LIVRE NI, CHAPITRE I
Dieu fort , invincible et tout puissant, qui chasse les maladies et délivre l’homme des maux qui l’aflligent. Peut-on à ces traits méconnaître l'astre bienfaisant qui vivifie la Nature et qui engendre l’année, que divisent les douze mois , figurés par la carrière des douze travaux que de l’orient au couchant cet astre parcourt éternellement ? Aussi les Phéniciens n’ont-ils pas oublié ce rapport qu'avait Hercule avec le soleil et que ses douze travaux avaient avec la marche de cet asire dans les douze signes qui partagent le cours de l’année en mois. On donna, dit Porphyre (a), le nom d’Hereule au soleil ; et on désigna sa marche à travers les douze signes par la fiction des douze travaux qui lui furent imposés. L'explication que nous donnerons bientôt de cette fable des douze travaux par l'astronomie et par la course du soleil à travers les signes, prouvera complètement la vérité de cette ancienne tradition que Porphyre nous a conservée. Servius , commentateur de Virgile, a aperçu ce rapport du nombre des travaux d'Hereule à celui des signes du zodiaque (b); quoiqu'il n’ait pas saisi le rapport qu'il y avait avec les figures même qui dans le ciel fixaient la succession de ces mêmes signes. Le scholiaste d’Hésiode a été plus loin , et il nous dit (c), que le zodiaque , dans lequel le soleil ächève sa course annuelle, était la véritable carrière qu'avaitparcourue Hercule dans la fable des douze travaux, et que par Hercule qui, se rajeunissant , épouse Hébé , on devait entendre le soleil et l’année qui se renouvellent et se rajeunissent à la fin de chaque révolution. Cette régénération du soleil ou
(a) Porph. Præp. Ev., 1. 3, c. 11. — (b) Servi. in AEneid., 1. 6, V. 294. — (c) Johan. Diaconus Scholiis ad Hesiod. T'heog., p. 165.
d'Hereule , qui se rajeunit à la fin de chaque période et reprend une nouvelle vigueur en renaïssant pour ainsi dire de ses cendres ; après s'être brülé sur un autel, n’a pas échappé à Nonnus (a), qui, parmi les divers noms qu'il donne à l’Hercule tyrien , se sert de celui de Phénix, image du temps , dit-il, qui détruit dans le feu sa vieillesse et qui sort de ce même feu avec une nouvelle jeunesse, {Zébé. Aussi Hercule, en épousant Æébeé, était-il censé acquérir l’immortalité et en recevoir d'elle le gage le plus précieux, après avoir terminé sa glorieuse carrière : de là l'opinion consacrée dans la théologie secrète des Égyptiens , qu'Hercule était un Dieu qui n'avait jamais eu de commencement, et qui représentait la foree invincible des Dieux : ce qui rapproche ici l'Hereule des Orphiques, ou celui dont parle Athénagore , du fameux Dieu Cneph des habitans de Thèbes en Égypte, ville où Hercule était spécialement honoré. La peinture de ce Dieu nous le représente à peu près sous Îles traits de l’'Hercule d'Athénagore, ayant comme lui dans sa bouche l'œuf symbolique du monde; et on disait de ce Dieu Cneph des Thébains qu'il n'avait jamais eu de commencement et qu'il était immortel (b) ; opinion qui est absolument la même que celle que les Égyptiens avaient d'Hercule, d’après les idées les plus saines de leur théologie la plus ancienne et la plus auguste , au rapport de Macrobe. Ajoutons encore à cela , que le serpent ou le dragon symbolique qui accompagne l’Hercule ou le Dieu du temps , dans le passage d'Athénagore , était aussi un des attributs du Dieu Cneph des Égyptiens , ou de leur
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(a) Nonnus Dionys., L. 40, v. 400. — (b) Plut. de Eside, p. 350.