‹ Origine de tous les cultes, ou religion universelleChapitre 34 sur 240 · LIVRE I, CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE VII

chef. dans chaque ciel. Ces noms sont Samaël, Saphraphiel, Sabtabiel ; Kakabiel, Zarakiel; ete. On voit par ces échantillons le génie des astrologues de l’Ovient , dans la formation de leur hiérarchie, et dans la. distribution qu'ils faisaient des intelligences dans les différentes planètes , et dans les cieux ou dans les sphères auxquelles on affectait ces intelligences. La théologie pythagoricienne leur prêta le chant, pour exprimer l'harmonie universelle qui résultait de l'accord de leurs divers mouvemens. Les Grecs de même donnèrent à Pan la flûte aux sept tuyaux, et à Apollon la lyre aux sept cordes. C’est une autre expression de la même idée. Chaque peuple l’a rendue. diversement, selon la diversité de son génie et de son goût. Origène donnait des corps aux anges; c’est-à-dire qu'il les rappelait à leur véritable origine (a), puisque les corps célestes furent observés avant qu’on eût séparé d'eux les intelligences qui les dirigeaient. Car on peut dire plutôt qu on a donné des anges aux corps qui les contiennent, que des corps aux anges ou aux intelligences qui les animent et les conduisent, le monde visible ayant été vu avant que celui des nn os fût concu. IL les classe suivant l’ordre connu qui se divise en principautés , dominations , trônes, etc., dont nous avons trouvé l’énumération plus haut, chez les Syriens et les Arabes. IL suppose aussi un chef à chaque ordre, ou un inspecteur de chaque classe d’intelligences.

Saint Athanase (b) compte plusieurs myriades d’anges,

(a) Orig. Come in-Math., € 1, p. 457, 488: — (b) Athan., L 7,

p. 202, ad Serap.

rangées. en différentes classes, sous le nom de trônés j

de dominations, de cieux , de chérubins, de séraphins.

Athénagore convient aussi que les Chrétiens admet-

taient , outre leur triade, qui n’est autre que la triade

platonicienne dont parle Macrobe, une quantité pro-

digieuse d’anges (a) que la Divinité avait rangés en plusieurs classes , et distribués dans les cieux, dans les

élémens et dans toutes les parties du monde, pour en

maintenir l'ordre et l’harmonie. On distinguait entre

autres les sept gouverneurs principaux que le piman-

der (6) subordonne au demiourgos. Les Syriens avaient, comme nous l'avons dit, placé les intelligences connues

sous le titre de Forces , car c'est ce que signifie ce mot virtus en latin , dans la sphère de Mars. Isidore (c) pré-

tend que c'était le sabaoth ou Dieu des armées chez les Hébreux , qui présidait à cet ordre appelé vertus ; et il prend occasion de là de rappeler les différentes classes d’anges , d’archanges, de trônes, etc. , dont nous avons parlé (d). Aïnsi le système des Juifs à cet égard, et conséquemment celui que nous avons encore aujourd’hui dans la secte chrétienne , ne diffère en rien de

celui des Orientaux , Syriens, Arabes et Chaldéens ,

dont nous avons parlé plus haut.

Toute cette théorie hiérarchique sur les intelligences célestes distribuées dans les sphères et dans les étoiles, et surtout la distribution en sept grandes intelligences, se retrouve partout. Les Guëbres, descendans des anciens Parsis (e), sont persuadés , dit Chardin , que les corps

(a) Athan. Leg. pro Christ., p. 40. — (b) Hermès in Pæmand, — (c) Isidor. Origin. , 1. 7, c. 1. — (d) August. de Civit. Dci, L. 10, c. 27. — (e) Chard., t. 9, p. 139.

LIVRE II, CHAPITRE VIT. O1 célestes sont animés par des intelligences qui se mêlent de la conduite des hommes. Le soleil , selon eux, est la grande et la première’intelligence ; la lune-est la seconde; puis de suite les autres planètes. Ils tiennent qu’outre ces intelligences , il y a des anges qu’ils appellent Dieux subalternes , commis à la garde des créatures inanimées, chacun suivant son département. On se rappelle que l’asirologie en disait autant des étoiles particulières. Le feu est la grande divinité des Guèbres , ét dans leur idée le feu est un être intelligent (a), susceptible de tous les mouvemens spirituels, capable d’entendre les prières des mortels et de les exaucer. On sent que cette opinion dut nécessairement les conduire à regarder tous les feux qui brillent au ciel, comme autant d’intelligences divines ; car ils pensaient que le feu est un être divin, extrait de la substance de Dieu, de cet océan de feu et de lumière, dont tous les autres feux sont émanés. En conséquence, ils regardaient le soleil et la ane (8) comme les deux témoins de la Divinité, comme des êtres incréés, et des portions consubstantielles de Dieu, ce qui rentre dans l'opinion qui place la Divinité dans la totalité du feu éther dont chaque astre est une émanation.

