fait bouillir, pourrait-on trouver des rapports à cette partie du ciel où arrive le soleil ou Jason, après la conquête du bélier, au moment où les pleïades se lèvent avec le bélier, tandis que le taureau est absorbé dans les rayons solaires avec Orion qui à
disparu tout-à-fait. Je laisse à d’autres à faire ces recherches et à suivre ces rapports, me bornant à l’unique tâche que. je me suis imposée; savoir, à l'examen du voyage de Jason et des Argonautes en Colchide, et de leur retour en Thessalie avec les riches dépouilles du bélier de Phryxus, que Médée , petite-fille du soleil, ou fille d'Aëtès , frère de Persée, leur a aidé à conquérir. - Je crois avoir prouvé que la base de cette fiction se réduit à un très-pelit nombre d’élémens astronomiques qui forment le fond que le poëte a brodé et enrichi , et auquel il a lié une grande partie des connaissances géographiques qu’on avait alors de la parüe boréale de l'Europe, de l'Afrique et de l'Asie, et principalement de la Mer-Noire et de la Méditerranée, avec une nomenclature des îles et des villes les plus connues, et des fables sacrées qui les rendaient célèbres. La géographie forme la plus grande partie des descriptions du poëme, et les tableaux du ciel se réduisent à très-peu de chose, par la raison qu'il n’y a qu’une position unique à décrire, au lieu que , dans les autres poëmes que nous avons expliqués, c’est une révolution totale du soleil, ou au moins une demi-révolution, qu'il fallait décrire; ce qui nous a obligés de nous tenir toujours aux cieux, sans nous occuper beaucoup des descriptions géographiques qui se liaient aux tableaux du ciel. Nous avons, par exemple, vu que le dixième travail d'Hercule était la conquête des bœufs de Géryon, et son arrivée chez Faune, et nous ne nous sommes pas occupés de Je suivre en Hespérie, en Gaule , en Ligurie, en Italie, en Sicile, où on fui fait tenir à peu près la même route qu'aux Argonautes dans leur retour, après qu'ils ont remonté le Danube. Dans le poëme des Argonautes ,