‹ Origine de tous les cultes, ou religion universelleChapitre 7 sur 240 · LIVRE IL, CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE IL, CHAPITRE VI

dans la succession des levers et des couchers des astres, et dans leurs retours périodiques ; on voit aussitôt sur quels rapports astronomiques porte tout le système des différentes métamorphoses de l’ame du monde, appelée Jupiter par les plus anciens théologiens, et placée dans le soleil, comme dans son siége principal. On appliquera le même principe de décomposition aux métamorphoses de Bacchus, à celles de Vischnou chez les Indiens , ete., et on verra que le ciel fournit la solution de la plupart des énigmes sacrées qui, sans cette clef, resteront toujours inintelligibles, et ne formeront jamais un ensemble qui découle d’une seule et unique idée cosmogonique.

Ainsi , les constellations et les signes nous serviront à découvrir la raison des attributs variés qu'on donnait au même Dieu, ou à l'ame unique du monde, durant une de ses révolutions, et celle des formes différentes par lesquelles on la faisait passer, sous chaque époque du temps générateur de toutes choses.

On y trouvera aussi l’origine du culte des animaux consacrés dans les temples de l'Égypte , et qui, animés par la grande ame, semblaient recevoir spécialement ses émanations , lesquelles se transmettaient jusqu’à eux par les images célestes qui leur ressemblaient ei qui influaient sur enx. Ainsi l’ame universelle , concenirée en parte dans le bélier ou le taureau céleste, jaillissait de son foyer en rayons qui se reposaient sur le bélier de Thèbes ou sur le bœuf de Memphis, qui les représentalent sur la terre, et qui étaient soumis à leur action, par une suite de l'influence qu'avaient les formes célestes sur les formes terrestres, dans le système des astrologues. L’explication que Lucien donne du culte symbolique des Égyptiens, et de l’origine des hommages

qu'ils rendaient aux animaux sacrés , porte entièrement sur cette supposition astrologique (a).

L'explication des allégories sacrées, ou des fables théologiques, par l’ame du monde, est d’antant plus admissible, que c'était là, suivant Macrobe (6), que s'arrêtait la mythologie dont les fictions ne remontaient pas plus haut que les puissances aériennes et éthérées , que lame universelle et les ames particulières qui en sont une émanation. L’ame du monde est la nature ellemême , toujours agissante par les sphères célestes que l'ame meut, et qui ne font que suivre l'impulsion victorieuse qu'elle leur imprime. Dans le système de l’astrologie , soit naturelle, soit judiciaire , tout se fait par l'activité du ciel et des corps divins qui le composent. Mais le ciel lui-même n’agit que par une suite de l’activité de l’ame du monde. Ce sera donc à l’ame du monde que nous attribuerons tous les effets que jusqu'ici nous avions attribués au ciel. C’est à elle que nous rapporterons toutes les variations et tous les changemens qu'apportent dans la nature sublunaire la marché du ciel et celle des différens corps célestes qui, avec le soleil , la modifient. Car, comme nous l'avons déjà observé , c'était dans le ciel des planètes, et surtout dans celui des fixes , qu'était le principal siége de l'ame motrice du monde, et de la force qui réglait tous les difiérens mouvemens du ciel, d’où dépendaient ceux des élémens et de toute la nature inférieure. C'était dans le ciel des fixes , suivant Cicéron (c), que l’on plaçaït la divinité suprème ; il était ce premier Dieu élevé au-dessus de

(a) Lucian. de Astrolog., p. 986. — (b) Macrob. Som. Scip , 1. : c. 2 — (c) Hbid., c. 17. Cicer. Som. Scip., c. 4.

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