La plus ancienne religion du Japon , nommée le sintos, admet un Dieu suprème qui habite au haut des cieux (c), et des divinités subalternes qui siégent dans les étoiles, C'est par elles qu'ils jurent; mais leurs vœux se tournent principalement vers les esprits qu’ils supposent présider aux élémens , aux plantes, atx animaux et aux différens événemens de la vie. Les étoiles remplissaient toutes ces

oo

(a) Acad. Inscrip., t. 31, p. 506. — (6} id; ° 36, p.492’ — (ec) Cont, d'Orv., t. 1, p. 205, 218,

fonctions dans le système astrologique. Les Japonais sup-

posent que les premiers êtres sortis du chaos furent au nombre de sept, qu'ils nomment les principaux gouverneurs. Le premier était formé de la partie la plus pure de la matière. Isanami était le dernier des sept grands esprits célestes , et le temple qui lui était consacré était de la plus grande simplicité (a).

Les Siamois admettent , comme les Perses, des anges

qui président aux quatre parties du monde (b). Ils révèrent l’ange gardienne de la terre ; car ils prétendent qu'il y a des anges femelles ; ils leur donnent des COTps ; et supposent qu'ils peuvent avoir des enfans. Ces anges veillent à la conservation des mortels, et au gonvernement de l'Univers. Sept classes, plus parfaites l’une

que l’autre, les distinguent entre eux, et ils ont leur.

habitation dans sept cieux différens. Les astres, les vents, Ja pluie , la terre, les montagnes, les villes, etc., sont sous leurdirection.1Ils examinent la conduite des hommes, et les Siamois s'adressent. à eux dans leurs besoins. Ils croient le ciel éternel et incréé. Chaque planète , suivant eux, est habitée par une intelligence parfaite. Cette doctrine est en beaucoup de points celle des Perses, qui est consignée dans les livres zends et dans le Boundesh , ou dans la cosmogonie des Parsis.

Les Parsis subordonnent au Dieu suprème sept mi- - nistres (c), sous lesquels il y en a vingt-six autres qui se partagent le gouvernement du monde. Ces Dieux subaliernes sont des médiateurs entre l’homme et le. Dieu

(a) Cont. d’Orv., & 1, p. 269. — (b) Ibid., p. 440, 442. — (c) Ibid., É2, publ.

LIVRE IT, CHAPITRE VIT. 93 1 suprême , et les Parsis les prient d’ intercéder pour eux dans leurs besoins. On ne peut guère douter que les ‘sept premiers ministres ne soient les sept intelligences des sept planètes, subordonnées à l'intelligence ‘universelle qui se distribue dans ces corps célestes. C’est cette intelligence que Thalès appelait Dieu, et à laquelle ‘il subordonnaît des génies, des démons et dés héros, ‘ êtres intermédiaires entre la grande ame divine etl ame humaine (a). | L'inscription grecque trouvée sur une pierre du théâtre de Milet sa patrie (b), où sont écrites les sept voyelles, “suivant sept combinaisons différentes , dont chaque ligne porte en tête la voyelle de la planète à laquelle elle était consacrée , ést une formule de prière, telle ‘qu'on en adressait souvent aux êtres ‘intérmédiaires anges ‘ou archanges , qui ont leur siége dans les sept. planètes. Le nom d'ized y est remplacé par celui d’agié ou-saint, ét le nom d’° archangeloi , ou‘d”’ aféhanges qui s ‘y'trouve joint, né permet pas de douter qu'élle ne s’adressàt aux sept grandes intelligences des planètes connues souvent “sous le nom de sept archanges’, où grands Arrge, ‘ou. ‘amschaspands. La théologie de Zovoastre les désigmait souvent sous le nom des sept yinges (c); intelligences ‘préposées aux sept sphères qui forment une chaîne subor- * donnée à la souveraine intelligence, et qui y est attachée par son sommet. Ce sont là ‘ces intelligences dont parle ?’Prideaux (d), et qu'il dit ävoirété choïsies'par les Pérses comme autant de médiateurs ; > par le moyen désquéls ils pouvaient s'adresser au Dieu süprême. Ils: ‘éroyaiënt en

(a) Athenag. Legat. pro Christ., p. 7. — (b) Acad. Inscr., t. 4r, p. 522. — (c) Kirker OEdip., t. 3, p. 480. — (d) Hist. des Juifs, 1. 3.

effet, -dit-il, que.le soleil, la lune et les étoiles étaient: Ja demeure d'autant ;d'intelligences qui animaient les corps célestes ,.et qui en réglaient les mouvemens. En même, temps. ils pensaïent que ces intelligences étaient désiêtres mitoyens-entre.le Dieu suprème.et les hommes, ‘ét.conséquemment !les plus propres à .servir.de:médiateurs entre Dieu et eux. C’est d’eux'que.les Juifs, sans doute, apprirent.que les. astres:et les cieux sont:animés par la substance lumineuse qui les remplit (a).

