LIVRE J1, CHAPITRE VIT
les chefs de ces deux mondes, doivent aussi se reproduire dans le système universel des intelligences. En eflet, comme on a distingué deux espèces de causes premières dans l’ordre visible du monde, il doit en exister aussi deux espèces dans l’ordre invisible des intelligences, si les intelligences sont exactement substituées aux causes naturelles et surajoutées par l’imagination aux corps visibles qui concourent à l’action universelle du monde. Pareillement comme chaque chef, dans son: administration particulière, a ses agens secondaires ou ses causes subalternes, il s'ensuit que, le principe de la lumière et du bien ayant ses ministres et ses anges, le principe des ténèbres et du mal aura aussi les siens, et que les agens subalternes diffèreront entre eux, et formeront deux ordres de génies de nature aussi opposée que le sont leurs chefs. Car chaque administration doit être complète dans le monde ténébreux et dans le monde lumineux; et comme , le bien n’ayant pas pu sortir de la mème source que le mal, on a donné à chacun son origine et son chef, on n’a pas dû, par la même raison, nommer les mêmes ministres pour opérer le bien et pour opérer le mal : ce qui amène nécessairement deux administrations et deux cours différentes, qu’on a dû composer pour les deux grands rois de la Nature , ou pour les deux premiers chefs qui se partagent également entre eux l'administration du monde sublunaire et la dispensation des biens et des maux qui s’y trouvent mèlés à dose à peu près égale. Aïnsi, la grande distinction des deux principes doit régner entre les génies ou les inteltigences répandues dans la Naiure comme elle règne dans les effets qui y sont produits, et entre les deux
causes premières qui les produisent, savoir : entre Or-
musd et Ahriman , entre Osiris et Typhon, entre Dieu et le diable. Chacun de ces deux chefs doit avoir ses agens, ses ministres et ses anges particuliers, C’est une suite nécessaire de la théorie que nous venons d'établir sur les agens secondaires et sur les ministres de l’administration universelle. ch
Cette conséquence se trouve justifiée par le fait, et toutes les théologies ont encore admis cette distinction entre les intelligences qu'ils ont partagées en bonnes et en mauvaises, en génies amis de la lumière et du bien, et en génies amis des ténèbres et du mal. C’est surtout chez les Perses que cette théorie est la plus complète. L'explication que nous avons donnée plus haut du fameux œuf magique, dans lequel les Dieux ou les intel. ligences bonnes et mauvaises , par groupes de six et de vingt-quatre , se rangent chacune sous leurs chefs et se mêlent et se combattent dans le monde , en est la preuve. On voit que les biens et les maux que l’action du ciel ou du monde, figuré par l'œuf, répand sur la terre et verse dans toutes ses productions, sont distribués par des intelligences bonnes où mauvaises et d'ordre différent. On voit que la distinction des astres en astres bons et mauvais (a), que les astrologues de Chaldée avaient établie pour rendre raison du bien et du mal de la Nature, est attribuée par les mages à des intelligences qui offrent entre elles des divisions telles que celles que lastronomie a mises dans les cieux, entre les douze signes et les trente-six constellations qui se lient aux signes.
L'extrait abrégé de la cosmogonie des Perses sur le
(a) Plutarch. de Eside, p. 3ro
LIVRE J1, CHAPITRE VIÉ. I21 bon et sur le mauvais principe, que nous avons donné dans notre chapitre V, et auquel nous renvoyons Le lecteur (a) , offre un tableau frappant de la distinction des intelligences affectées aux deux principes, lumière et ténèbres , et de la manière dont elles se groupent sous leurs chefs particuliers dans les différens combats qu'elles se livrent dans le monde. On voit que si Ormusd a ses izeds ou ses esprits célestes , Ahriman a ses dews malfaisans. Les izeds , comme nos anges (b), sont des génies du second ordre , faits pour le bien du monde; esprits célestes souvent confondus avec les êtres qu’ils protègent. Aussi nous avons vu plus haut que l’ange de la terre et ange de l’eau furent confondus sous un même nom avec la terre et l’eau ; pareïllement chez les Grecs, Jupiter, Junon , Cérès , furent tantôt pris pour les Dieux célestes et tantôt pour le feu, pour l'air et pour la terre. Les izeds (c) sont les juges du peuple pur, comme les anges qui formeront le conseil de Christ quand il jugera le monde. Î faut s'attacher à leur plaire et leur adresser des vœux pour mériter la protection d'Ormusd ; les devs sont de mauvais génies produits par Ahriman (d). Ils sont les ennemis nés des izeds ou des esprits célestes, etils s'assemblent sous leur chef Ahriman pour leur faire la guerre ainsi qu'à Ormusd. Il en est sept plus méchans que les autres qui s’attachent aux sept planètes. Ils viennent du Nord (e), contrée de l’hiver et des froids, ou du Pôle qu’entortille le fameux dragon ou Python que
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(a) Voy. ci-dessus L. 2, ©. 5. — (b) Zend-Avest., t. 1, part. 2, p. 82, ne115t.2,p. 231. — (c) Ibid. , t. 2, p. 325, 336, 362. — (d) Ibid.,t. r, part. 2, p. 80, 421;t. 2, p. 330, 355, 356. — (e) Ibid. , t. 1, part. 2, Mod, 155, |
tua le Dieu-lumière Apollon. Ils sont mâles et fe melles (a), et ont un commerce charnel les uns avec les autres. De là naïssent tous les daroudis , qui. composent un autre ordre de génies malfaisans, placés plus près. de l’homme (b), qui l’obsèdent, qui trompent les ames , et désolent publiquement le monde où ils multiplient la mort. Les dews produisent (c) aussi les kharfesières , nom qui comprend tous les reptiles et tous les animaux malfaisans. Car on leur impute, comme à leur chef, toutes les productions mauvaises de la Nature (d), tous les maux du corps et ceux de l'ame. On suppose que, comme ces génies n'ont lieu que dans notre monde, à la fin du monde tous ces dews seront anéantis , à l’ex-| ception du chef Ahriman, cet éternel énnemi d'Ormusd (e); mais alors il sera enchaîné et sans force, comme le diable de Apocalypse l’est au moment où le. monde est régénéré. Il faut sans cesse que l’homme soit en garde contre ces mauvais génies, et qu'il les combatte ainsi que les méchans. Celui qui les sert sera détruit dans son corps, dans son ame et dans ses biens (f). Voilà mot pour mot nos dogmes religieux sur le diable et sur ses anges. Car nous n'avons rien imaginé ni même rien changé aux opinions anciennes en fait de religion , surtout à celles des mages.
On sent bien que nous n’avons pas pu faire éclore ce double monde de génies ou d’intelligences de nature ou d'inclination si opposées, du sein de la même ame
(a) Zend-Avest., t. 1, part. 2, p. 325. — (b) Ibid., p. 108, 126, 16. — (ec) Ibid., t. 2, p. 169. — (d) Ibid, t, 1, part. 2, p. 3ax, 420. —i (e) Ibid. &. 2, p.124;t. 1, part. 2, p. 229. — (f) Ibid. , t: 1, parts PE 24J:t 2, p.00.