LIVRE IT, CHAPITRE VII
Ce n’est point, comme on l’a ditfaussement, la difficulté d'expliquer les phénomènes physiques qui a donné naïssance aux dogmes des intelligences placées dans toutes les parties du monde, par le moyen desquelles on rendait aisément compte de tout , mais parce que les hommes ne crurent nulle part pouvoir refuser à la Nature entière la plénitude du mouvement , de la vie et de l’intelligence dont ils avaient eux-mêmes nne portion infiniment petite. La Nature leur parut vivante et animée, soit dans sa totalité , soit dans ses parties les plus actives, qui se montraient comme autant de causes des différens ellets qui naissent et meurent, au milieu du système général des causes visibles et éternelles qui composent Univers toujours subsistant. De là vient que les peuples les plus sauvages ont admis des intelligences partout, parce qu'ils ont toujours raisonné sur l'existence des êtres qui les environnaient , comme ils raisonnaient sur eux-mêmes , et que l’homme cherche toujours à rapprocher la manière d'exister des autres êtres de la sienne . propre. C'est par une suite de cet esprit comparatif, qu'il a voulu souvent que le monde eût été fait et eût commencé comme lui , et qu’il y a tant de gens encore qui ne peuvent concevoir un monde éternel, par cela même quils ont commencé et qu'ils finissent, comme si, en dernière analyse, on ne devait pas admettre quelque chose qui n’eût point commencé, et qui ne düût jamais finir. Moins les hommes ont connu le mécanisme de la Nature, plus sans doute ils ont eu de penchant à tout expliquer par l'intelligence ou par le génie qui y siégeait; mais avant d'attribuer telle fonction au génie , il fallait que déjà on l’eût concu existant. Or, cette existence fut Ja suite de la tendance naturelle qu'a