‹ Origine de tous les cultes, ou religion universelleChapitre 5 sur 240 · LIVRE 11, CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE 11, CHAPITRE VI

que l’homme et les animaux n’ont qu'en abrégé et accidentellement, pendant la courte portion qu’ils parcourent de l'éternité du monde [3]; car c’est l'homme qui est lui-même le terme de toutes les comparaisons qu'il fait, le type des figures qu'il trace; c’est lui qui fait les Dieux à son image. L'homme a donc comparé l'Univers à l’homme , et a cru retrouver dans le monde ce qu'il sentait, ce qu'il voyait en lui-même , c’est-à-dire du mouvement, de la vie et de l'intelligence , et au-dessus de tout cela une perpétuité d'existence que lui-même n'avait pas : ce qui lui a fait juger qu'il n'était qu'un effet , et que la cause suprème résidait où il voyait la perpétuité du mouvement et de la vie.

Les quatre élémens , subissant toutes les métamorphoses que l’ame universelle (a) produit en eux, formaient la substance corporelle et visible que nous appelons le monde, être vivant et animé, de forme sphérique, lequel contenait la terre dans son centre, corps également sphérique, autour duquel circulaient la lumière et les ténèbres, et à laquelle s’attachaient quatre qualités élémentaires qui décidaient de la température des saisons. Pythagore donna le nom de cosmos ou de monde à cet être immense , et surtout au ciel qui en compose la partie supérieure, à cause desa perfection, de sa beauté (b) et de la variété des signes qui le décorent. La substance fluide et légère , qui y circule par un mouvement infiniment rapide et éternel, entraîne dans son courant ces corps immortels et divins qui font partie de la cause vivante universelle , tels que le soleil , la

(a) Diog. Laer vit. Pyth., 1 8, p. 583. — (b) Phot. Cod. , 20.

lune et tous les astres, que Pythagore regardait comme autant de causes partielles ou de Dieux (a) qui renfermaient avec surabondance le feu actif , dont La chaleur est un principe et une semence de vie pour tous les êtres. Le rayon qui jaillissait du soleil , Ce foyer de vie, de chaleur et de lumière, traversait Vair, l’eau, et pénétrait jusqu'au fond des abîmes de la mer, pour y répandre les germes de la vie dans tous les Corps organisés qui recevaient l'impression plus ou moins forte de sa chaleur. Pythagore pensait que les plantes mêmes, à qui cette chaleur se communique , sont censées vivre ; mais qu’elles ne sont pas douées de l'ame, laquelle est une émanation de l’éther, et comme lui de nature immortelle, tandis que la vie du corps animé ne l’est pas : ce qui donne lieu à distinguer dans l’ame plusieurs parties ; savoir, la partie sensitive , irascible , et la partie intelligente (b).

Nous n’entrerons dans aucun détail sur les parties de l’ame et sur les distinctions que les anciens ont mises entre ses différentes facultés , parce que ce n’est point de l’ame humaine qu'il est ici question, mais de l'ame du monde ;: source de l'ame de l’homme et du principe des sensations et de la vie de tous les êtres qui ont des sens , ou simplement la vie. Nous remarquerons seulement qu'elle ne se communiquait pas tout entière à tout, mais qu’elle communiquait à quelques corps la vie qui lui appartenait essentiellement , qu’elle donnait aux autres lessensations , etenfin qu'elle accordait à l’homme s outre cela, une portion de son intelligence , mais dans un

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(a) Diog. Laert. vit. Pyth., 1. 8, p. 584. — (b) Ibid. , p. 584.

