AVANT-PROPOS
Dans, la première partie de notre ouvrage, nous avons démontré l'indispensable nécessité d'expliquer lantiquité religieuse par les principes de la physique et de l'astronomie ancienne, de chercher les Dieux dans les principaux agens de la Nature, et de regarder leurs aventures merveilleuses comme la description allégorique dés phénomènes naturels chantés par les poëtes ; car ils furent les premiers philosophes et les premiers théologiens qui parlèrent sur les causes ou sur Les Dieux. Dans la seconde partie, nous avoñs tracé la route que nous avons cru la plus sûre pour arriver à la solution de ces énigmes sacrées, et nous avons donné au lecteur le fil qui doit le guider dans une carrière aussi obscure et aussi difficile que celle que nous présente l'étude de l'antiquité religieuse. Nous avons posé les bases de la nouvelle méthode d'explications, et nous lui avons donné ious les développemens que nous avons cru nécessaires et suffisans pour qu’elle püt être employée avec quelque succès dans le débrouillement du chaos monstrueux de toutes les mythologies. Il nous reste une troisième tâche à remplir; c’est d'essayer nous-mêmes la méthode que
nous avons créée , et dont nous proposons aux autres de faire usage désormais dans l'étude de l'antiquité, et même dans celle de toutes les religions modernes, qui sont émanées des anciennes superstütions. Ce sera comme la pierre de touche qui, appliquée à notre invertion, mettra le lecteur à portée de juger de sa justesse et de son plus ou moins d'utilité’, et qui fera distinguer notre travail de la foule des systèmes sur la mythologie, lesquels, après nous avoir éblouis par de brillantes promesses, nous ont laissés aussi incertains qu'auparavant sur le véritable sens de la théologie énigmatique des anciens, et n'ont fait qu'épaissir les nuages qui, depuis les siècles d'Homère et d'Hésiode, l'ont toujours environnée.
Nous ne prétendons pas néanmoins annoncer au public que toute l'antiquité religieuse est expliquée dans ioutes ses parties et dans tous ses détails les plus minutieux. Outre qu’un tel ouvrage demande bien des années pour être achevé, s’il peut l'être entièrement, ce que je crois difficile , il me semble encore assez inutile de chercher la solution d’énigmes partielles qui ne peuvent piquer que la curiosité oisive. Ce sont les grandes masses qu'il faut attaquer ; c’est le caractère général de toutes les grandes fables religieuses qu'il faut bien saisir et montrer. Enfin, ce sont les bases des poëmes sacrés qu'il faut bien reconnaître , sans s'occuper de la broderie et des fictions épisodiques qui n’ont leur source que dans l'imagination du poëte, lequel, libre dans ses fictions, a créé lui-même les nuances et les couleurs qu'il a appliquées sur le dessin général du grand tableau de la
Nature. Laissons aux petits esprits la manie de vouloir
rendre raison de tout, et la faiblesse qui les fait se trainer