‹ Origine de tous les cultes, ou religion universelleChapitre 26 sur 240 · LIVRE 11, CHAPITRE VIT · texte numérisé non relu

LIVRE 11, CHAPITRE VIT

professeurs de cette science n'a (a) refusé son hommage à la divinité des astres ; les Sabéens avaient à cet égard la même opinion sur les astres , qu'ils regardaient comme autant d'êtres intelligens et divins.

Maiïmonide (b) pense que ce qui engagea Moïse à défendre si rigoureusement la magie, c'est qu'elle conduisait naturellement à l’idolâtrie, ou au culte des images qui représentaient les astres et qui recevaient l'influence ou l'inspiration de ces divinités. Elle était une suite de l'opinion, dit Maimonide ,- que les astres sont animés par des intelligences qui dispensent' la prospérité et l’adversité. On était persuadé que les esprits qui résident dans les astres sont les arbitres de la destinée des hommes, et on cherchait en conséquence à se les rendre favorables par un culte religieux et PAE certaines cérémonies propres à cet effet.

L'astrologie et la religion étaient unies ensemble, dit Saumaise (c) : la première n'était qu'une conséquence des opinions théologiques sur la divinité des astres , et un abus des principes de la religion des anciens. Partout où il est question du soleil , de la lune et des cinq planètes (d), les astrologues les qualifient de Dieux; leurs influences et les effets PQ par eux, portent le caracitère des divinités anclhnes connues sous ces noms. Vénus fait les voluptueux, Mars les guerriers, ete. , tant il y a d’analogie entre le caractère des planètes et celui des intelligences divines (e) connues sous le nom des grands Dieux de l'antiquité.

(a) Salm. Ann. Clim. Præf., p. 35. — (b) Maimon. More Nev., pars Je, p. 144. — (c) Ibid. Salm., p. 4o et 41. — (d) Ibid., p. 584. — (e) Ibid. , p. 785.

Non-seulement les planètes étaient des Dieux (a) ,, mais encore Îles signes du zodiaque et les parties des: signes , auxquelles présidaient les décans, les Dieux: appelés munifices et administri, ou Dieux assesseurs: et subordonnés, auxquels ils attribuaient un grand empire sur la Nature. Toutes les sectes d’astrologues : s'accordent à faire des planètes autant de Dieux. Aussi ont-ils appelé leur art un art céleste et divin , comme on peut le voir dans le poëme astronomique de Manilius. La formule de serment qu'ils faisaient prêter aux initiés à cette science, et que rapporte Vettius Valens (b), le prouve assez. Ils juraient par le soleil, par la lune, par les puissances qui résident dans les autres astres, par le cercle des douze signes, d’être fidèles à la loi du secret qui leur était confié , et de n’en jamais rien révéler à ceux qui ignoraient les dogmes sacrés de leur science, et qu'ils traitaient de. profanes. Ils finissaient par prier les Dieux , Ci-dessus nommés, de leur être propices s’ils ÿ étaient fidèles , et de les punir s'ils se parjuraient.

Il'en est de même de l'invocation faite aux sept planètes par Firmicus (c), et qui termine son premier livre. Elle suppose dans les sept planètes des divinités ou des êtres intelligens et Mans , Capables d'entendre et d’exaucer ses vœux. Aussi, dans le chapitre précédent, Firmicus avait-il dit (d) que les planètes ont leur sens propre , une intelligence sage qui leur appartient, etune prudence divine; car c’est ainsi qu'illa nomme, par

(a) Ibid. Salm. , p. 585. — (b) Selden de Diis Syriis. proleg., p. 35. —

(Cr LT" e. 4. — (d) Ibid. , e. 3.

LIVRE II, CHAPITRE VII. 65 une suite , dit-il, de l'opinion où il est qu’elles sont remplies de l'ame divine, afin de pouvoir entretenir l’ordre des générations , qui est confié à leur garde. Il se sert de l'argument connu , qui tend à prouver que parce qu'il y a ici-bas , où tout est périssable , de l'esprit, de l'intelligence et de la sagesse, à plus forte raison on doit en trouver dans les cieux » OÙ tout est immortel et marche avec tant d'ordre et d'harmonie. Qui peut douter, ajoute-t-il, que ce ne soit par le ministère ‘des astres que le feu divin qui compose nos ames est enchaîné dans nos corps ? C’est de ce feu actif » Qui forme lassubstance de l'ame universelle , qu'émanent les ames particulières. Ces feux éternels qui brillent dans les astres à dont les globes lumineux achèvent leurs révolutions avec tant de vitesse , animés qu'ils sont par la majesté de l'intelligence divine , détachent une partie de cette grande ame, qu’ils versent dans les corps , et tirent de ce foyer éternel le souffle de vie qui nous anime. Étant donc nous-mêmes liés aux astres par une aus$i étroite affinité, nous aurions tort de vouloir » par des disputes irréligieuses , leur refuser cette puissance active à laquelle nous devons notre existence et notre organisation entière. Car ce sont eux qui nous donnent jusqu’à la forme, aux couleurs , aux mœurs et aux habitudes que nous avons. Îl repousse le reproche de ceux qui prétendent que c’est anéantir la religion , que de voir dans les astres les arbitres souverains de toutes choses. Il soutient , au contraire, que l'astrologie rappelle l’homme aux Dieux ; qu’elle leur procure un culte ; qu'elle en découvre aux hommes toute la Puissance et toute la majesté , puisqu'elle suppose que iout est réglé ici-bas par leurs mouvemens éternels et divins, dont l'effet est de TOME li. o

lier l’homme aux Dieux, en fui communiquant une portion de l'ame divine universelle,

On trouve dans Sextus Empiricus (a) d'assez grands détails sur la force active et divine , connue sous le nom d’ame et d'intelligence universelle ; force éternellement agissante , par laquelle tout se reproduit et tout éprouve des changemens , et qu’il appelle Dieu.