Lés Sabéens, qui reconnaissaient,un. grand Dieu suprême -et ‘unique :qu'ils qualifiaient de seigneur des seigneurs , lui subordonnaient des anges qu'ils .appelaient des médiateurs (6). |

Les habitans de l'ile de Formose , qui :adoraient le soleil.et. la lune , qu'ils regardaient.comme deux .divi- mités-suprêmes, imaginaient que les étoiles étaient des demi-Dieux ou des, divinités. d’un . ordre inférieur. On ‘voit ;qu'ici le témoignage, des yeux .a décidé du rang -des divinités.et .de l'importance de.leur fonction dans l’ordre du monde. :Placez.des.intelligences. dans.le soleil et dansiles étoiles, et .vous.aurez aussitôt nne :grande intelligence , à laquelle, sont :subordonnées. des intelli- .geneés! inférieures. .C'est. à-peu, près-ainsi qu'a été réglé . l’ordre hiérarchique. des anges.et;des Dieux, lorsqu'on a! considéré ; les :intelligences ; particulières ; des ,astres et.des;autres partiesles,plus apparentes.de.la Nature , . dans Jeurs rapports avec. l'intelligence universelle de f’ame..du, monde. Le premier Dieu. était. regardé, par “lessmaturels.de l'ile de .Formose comme. le -maître, des

(a) Cont. d'Orvill., 2, p.304. — ,(b) D’'Herbel, in: voc. sabi.

LIVRES, CHAPITRE VIT 05 autres Dieux; celui à qui tous les autres étaient soumis. ){l était envisagé comme le grand moteur de la Nature, celui qui la conservait. Les brames , chez des Indiens, placent la terreau ‘centre ae ’Ümvers , et ls imaginent -au-dessus sept étages de mondes, qui ne peuvent être que les sept sphères que: ri Les ritell gences planétaires,

Les habitans be l'ile de Madagascar (a) reconnaissent un Dieu souveraïn qui gouverne le monde. Ils l'homorent,. le révèrent , ‘ét m'en ‘parlent qu'avec le plus grand respect. Îls le regardent comme l’auteur de tous les -biens;; et le:démon,, qu'ils admettent aussi, comme -Vauteur de tous ‘les maux. C'est Osiris et Typhon, Ormusd et Ahriman , dont nous avons parlé :déjà , ‘et dont nous allons bientôt parler: encore. Dieu fhabite , Suivant eux; leseptième ‘ciel [181]; ce ‘qui rapproche

-deur théologie de celle ‘des mages, qui disent qu'Or- -musd:s’estplacé autant au-dessus duisoleil,, que de:soleil. est élevé au-dessus de la‘terre. Ils comptent aussi sept eleux,, ét ils admettent des intelligences ‘ou ‘des esprits chargés de faire mouvoir «et gouverner iles-ciéux ou les sphères célestes, les planètes ‘et les autres astres..:Ces -génies ont différentes fonctions: les uns ont le départe- -ment de Pair, des autres celm des météores:; ceux-ci règnent ‘sur-les eaux, :cenx-là veillent sur les hommis. Ils supposent que les génies, quoiqu’invisibles de leur nature, peuvent ‘quelquefois prendre:des corps, et ‘par ce moyenise rendre visibles-quandils le jngent propos. Ces derniers forment ‘un :secondordre ‘d'esprits qu'ils

(a) Cont. d'Orv., t. 6, p. 498, 499.

divisent en mâles et en femelles ;quisduvents’accouplent:

ensemble , comme les anges qui:eurent:commerce avec:

des filles:des hommes ; et qui donnèrentnaissance X ces

géans qui parurent'avant le déluge ;; ‘suivant la Genèse

et Josèphe (a): Ces génies du second ordre-ont la con-.

naissance: de l'avenir, :dans l’opinion'des insulaires de: ) P s 1n

‘île de Formose. Ils admettent un troisième .ordre de génies; ‘dans lequel ïls rangent: les esprits lutins , les

fantômes, les revenans, etc. Quant au:diable , ‘ils lui

donnent commeinous ;; comme les. Persés ; etc: ,.la: red d’un dragon de feu ; ls l’appellent Sacare:… | Parmi-ces différentes opinions: sur-les: ‘différentes classes de génies, nous’ distinguerons: surtout les génies du ‘premier ordre:; où nos. sept anges ‘principaux qui habitent les sept cieux ; ce! qui lie:la théologie de “ces insulaires à celle: des: Perses, des Chaldéens , des Juifs, des Grecs, eten général à celle:de toutes les:nations” savantes qui:ont: placé des intelligénces dans les

:‘sept planètes qui réglaient le destin: de FUnivers, ‘En

fait de supersütions , toutes les: parties de l'Univers se rapprochent ét se ressemblent à quelques nuances près. "n'ya point d'ile si éloignée qui puisse s’en affranchir ; et les vastes étendues de mer qui séparent les habitations des-hommes ; ne peuvent: les séparer de la contagionreligieuse. Le tableau suivant va achever de prouver cette grande vérité ; et l'universalité du dogme des-intelligences ;; connues sous différens : noms: et: distri buées dans toutes les! parties dé la Nature, où se-répand “et agit l'ame universelle-et intelligente:du monde!

(a) Genes. , c. 5. Joseph. , c. 3.

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