LIVRE II, CHAPITRE VI. 15 degré bien inférieur où cette intelligence se trouvait dans l’ame universelle que je pourrais appeler l’ame mère ou l’ame suprème. | | Quoique répandue partout, cette ame n'agissait pas partout également , ni de la même manière. La partie la plus élevée du monde, qui était comme la tête de lUnivers-Dieu , semblait être son principal siége. &: avait-on placé là le guide du reste du monde ; ce qu’on appelait l’Aégémonique (a). Ainsi , dans l'homme c’est le cerveau qu’on a cru être le principal siége de l’ame et le lieu où elle exerçait sa faculié intelligente , quoiqu'elle répandit le mouvement et la vie également dans le reste du corps. En divisant la couche supérieure du monde en ses sept sphères ou couches concentriques , on y trouvera un ordre éternel, fruit de l'intelligence de cette ame qui meut, suivant une marche constante et régulière, les corps immortels qui forment le système harmonique des cieux. C'est ainsi que Dieu, ou l’ame universelle du monde , imprime par son activité éternelle , le mouvement mesuré qu'ou admire dans la marche des différentes planètes et dans les révolutions des cieux.

On décomposa l'ame, comme les sphères, en deux parties, dont l’une se mouvait dans le sens du premier mobile, ou d'Orient en Occident, et l’autre dans le sens contraire , qui est celui des sept sphères planétaires. Cette distinction est énoncée dans Timée et dans Platon, son commentateur. « Parmi les parties du monde, dit Timée , celles que nous voyons dans le ciel | c’est-àdire dans l’éther , sont de deux sortes ; les unes ont la

(a) Diog. Laert, vit. Pyth., L 8, p. 586.

nature de l'être toujours le même » Et les autres celle

de l'être toujours changeant. » Les premières , placées

à la circonférence , emportent toutes les parties qui

sont en dedans , par un mouvement général d'Orient en

Occident; les autres, qui sont dans l'intérieur ont ; A )

un mouvement d'Occident en Orient, qui leur vient de

Be toujours changeant. Car celui de l'être toujours le mème ne leur est qu'accidente} , ét ils ne s'y soumettent que parce qu'il est le plus fort. » Le mouvement de l'être changeant, c’est-à-dire de la couche des cieux, qui vient immédiatement aprés le ciel des étoiles fixes , « fat partagé en sept parties, suivant des rapports harmoniques , et forma sept sphères , sept cercles ou sept cieux conceniriques. La lune cireule dans le cercle le plus voisin de la terre. Au-dessus d'elle est le soleil que Mercure et Vénus environnent et accompagnent sans cesse. Âu-dessus du soleil, Mars » Jupiter et Saturne achèvent leurs révolutions avec des vitesses qui leur sont propres , et dans un temps inégal. »

Le soleil, comme on voit » OCcupé le centre de ce système harmonique des corps planétaires , puisqu'il n’a que Mars, Jupiter et Saturne au-dessus de Jui. Telle fut l'origine de la fameuse flûte symbolique, dont les sept tuyaux Inégaux servaient à peindre l'harmonie prétendue des sept sphères. On la mettait dans la main de Fidole de Pan ow de la statue représentative du soleil, âme du grand tout, autrement de FUnivers - Dieu , qui se subdivisait dans les sept corps planétaires qui modifiaient la nature inférieure par leur mouvement dans le ciel et dans le zodiaque , dont le bouc où Pan fixait le départ et l'origine. On chercha À retracer cette même idée par toutes sortes d'emblèmes , comme on le verra

LIVRE 11, CHAPITRE VE. 15 dans ka suite de cet ouvrage. Telle est la série des sept voyelles rangées dans un ordre mystique, que l’on répétait en invoquant les planètes ; telle est la Îyre à sept cordes que l’on mettait dans la main du Dieu-soleil , Apollon. Tel aussi le vaisseau emblématique du monde , remph de la substance éthérée , et monté par sept pilotes ; tel le chandelier à sept branches du temple des Juifs ; telles les sept chambres de Moloch. Tels sont les sept pyrées ow autels consacrés aux planètes par les Perses ; les sept pyramides de Laconie ; les sept chandeliers d’or de FApocalypse ; la Thèbes aux sept portes, et le livre aux sept feuillets, dans lequel on eonsulte le destin dans le poëme de Nonnus ; le ivre aux sept sceaux, qui contient les annonces des malheurs qui menacent le monde dans le livre apocalyptique de Jean. Telles aussi les sept églises que figurent sept étoiles dans le même ouvrage; enfin, toutes les expressions sacrées relatives au nombre sept qui partage, suivant une proportion harmonique, l’espace céleste qui s'étend depuis le ciel des fixes jusqu’à eelni de a lune placée sur la dernière couche eékeste , et qui comprend les corps qui se meuvent cireulairement par le mouvément de l'être toujours autre ow toujours changeant. La double marche des cieux donnera done la double direction des mouvemens des deux parties de lame universelle.”

