LIVRE 11, CHAPITRE VIT
du monde visible est unie à une intelligence invisible qui en est l'ame.
On trouve les mêmes principes théologiques dans Origène (a) qui croit lui-même les retrouver dans le prophète Jérémie. Le prophète, dit Origène, parle de la terre, comme si elle était un être animé, quand il dit qu’elle s'afllige des péchés des hommes. Car il est vrai qu'elle se réjouit des vertus de ceux qui l’habitent, comme elle s’attriste de leurs vices. Mais si la terre éprouve ces sentimens , poursuit Origène , il en doit être de même de tous les élémens , tels que l’eau, et conséquemment de l'ange qui préside à l'eau ; car je ne puis pas interpréter autrement ces mots du prophète qui dit que la terre s’'aflige. Le corps de la terre ne peut s’affliger; c’est donc l'ange préposé à la terre qu'il faut entendre , celui qui, dans l'administration de l'Univers , a Ta terre dans son département , comme il y en à un d'établi sur les eaux, un qui préside à Fair , un autre au feu. En snivant la même marche dans le reste de la Nature, et appliquaït le même principe à toutes ses parties, nous trouverons des anges dans le soleil, dans la lune, dans les astres, dans les cieux'et ici-bas sur la terre (8), des anges qui ont l'inspection des animaux, d’autres celle des plantes. Tous ces anges se réjouissent quand nous faisons le bien, et s’affligent quand nous faisons le mal. L'ange de la terre porte le mème nom qu'elle, dit Origène ; ne semble-t-il pas entendre Varron qui, chez les Romains (c), nous dit que la partie de l’ame universelle qui pénètre la terre s'appelle, comme elle, la Déesse J'el-
(a) Orig. Homil. 10 in Jerem., p. 110. — (b) Ibid., p. 1t1+ — {e) — August. de Civ. Dei, L. 7, c. 23.
lus ? Que celle qui pénètre les eaux et l'Océan s'appelle» Neptune ? Aussi Origène (a) ajoute:t-il qu'il en est de: même de la dénomination de l'ange des eaux; ainsi en: latin Veptunus se prend pour la mer et pour le Dieu ou: pour l'ange qui y a son siége et qui y préside. C’est, . comme on voit, la même théorie aux noms près ; car ce! que les Dieux sont dans une théologie , les anges lé sont: dans üne autre. La Déesse de la terre, c'est le génie de la terre ou l’ange de la terre ailleurs.
Les Perses admettent aussi l'ange gardienne de la terre (2); c'est l’ized Sapandomad qui rend la terre féconde et remplit les désirs du laboureur. On prend aussi quelquefois cet ized pour la terre, quoiqu'il soit plutôt le génie qui Y préside, puisque Sapandomad (c) est le quatrième des Amschaspands. Il donne son nom au dernier mois de l’année persanne, Quelques auteurs l’appellent l'esprit de la terre qui protège les femmes chastes et vertueuses. Sapandomad est aussi l’ange qui préside aux arbres et aux forêts. Le même Origène dont nous venons de rapporter la doctrine, parle ailleurs des puissances ou génies attachés aux régions voisines de la terre , et près de l'habitation de homme (d). Il les distingue des anges placés dans les cieux, dans ces régions lumineuses où brillent le soleil et le cœur des astres.
Le système des génies, des anges et des Dieux miastres et agens de la cause universelle, se propagea avec d'autant plus de facilité qu'il présentait un ensemble parfait dans toute l'administration de l'Univers, ensemble
à mm ou
(a) August. de Civ. Deï., L. 7, p. 111. — (b) Zend-Avest., t. 7, p. 93, n.2; 1.2, p.69, 556. — («) Hyde de Vet, Pers, Rél. ce: 19, p- 258. — (4) Orig. Comment. in Math. , p. 326.