‹ Origine de tous les cultes, ou religion universelleChapitre 6 sur 240 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

vers ce ciel qui les a formés. » Que sera-ce de l’homme (a), ajoute le poëte, en qui Dieu par l'intelligence vient babiter ? Manilius rappelle aussi la grande division du principe actif et du principe passif, dont nous avons parlé plus haut; il dit que la matière est destinée à être subjuguée (2), et que le ciel est le Dieu qui la subjugue par les lois inévitables de la fatalité. On se rappeïlera que ce dogme astrologique est absolument le même que celui que Chérémon a établi comme base fondamentale de la mythologie , et de toutes les fictions et des images sacrées qu'inventèrent les anciens Sgyptiens.

L'admission d'une nouvelle clef dans notre système d'explications , ou l’ame du monde que nous y surajoutous, ne change donc rien à la méthode astronomique dont nous avons exposé les principes dans les chapitres précédens ; elle la rend au contraire plus compiète , en mettant la vie et Fame dans tous les ressorts de la Nature qu’elle anime, et dont le jeu est plus vif et plus brillant , sans cesser d’être. le même sous tous ses autres rapports. Ce ne sera pas seulement par l’eflet d'une fiction poétique que le ciel et la terre seront animés et personnifiés ; qu'Uranus ei Gh&ê seront réputés des êtres vivans d’où tous les autres sont sortis. Ils vivront eux-mêmes de leur propre vie , éternelle comme leurs corps sacrés , et les autres corps qu'ils forment et qu’ils renferment dans leur sein n'y vivront que par eux et de leur vie, comme l'embryon vit dans le sein de sa

mère , et par une suite de la vie que lui a communiquée A Teener rm me 2 2

(a) Von. — (6) V. 114.

LIVRE 11, CHAPITRE VI. 19. et qu'entretient toujours la mère par lactivité de Ia sienne propre. Telle est la vie universelle du monde , qui se reproduit dans tous les êtres que sa partie supérieure crée dans la partie inférieure , laquelle est comine la matrice du monde où des êtres qu'Uranus éngendre au sein de Grhè son épouse,

Le monde agit sur lui-même par l'organe de ses'deux parties sexuelles , dont l’une est le ciel et ses globes lumineux, le soleil et la lune, et lautre la terre qui reçoit les germes de fécondité qui découlent des diverses parties du ciel, dont l'air et l’eau se chargent, et deviennent le véhicule, dans cette grande incubation de l'esprit, ou de l'ame universelle, sur la matière ténébreuse qu'il organise. Ainsi, en donnant une ame au monde, nous ne changeons rien au système astronomique dont Chérémon et les prêtres égyptiens ont reconnu Ha nécessité, pour expliquer les divers monumens de l'antiquité religieuse. En effet, dans les deux hypothèses sur les opérations de la Nature, produites où par une force mécanique, ou par uné force vivé et par l’action d'une ame, le mouvement progressif dé la force motrice du ciel et génératrice dans la matière , suit toujours la marche même des corps célestes, leur correspond dans tous ses points, ét se modifie suivant les sitüations variées et Îles aspects des astres entre eux ét avec la terre. En un mot, que les fables soient faites sur la Nature censée mue par une ame, ou destituée d'ame EAE comme une pure machine , la force qui la meut et les eflets qu'elle produit seront toujours exprimés par les images célestes qui partagent la durée de l'énergie périodique de cette force dont le soleil exerce la plus grande parte ; et les situations différentes dans lesquelles se

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trouvent les Cieux, nous présenteront en quelque sorte l'attitude où se trouve la Nature et l'ame du monde dans chacune de ses opérations. Ainsi la révolution des cieux j qui est un effet de l'impulsion de l'ame universelle , sera graduée par la succession des levers et des couchers des astres paranatellons , par celle des signes et par les lieux du soleil et de la lune dans le zodiaque ; ce qui fait le fondement de tout le système mythologique.