On y retrouve aussi l'argument fameux qui prouve l'intelligence et la sagesse des Dieux, par celle qu’on remarque ici-bas dans les hommes , et qui conduisit les anciens à placer dans l'air et dans l’éther des animaux, comme il y en a sur la terre et dans les eaux, et à leur supposer une intelligence d’autant plus parfaite , qu'ils habitent des régions plus pures. D'où il conclut qu'il y a des génies et des Dieux, et que ces derniers sont les êtres animés qui vivent dans l’éther, animaux infiniment supérieurs à l’homme, et qui ont tout le caractère de la divinité, puisqu'ils ne naissent ni ne meurent.

C'était l'ame universelle , la grande divinité première , et, à proprement parler, la divinité unique, qui déifiait toutes les parties de la matière dont la forme et lactivité étaient constantes et éternelles , telles que la terre, les élémens et les astres, suivant les principes théologiques que saint Augustin (b) attribue aux anciens , et à Varron en particulier. Il nous décrit même les trois principales graduations de cette grande ame , qui dans l’éther atteint son premier degré, et qui, distribuée dans les corps célestes , en fait des Dieux.

(a) Sext. Emp. adv. Math., L 8, p. 322, — (b) August, de Civit. Dei, L », c. 23.

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Cette vérité une fois bien reconnue , que tous les anciens adorateurs de la Nature, que les théologiens , les astrologues et les poëtes , ainsi que tous les philosophes les plus distingués , ont supposé que les astres étaient autant d'êtres animés et intelligens , ou de corps éternels, causes actives des effets d’ici-bas, qu'animait un principe de vie, et que dirigeait une intelligence , qui n'étaient qu’une émanation et une partie de la vie.et de l'intelligence universelle du monde, il s'ensuit que nous devons retrouver dans l’ordre et dans la distribution hiérarchique de leurs intelligences éternelles et divines ÿ connues sous les noms de Dieux, d'anges ou de génies, la mème distribution et les mêmes divisions suivant lesquelles nous avons vu que les anciens partagèrent l'Univers et distribuèrent ses parties.

La fameuse division par sept et par douze , que nous avons dit appartenir aux planètes et aux signes du zodiaque, doit se retrouver dans l’ordre hiérarchique des anges, des Dieux et des autres ministres ou déposttaires de la force divine qui meut et régit 1e monde. Si elle s'y retrouve, c’est une preuve que les intelligences elles-mêmes, connues sous ces différens noms , sont celles qu’on imaginaït dans les astres, censés vivans , animés et intelligens , comme nous l'avons vu. Il suit de là que le système des intelligences est absolument celui des astres et des autres agens de la Nature , doués ce raison et d'intelligence, et que notre méthode aura encore sur cesintelligences tout le succès qu’ellepeutavoir sur les corps visibles de la Nature, mis en action dans les fictions sacrées. On verra seulement que les religions qui se croyaient les plus éloignées du sabisme ou du culte des astres , n'étaient qu'une forme particulière de ce culte,

laquelle avait oublié le siége des intelligences pour s'attacher aux intelligences mêmes. L’ignorance seule a pu conduire là les hommes , autant que les abstractions métaphysiques dont nous parlerons bientôt. On oublie souvent les choses , et on ne retient plus que les noms ; et quand les choses tiennent à une science telle que l'astronomie , il peut se passer bien des siècles avant qu'on retrouve les choses auxquelles les noms doivent s'appliquer. Néanmoins , quand on remonte vers une assez haute antiquité, et surtout chez les nations savantes ou chez celles qui ont le plus communiqué avec ellés, on en retrouve toujours des traces, principalement en Orient.

Les livres théologiques des Perses nomment sept génies ou anges d'un premier ordre [8], qu'ils appellent les sept Amschaspands , qui forment le cortége d'Ormusd ou du Dieu bon, source de toute lumière (a). L’Apocalypse de Jean (b) parle aussi des sept anges qui sans cesse sont devant le trône de Dieu, et l’auteur les désigne par sept astres, tels que les sept astres mobiles que nous appelons planètes, dans lesquels se répand la lumière universelle dont le soleil est le foyer. Les Juifs avaient aussi leurs sept archanges ou anges du premier ordre , qui étaient toujours présens devant le Seigneur (c), comme le dit Raphael , un d’entre eux, Il y à bien de l'apparence (d), dit Beausobre [9{, que ce nombre a été fixé sur celui des sept planètes, comme les douze anges principaux des Chaldéens , des Perses et

(a) Zend. Avest. , t. 1, part. 2, p.09, n.2, p. 23, 155; t-2, p.452. — (b) Apocalyp., c. 1, v. 20. — (c) Tobie, 12, v. 15. — (d) Beaus., LMP, Cap 6:

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