‹ Origine de tous les cultes, ou religion universelleChapitre 49 sur 240 · LIVRE I, CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE VIL

Car il n’y a rien dans l’intellect qui n'ait passé auparavant par les sens et qui ne leur doive son existence, dit un axiôme très-connu.

Toutes les fois donc qu'il s’agira d'expliquer des fictions qui auront pour objet des intelligences supposées pures par ceux qui professent le spiritualisme, il faudra replacer les intelligences dans leur siége naturel, et les attacher à l’ordre du monde d’où mal à propos on les avait tirées. Si ces fables se lient à la mythologie ancienne et aux anciennes fables cosmiques, et si elles reçoivent un sens simple et naturel, ce sont alors d’anciennes fictions faites par des hommes qui avaient le secret de la science sacrée. Si elles ne se lient point aux anciennes allégories sacrées, et s’il n’en résulte qu'un sens forcé ou disparate , il faut les abandonner comme étant l'ouvrage des ignorans ou de rèveurs qui, ayant perdu le fil des anciennes idées, n'avaient plus conservé que des noms d'êtres qui ne se liaient plus à l'ordre visible du monde et à ses phénomènes. Ainsi, quand Virgile met en action Vénus, Mars, Jupiter, etc. , il ne connaissait plus les rapports que ces Divinités avaient avec les parties de la Nature et avec les agens de la force universelle. Vénus n'était qu'une divinité morale qui présidait à la beauté et aux jouissances de l'amour ; Mars, une divinité cruelle qui se plaisait au carnage et aécidait du sort des combats ; Jupiter , le monarque souverain de lOlympe, le Dieu de la foudre et le chef du cotseil des Dieux. J'en peux dire autant des poëtes grecs ; et il est fort douteux qu'Homère connût la nature cosmique des Dieux qu'il mettait en action dans ses poëmes héroïques. Ils existaient depuis long-temps dans

les livres sacrés d'Orphée, de Linus et de Musée, et de

tous les auteurs qui, avant lui, avaient écrit sur la généalogie des Dieux. Le peu d'ordre qui règne dans la cosmogonie d’'Hésiode prouve qu'il entendait mal Îes allégories sacrées qu’il avait recueillies ; ce qui est aisé à comprendre pour peu qu'on soit convaincu que les Grecs n'avaient pas créé leur religion , et qu'ils avaient recu des Égyptiens , des Phéniciens , des Atlantes , des Phrygiens et des anciens Crétois, leurs fables religieuses. Aussi toutes les fables que nous expliquons remontent-elles bien des siècles avant l’âge où l’on fait vivre Homère , et nous donnent-elles presque toutes le taureau céleste pour signe équinoxial de printemps, et le lion pour signe solsticial d'été. C'est sur cette époque principalement qu'on doit monter son globe, si on veut comparer les différens personnages qui figurent dans les anciennes allégories sacrées avec les tableaux que le ciel et la terre présentaient dans Les principales époques de la révolution annuelle.

Le monde intellectuel n'avait point été imaginé alors, ni le monde des intelligences séparé du monde visible, le seul qui ait une véritable existence en lui-même, et qui n’admette rien hors de lui, comme Pline, Ocellus de Lucanie nous l’ont déjà dit, et comme l’exprime le mot Univers ou l’assemblage de toutes les substances. Ce monde, le premier et le seul, la cause unique de toutes choses , a servi de fondement au monde des intelligences que mal à propos on sépara de lui dans la suite, et au monde intellectuel que plus mal à propos encore la métaphysique créa et bâtit au-dessus. Car voici trois degrés par lesquels à passé l'esprit humain dans ses spéculations sur l'Univers ; le monde visible, le monde des

intelligences et le monde intellectuel , qui comprend le

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