LIVRE HI, CHAPITRE I
le grand autel (a), et ils y sacrifiaient au lever et au coucher du soleil (8). La statue d'Hercule, d'Apollon et des muses, leurs compagnes ordinaires, étaient les principaux monumens du temple d’'Esculape à Messène, ou du temple du Dieu-soleil, peint avec les attributs de l’équinoxe d'automne, comme Apollon l'était avec cenxde l’équinoxe de printemps et Hercule avec ceux du solstice d'été (c). C'était les formes solaires de ces trois saisons. Quant aux muses , elles nous fournissent encore une nouvelle preuve de l’identité d'Hercule et d'Apollon. En eflet , s'il est un trait caractéristique dans Hercule qui ne permette pas de douter que ce Dieu ne fût la même divinité que celle que l'on honorait ailleurs sous le nom d’Apollon, et conséquemment qu'il ne füt le soleil, c'est l'épithète de Musagète ou de chef des muses, qu'on lui donnait, et qui lui est commune avec Apollon êt avec Bacchus. On sait que le soleil sons lé nom d’Apollon était le chef des neuf muses, et que par des muses les anciens théologiens entendaient les intelligences des sphères célestes (d), dont le soleil occupait le centre et à qui on a cru souvent qu’ imprimait le mouvement, par l'activité du feu éther qui bouillonne dans ce foyer lumineux et qui se répand de là dans tout l'Univers. Les anciens avaient imaginé un système d'harmonie dans les distances et dans les mouvemens des sphères célestes. Pour exprimer cette idée musicale, on mit souvent une lyre entre les mains du Dieu-soleil , comme étant de lien «et le centre de l'harmonie univer
(a) Macrob. Sat., 1. 3, c. 12. — (b) Serv. in AEneid., 4. 8, v. 271, == (ce) Pausan. Messen., p. 141. — (d) Plut. Sympos. , 1. 9,-p. 746.
selle (a). I donnait, dit Martianus Capella dans son superbe hymne au soleil, le double Tetrachorde (6). Cette explication de la lyre d’Apollon est assez généralement reçue de tous les savans , et c’est cet instrument symbolique placé entre les mains du Dieu-soleil qui l'a fait regarder comme le Dieu de la musique et comme le chef des muses. Le même instrument est figuré dans les cieux à côté de l’image d’Hercule ou de la constellation qui porte ce nom, ou près de l’Ingéniculus, autrement de l’'Hercule agenouillé placé sur le dragon du pôle. Cette constellation porte le nom de lyre de l’Agenouillé ou de Iyre d'Hercule. Les étoiles qui la composent sont au nombre de 9, nombre égal à celui des muses. On. disait qu'Hercule avait tué d’un coup de sa lyre le fameux Linus son maître. Voici encore de nouvelles preuves de l'union d’Hercule aux muses auxquelles d’ailleurs il est souvent uni dans les anciens monumens (c). Les Romains célébraient tous les ans la fête d'Hercule conjointement avec celle des muses, au solstice d’été(d), au coucher de l’Hercule Ingéniculus. Plutarque demande. dans ses questions romaines , pourquoi Hercule avait un autel coramun avec les muses (e) ? question qui se résout aisément, quand on sait qu'Hercule n’est autre chose que le soleil, ou Apollon avec d’autres attributs et sous üne autre forme. Aussi disputait-il le trépied sacré à Apollon (f);, et l’on voyait représentés à Delphes Apollon et Hercule, qui tenaient chacun de leur côté le sacré trépied comme y ayant un droit égal ; et ne voulant se le
RE REED ee SO EN RER ER nt SR
(a) Plut. de Anim. Procr., p. 1030. — (b) Mart. Capell. de Nup. Phil. — (c) V: Spon. — (4) Ovide. Fast. ; 1. G, v. 509. Suet. in August. — (e) Quæst. Rom., p. 208. — (f) Pausan. Arcad:, p. 267.
LIVRE II, CHAPITRE 1. D à «à céder ni l'an ni l'autre (a). Après leur dispute, ils se réconcilièrent et bâtirent en commun la ville de Gythium suivant la tradition des Lacédémoniens, et l’on voyait leurs deux statues dans la place publique de cette ville. Hercule en effet était le soleil, mais le soleil solsticial
dans toute sa force ; et Apollon celui du printemps dans ioute la fraicheur de sa jeunesse, On faisait l’un fils de Latone et l’autre fils de la sœur de Latone. Maïs en dermère analyse, l’un et l’autre se réduisaient à la divinité unique du soleil , Dieu aux mille formes et aux mille noms. Hercule porta aussi la couronne de laurier et le sacré trépied au temple d'Apollon isménien (b). Le même serpent ou dragon du pôle, qui est placé sous les pieds d'Hercule s6n vainqueur, prend aussi le nom de Python ou du dragon que vainquit Apollon , et à l’influence duquel le serpent de Delphes (c) était soumis, au rapport de Lucien. Comme Apollon, Hercule avait aussi ses oracles et son antre sacré à Boura en Achaïe (d). Enfin il avait ses vestales ou vierges prêtresses à Thespies(e), ville qui tirait son nom de Thespie > à qui Apollon accorda le don d’oracle et l'avantage de donner son nom à la vierge céleste ‘ f). Cette vierge était, suivant quelques-uns , la seule des cinquante filles de Thespie, qui comme la mère de Christ ne perdit point sa virginité avec Hercule. Apollon avait aussi sa vestale ou vierge prêtresse à Delphes , qui suivant Lucien était soumise à l'influence de la vierge céleste. C'était Hercule qui avait établi (g) les jeux olympiques ou des fêtes en l'honneur Re Dm x (a) Paus. Phocic., Fe 329. — (D) Ibid. Boiotic., p. 289. — (c) Lucian
le Astrolog., p. 993. — (d) Paus. Achaï., p. 233. — (e) Boiotic., p. 502. — (f) Theon. ad Arati. Phzn, , P- 129. — (3) Heliac., p. 154.