Cette seconde hypothèse, en nous laissant tous les avantages de la première, nous fournira un instrument de plus, avec lequel nous pourrons analyser la suite des différentes métamorphoses que la fable attribue au Dieu moteur de toutes choses , tel que Jupiter chez les Grecs, Vischnou chez les Indiens, Bacchus chez les Arabes, etc. Ces métamorphoses n’expriment autre chose que la progression de l’ame universelle sous différentes formes , durant tout le temps que le soleil met à parcourir le zodiaque et à fournir sa carrière annuelle : car Jupiter est le nom que l’on donna dans l’ancienne théologie au ciel et à l'ame qui le meut (a), si nous en croyons Macrobe. Ce savant s'appuie du témoignage d’Aratus, dont le poëme sur les constellations débute par ces vers si connus : « Muse , commence par chanter Jupiter. Ce Dieu remplit tout entier l'Univers; il circule dans toutes ses parties, dans les eaux de la mer , dans les ports, dans l’homme qu'il organise, dans les astres qui guident et règlent ses travaux. Il est le premier et le dernier qu'on doive invoquer. » Après cette prière aux muses , le poëte commence son poëme sur les mou-

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(a) Macrob. Som. Scip., 1. 1, c. 1.

LIVRE 11, CHAPITRE VE. 2T vemens célestes que Macrobe nous dit être produits par l’ame universelle ; et il donne Îla description des constellations que le ciel entraîne avec lui autour de l’axe du monde par son activité éternelle.

Jupiter était la même divinité que le monde, dit ailleurs Macrobe (a) , et par le monde on entend ici le ciel. Cette définition rentre dans celle queles Perses (8), suivant Hérodote, donnaient de leur Jupiter qu'ils disaient être le même que le ciel, c’est-à-dire que cette voûte mobile, immense, éternellement subsistante , que Pline appelle la cause improduite et souveraine, enfin Dieu. C’est ce monde - Dieu qu'Ennius célébrait dans ces vers que rapporte Cicéron (c) : « Regardez ce ciel brillant et élevé que nous invoquons tous sous le nom de Jupiter. » C'est cet immense Dieu, dont la substance réside dans l'éther , qui dans ses vastes contours embrasse toute la terre ; c’est lui que vous devez appeler Jupiter (d) et honorer comme Dieu , dit Euripide. Sous ce rapport , Jupiter alors se confond avec Uranus, et n’est plus qu’un nom générique donné à la force active qui meut le ciel, qui agit dans le soleil, qui se distribue dans le système planétaire , dans les fixes, et de là s’élance dans toutes les parues de la matière que cette grande ame pénètre.

Les métamorphoses de Jupiter seront donc les différentes formes que prend le ciel ou la partie active du monde dans les différentes opérations qui s’exercent par lui sur la matière, sous les différens aspects célestes.

(a) Maerob. Saturn., L. 1, c. 18. — (b) Voyez ci-dessus, L 1, c. 2. — (©) Cicero de Nat. Deor., L 3, ec. 16. — (d) Athenag. leg. pro Christ. , p. 20.

Ainsi au printemps , lorsque l’éther descend en pluies fécondes au sein de son épouse (a), pour me servir de l'expression de Virgile , et qu'il enrichit la Nature de ses dons précieux au lever héliaque de Persée , placé sur le bélier ou Ammon , ou sur le signe équinoxial , c'est Jupiter alors qui, en pluie d’or, vient féconder la belle Danaé , et donne naissance à Persée.

Le soleil , dépositaire de la force active qui meut la Nature, entre-t-il dans le signe du taureau où la lune a son exaltation ? C’est Jupiter taureau qui enlève la belle Europe , sœur du serpentaire Cadmus qui se lève en aspect le soir avec ce même signe. Le taureau , qui lui servit dans sa métamorphose, brille encore aux cieux (b) où il a retenu le nom de taureau ravisseur d'Europe; et la mythologie n’a pas laissé oublier que ce ravisseur portait le croissant de la 1nne sur son épaule, comme le bœuf Apis des Égyptiens, que Lucien nous dit représenter le taureau céleste.

Le Dieu-soleil, qui mesure le temps et vivifie la Nature en y répandant le feu éther qui compose la substance de l'ame du monde, passe-t-il aux gémeaux, on au signe qui renferme Castor et Pollux? Cette époque de la marche du monde et de la révolution annuelle est marquée par le lever de la constellation du signe qui monte sur l’horizon au moment où se couche le soleil : cest Jupiter alors qui, sous la forme de cygne, couve les deux œufs d’où on voit éclore le matin, quelqnes jours après , Castor et Pollux ou les gémeaux.

