LIVRE 11, CHAPITRE VII. TIT
opinion que beaucoup d’autres ont adoptée, et qui vient du génie mystérieux des prêtres qui voulaient porter les hommes à la vertu par des exemples ; savoir, que ces divinités inférieures étaient les ames des hommes vertueux parvenus au rang des Dieux. Chacune de ces divinités a son emploi. L'une, comme notre saint Nicolas, ou comme les dioscures des Grecs, préside à la navigation ; l’autre préside à l’agriculture; celle-ci donne les richesses; cellelà donne la santé, comme Esculape ou saint Roch, et toutes sont représentées sous des formes monstrueuses ; ce qui doit être, si ces formes sont empruntées des constellations à qui l’astrologie attribuait cette propriété et cette fonction dans l’ordre du monde. Ceci est d'autant plus vraisemblable que l’on sait que, ces insulaires adorent le soleil , la lune (a), et rendent un culte aux planètes. Ils leur attribuent un pouvoir si étendu, qu'ils sont persuadés que, lorsque ces astres ou Dieux planétaires ont pris quelqu'un en aflection, rien ne peut s opposer à son bonheur. Ils leur élèvent des idoles , et ils croient que la vertu céleste descend dans l’idole tandis qu'ils prient, et qu’elle s’y établit pour entendreleurs demandes. C'est bien là le culte astrologique des Sabéens, dont nous avons parlé plus haut. Quand les Chrétiens, adorateurs de la lumière solaire, prononcent le fameux hoc est, qui fait descendre leur Dieu dans le morceau de pâte circulaire qui le représente, c'est à peu près la même chose, et c’est la suite du même génie de toute espèce de consécration d'image. Le Dieu y descendait pour y entendre l’homme, et pour lui rendre des oracles ou le guérir de ses maux.
(a) Cont, d'Orvill., p. 249, 250.
Toute l'ile de Ceylan est remplie d'idoles, espèce de talismans tutélaires des villes et des provinces qui les ont consacrées , et qui diffèrent autant entre elles, que les talismans vivans ou les animaux sacrés de l'Égypte , qui étaient soumis à l'influence des animaux célestes 1 comme nous l'avons déjà dit. Les prières de ces insulaires ne s’adressent pas directement à l'Étre-Suprème (a), mais à ces lieutenans de la Divinité, à ces ministres de ses volontés et à ces dépositaires de sa toute-puissance. Nous prions de même nos saints.
Les Moluquois (b) révèrent des intelligences ou gé- nies qu’ils appellent nitos [19]. Ils les croient soumis à un chef, ou à un être supérieur qu'ils appellent Zanthila. Ce Lanthila lui-même n’est que le lieutenant d’un génie plus élevé qu'ils appellent Zaulay. Chaque ville , chaque bourg , chaque cabane a son nifo on son génie tutélaire. Ils adorent le génie de l’air sous le nom de Lanitho. On consulte les nitos comme autant d’oracles : et on n'entreprend jamais sans cela aucune affaire importante. Le nito était le Dieu lare de chaque famille.
Les insulaures des îles Philippines (c), outre un premier Dieu qu'ils appellent Maglante, Dieu qui lance le tonnerre, et un autre appelé Batla qui est le temps, reconnaissent encore beaucoup d’autres divinités subalternes de l’un et de l’autre sexe. Le culte du soleil, de la lune et des étoiles est aussi joint à ce culte des intelligences subalternes (d), dont les unes président aux semences, les autres à la pêche, celles-ci aux villes, cellesà aux montagnes, etc.
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(a) Cont. d'Orvill., t. », p. 255, — (b) ]bid., p. 330. — (c) Ibid., p. 308. — (d) Ibid. , p. 560.
LIVRE IF, CHAPITRE VH. 115 Les sauvages de l'Amérique, qui habitaient l'ile de Saint-Domingue > reconnaissaient un Dieu souverain, unique , infini, tout-puissant, qui avait sous lui des divinités subalternes (a) qu’on appelait Chemis on Zémes, et auxquelles on consacrait des idoles dans chaque ca- Dane. Ces images étaient de craie, de pierre ou de terre cuite, et représentaient toutes sortes d'animaux ou des êtres monstrueux. Une seule figure de femme représentait la divinité principale, mère de leur Dieu, laquelle avait à ses côtés deux premiers ministres. L'un était chargé de convoquer les autres Chemis , lorsque la divinité voulait les envoyer exciter les vents, faire. tomber fa pluie, ou distribuer aux hommes les biens qu'ils demandaient. L'autre était ocenpé de punir ceux qui ne rendaient pas à la divinité le culte qui lui était du. Que les prêtres sont adroits ! Que de moyens n’ont-ils point employés partout pour attacher les hommes au culte religieux dont eux seuls ont toujours profité ! Solis assure que les anciens Mexiecains (b) admettaient une Divinité supérieure qui abandonnait le gouvernement du monde à ses lieutenans. Suivant la cosmogonie qu'on attribue aux Virginiens (c), le Dieu suprême a créé une classe de Dieux subalternes à qui il à remis le gouvernement du monde, après avoir emprunié leur secours pour le créer. Platon , dans son Timée, ne parle pas autrement. Cette cosmogonie est-elle supposée? où comment les Virginiens ont-ils les idées cosmogoniques que Platon puisa en Egypte ? Ce Dieu créa lui-même le soleil, la lune et les étoiles, puis il reprit sa tranquil- MONO DO PyOV OL ANS AE SÉCST OU Rey (a) Cont. d’Orvill., t. b, p. 19. — (b) Ibid., p. 150. — (c) Ibid.,