« Si vous voulez , dit Macrobe (a), connaître les mowvemens de Fame même du monde, jetez les veux sur le mouvement rapide du ciel -et sur Fa eireulation impétueuse des sphères planétaires placées au -déssous ,

(a) Macrob. Som. Scip., 1. 2, c. 16.

sur le lever, sur le coucher du soleil , sur le cours et le retour des autres astres, mouvemens qui tous sont produits par l’activité de l’ame universelle. »

La circulation des cieux et des corps lumineux qui les composent nous trace donc les routes variées que l'ame divine universelle suit dans ses mouvemens , et nous indique les métamorphoses qu'elle subit dans tel et tel signe , sous telle et telle constellation qui se lie au signe , à chaque division de la révolution annuelle ) SOI en saisons » Soit en mois, soit en parties de mois ou en jours. L'action du ciel sur la terre n’est plus un simple mécanisme ; c’est celle de l'ame divine qui, du ciel où elle circule, fait des excursions dans la matière sublunaire , et y répand les germes de la vie et les principes du mouvement qui réside au ciel, comme dans leur siége naturel, et qui passent jusqu'à la terre, par le moyen des corps célestes fixes ou mobiles > qui en sont dépositaires. Les influences particulières des astres se réduisent aux modifications variées de cette ame , dont la force active et harmonique subjugue et organise la matière ou inerte, ou mue par une activité brute et désordonnée. C’est l’ame universelle qui lui applique les formes régulières de l’organisation intérieure et extérieure des plantes et des animaux , et cela d’après les formes célestes, conformément aux rapports établis entre la terre et les cieux, suivant les astrologues.

C'est ce qui a fait dire à Manilius , dans son poëme astronomique , lorsqu'il va chanter l’action du ciel et des constellations sur la terre où elles versent les semences de la vie et règlent le destin des hommes (a),

Re er tn ie

(a) Manil., 1. 2, v. 85 et Go.

LIVRE II, CHAPITRE VI. 17 « Je chanterai l'ame invisible et puissante de la Nature ; cette substance divine qui, répandue dans le ciel, dans la terre et dans les eaux de la mer, forme le lien qui unit entre elles toutes les parties du vaste corps du monde. C’est elle qui, balançant les forces et accordant entre eux les rapports variés des membres de ce même monde , y entretient la vie et le mouvement régulier qui l'agite, par une suite de l’action du souffle ou de l'esprit unique qui siége dans toutes ses parties, qui circule dans tous les canaux de la nature universelle, en parcourt avec rapidité tous les points, et qui donne aux corps animés les configurations propres à l’organisation de chacun d’eux ; ce qui n’arriverait point dans une machine dont toutes les parties n'auraient point entre elles une union et une affinité naturelle, et dont les mouvemens n'obéiraient point aux lois d’un guide unique , sans lequel l’ordre actuel ne pourrait subsister. Cette loi éternelle, cette force divine qui entretient l'harmonie du monde, emploie les signes célestes , pour organiser et conduire les êtres animés qui respirent sur la terre , et leur donne même à chacun le caractère et les mœurs qui leur sont propres. C’est par l’action de cette mème force que le ciel règle l’état de la terre et des champs que cultive le laboureur ; qu’il nous donne ou nous ravit les plantes et les moissons ; qu'il fait sortir la mer de son lit par le flux, et qu'il l’y fait rentrer par le reflux. »

.Manilius continue à nous montrer toute la Nature sublunaire sensible à l’action du ciel sur elle. « Les animaux mêmes et les bêtes les plus brutes , semblent reconnaître son empire sur eux par les pronostics qu'ils nous donnent, et la Nature elle-même les rappelle

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