On peut voir dans le précis de ces trois fables un

(a) Virgil. Georg. , 1. 2, v. 324. — (b) Ovide Fast. , L 5, v. 605, etc.

LIVRE 11, CHAPITRE VI. 25 échantillon des métamorphoses de lame universelle , motrice du ciel et des sphères. Elle exercé son énergie créatrice principalement par le soleil (a), durant sa révolution dans les signes du zodiaque , auxquels se joignent les paranatellons qui modifient son influence , et qui concourent à fournir les attributs symboliques de lastre modérateur de la Nature et dépositaire de sa plus grande force. à |

En suivant la même méthode, on verra pourqüei les gémeaux, qui se lèvent à la suite du cocher céleste, lequel porte les deux chevreaux et la chèvre dont Pan et les satyres empruntent leurs attributs , ont été, sous Îles noms d’Amphion et de Zethus , censés fils de Jupiter métamorphosé en satyre , et amoureux de la belle ‘Antiope, au tombeau de laquelle tous les ans, sous {6 signe du taureau (2), on portait quelques mottes de terre dé-. tachées du tombeau de ses enfans.

En plaçant le soleil au signe du cancer, domicile de Diane ou de la lune , au-dessus duquel se trouve l’ourse céleste, Calisto, on verra comment ce Dieu, sous les traits de Diane, s’unit à Calisto, et la rend mère d’Arcas (c) ou du Bootès, qui la suit immédiatement, et que l'antiquité mythologique plaçait aux cieux à la suite dé sa mère, changée en ourse. Les sphères persique et barbare d’Abenezra donnent l’ourse pour paranatellon au cancer (4).

Arrivé à la balance, le soleil s’unit à la couronne

(a) Macrob. Som. Scip., 1 1, c. 20. — (b) Pausan. Bæoti, p. 205. c— (6) Ovid. Metami., L 2, fab. 12, Hygin., 1. 2, €. 2, 3, 5. Germ. Cæs. — (d) Scalig. Not. ad Manil., p. 539.

d’Ariadne, qu'Ovide appelle Zibera (a) ou Proserpine. Elle à au-dessous d’elle le serpent d'Ophiucus , dans les replis duquel passe le soleil. C’est alors que Jupiter , métamorphosé en serpent , couche avec la belle Proserpine , et donne naissance à un taureau (b), e’est-à-dire à la constellation qui alors ouvre la nuit, et qui se lève au moment où le soleil se couche avec le serpent et avee la couronne d’Ariadne , Libera ou Proserpine.

Le soleil arrive-t-il au capricorne, en conjonction avec la constellation de l'aigle, paranatellon de ce signe, sur lequel il passe au méridien, et avec lequelil se couche, et qu'il précède à son lever : c’est Jupiter métamorphosé en aigle , qui ravit Ganymède ou le génie peint dans le signe du verseau, lequel suit toujours l’aigle dans som - lever, et semble être emporté aux cieux par lui : car les -mythologues disent que le signe ou la constellation du verseau est (ranymède , fils de Fros , qui verse à boire aux Dieux (c), et que l'aigle , qui est au - dessus de lui, -est Paigle qui l’enleva aux cieux. On dit aussi de cet aigle (d) qu'il avait nourri Jupiter naissant, parce que -c'était dans le signe du capricorne ou du solstice d'hiver, que l’on faisait naître le Dieu du jour, comme nous le verrons dans la fable de Christ, et comme nous l'avons déjà dit ailleurs.

En suivant donc la marche de l’ame universelle du monde, laquelle, selon Macrobe (e), se reconnaît au mouvement des sphères, et surtout dans celui du soleil, |

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(a) Ovid. Fast., 1. 3, v. 459, etc. Hygin. fab. 224, Lactant., 1. . c. 10. —,(b) Clem. Alex, in protrep. Arnob. Contr. Gent., 1. 5 p..191.— (€) Theon., p. 13. Hygin., 1. 2, c. 30. 1d. — (d) Germ.., © 38. Eratosth., c. 30. — (e) Macrob. Som. Scip., 1. 2, €. 16.

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