LIVRE, LT, CHAPITRE VI
quatre élémens sont ce que nous avons désigné sous le
nom de cause passive. Donc Dieu reste pour la cause
active qui les organise. Aussi Servius ajoute-t-1l que les élémens , ou la matière organisée qui compose le
‘monde (a), n'étant pas tout, Dieu est donc le souffle
actif, cet esprit vivifiant qui, répandu dans la matière ou dans les élémens, produit et engendre tout. Il examine ce que nous tenons de, Dieu et ce que nous tenons des élémens, et il dit que les élémens composent la substance de nos corps, et que Dieu forme l’ame qui vivifie ce corps. Tous les animaux, suivant le mème Servius (b), empruntent leur chair de la terre , les humeurs de l’eau, la respiration de l'air, la chaleur du feu , et leur instinct du souffle universel ou divin. C’est ainsi que les abeïlles ont une petite portion de la Divinité. C'est de Dieu et de son souffle que tous les animaux , en naissant ,empruntent la vie, continue le mème auteur. Cette vie à leur mort se résout, et rentre dans l'ame du grand. tout, ainsi que leur corps et ses débris dans la matière universelle.
Cette opinion philosophique nous sera d’un grand usage dans l’explication des fictions mystiques sur l’ame humaine , sur le Paradis ou l'Élysée , sur l'Enfer ou le
Tartare , et principalement sur les purifications ou sur
le purgatoire de l’ame après la mort. Elle nous servira aussi à expliquer le dogme des Chrétiens sur le souffle ou sur l'esprit divin, qui par une abstraction philosophique a été, sous le nom de Personne, séparé de la Divinité unique du monde et de la cause universelle.
(a) Serv. Comment. ad., 1 6, AEneid, — (b} Ibid., L 4; Georg.,
Nous donnerons dans ces différens ouvrages un plus grand développement à cette théorie , dont nous ne faisons ici que poser les bases, et dont nous établirons l’ancienneié et l’universalité sur des autorités multipliées.
Timée de Locres et Platon, son commentateur , ont fait un traité exprès sur cette matière , intitulé de l Ame du monde, ouvrage qui n’est que le développement de la doctrine de Pythagore, maître de Timée » qui pensait, comme le dit Cicéron (a), que Dieu est cette ame universelle répandue dans toutes les parties de la Nature , et dont les nôtres ne sont qu'une émanation (b). Saint Justin nous a donné un précis de cette doctrine, où il semble citer les paroles mêmes de Pythagore ou de quelqu'un de ses plus fidèles disciples, qui ayant écrit en prose a pu rendre les idées du philosophe plus littéralement que les poëtes Ovide (c), Virgile, Manilius, Âratus , etc. , dans lesquels ces dogmes se retrouvent.
« Dieu est un, dit Pythagore. Il n’est point, comme quelques-uns pensent, hors du monde, mais dans le monde même , et tout entier dans le globe entier. Il à l'œil ouvert sur tout ce qui naît; c’est lui qui forme tous les êtres immortels , qui est l’auteur de leur puissance et de leurs œuvres. Il est l’origine de toutes choses , le flambeau du eiel , le père, l'intelligence , l'ame de tous les êtres, le moteur de toutes les sphères (d). » Aïnsi parle Pythagore [2], et déjà l’on reconnaît dans sa doctrine l’origine du Dieu père , de l’intelligence, de l’ame 0 ir
(a) Cicero. de Nat. Deor. NA PEUR ART ( S Batteux, C
le 1, p. 213. — (c) Ovid. Metam., 1. 15. Manil. v. 1, etc. — (d) Justin Cohort. ad Gent. » P. 18.
auses prem., ; L°2, v. 60. Arat.,